‹ La morale des religionsChapitre 209 sur 380 · I. De la Colere, livre Ilf, viu · texte numérisé non relu

I. De la Colere, livre Ilf, viu

I LAtNES.sAN. Uelij^ions. ao

pRcifiques, les plus doux et (pii ne soient ni clitTiciles, ni eliagrins ; ear on prend les mœurs de eeux avec (jui l’on vit ; et comme certaines allections du corps se gagnent par le contact, l’ame communicjuc ses vices à cpii l’approche. Un ivrogne entraîne scs commensaux à aimer le vin ; la compagnie des libertins amollit, à la longue, le cœur le plus ferme et le plus lœroKpie, et l’avare peut nous infecter de la lèpre C|ui le consume. Dans un ordre différent, l’action des vertus est la meme : elles répandent leur douceur sur tout ce (jui les environne. Jamais un climat propice, un air salubre n’ont fait aux valétudinaires tout le bien qu’éprouve une ame convalescente à fréc|uenter des personnes cjui valent mieux cpi’elle. U’efl’et merveilleux de cette inlluence se re- • connaît même cbez les bêtes féroces, ([ui s’apprivoisent au milieu de nous... Des caractères doux émoussent peu à peu ' et font disparaître les aspérités du nôtre. Mais aux bienfaits de l’exemple C|ui nous améliore se joint un autre avantage : i près des gens paisibles, nul motif de nous emporter, et, j partant, de donner carrière à notre défaut. »

Sénè([ue attribue, non sans raison, à la vanité, à l’orgueil, . au désir de s’attirer les suffrages du vulgaire, la plupart ^ des fautes (|ue l’iiommc commet. (( 11 est donc nécessaire . d’être averti et d’appeler au secours de nos bonnes intentions (juel([uc sage conseiller cpii, parmi tout ce bruit tu- ' multueux de fausses opinions, fasse au moins entendre sa , voix. Et (quelle sera cette voix.i^ celle cjui, à nos oreilles as- | sourdies de veines clameurs, viendra doucement murmurer j des avis salutaires, et nous dira : (( Vous n’avez pas lieu de . porter envie à ceux (|ue le peuple appelle grands et heu-: reux : il ne faut pas que les applaudissements troublent' riiarmonie et le calme de votre ame ; il ne faut pas prendre { en dégoût votre position tramjuillc, à ras[)ect de cet homme j entouré des faisceaux et orné de la [lourprc ; ne croyez pas;- j| celui pour cjui ou écarte la foule, plus heureux cjue vous,V | cpi’un licteur repousse du ebemin. » Il trace un admirable tableau des conquérants cjui i-enverscnt les remparts, pren- lient les villes, « chassent les populations devant eux », tandis que leurs passions « les chassaient devant elles ». 11 |

LA MORALE DES STOÏCIENS

montre le « malheureux Alexandre » cédant « à la fureur dont il était possédé, lorsqu’il dévastait des contrées étrangères et cherchait des terres inconnues », el ])oussé jiar une passion telle (( qu’il ne peut s’arrêter, semhlahle aux corps graves qui, une fois lancés, ne cessent d’aller que lorsqu’ils gisent sur la terre ». « Et Pompée lui-même, ce n’était ni le courage, ni la raison qui lui conseillait ces guerres étrangères ou civiles ; c’était l’amour insensé d’une fausse grandeur. . . , l’insatiable désir de s’agrandir. Pompée étant le seul auquel Pompée ne parût pas assez grand. » N’est-ce point aussi (( la vaine gloire, l’ambition, le désir immodéré de monter au plus haut rang » qui « poussa César à sa perte et en même temps à celle de la liépuhlique » ? Le cas de G. Alarius ii’est-il pas le même ? a Marins guidait son armée ; l’ambition guidait Alarius. » « Tandis qu’ils bouleversaient le monde, ces hommes étaient bouleversés tout les premiers, comme ces tourbillons qui, faisant tourner ce qu’ils enlèvent, obéissent eux-mêmes à une force de rotation ; en sorte que leur choc est d’autant plus violent ([u’ils ne peuvent se maîtriser. Ainsi, après avoir semé partout les désastres, ils subissent à leur tour la même influence qui a fait tout ce mal. Ne croyez pas que personne trouve sa félicité dans le malbcur d’autrui. ' » Dans une de ses lettres à Lucilius, il llétrit la guerre en termes d’une rare vigueur ; (( Nous réprimons, ditil, riiomicide et le meurtre individuel ; mais qu’est-ce que la guerre, et ce crime glorieux qui consiste à égorger des nations entières?... Des cruautés se commettent au nom de sénatus-consiiltes et de plébiscites ; l’autorité publique commande ce qui est défendu aux particuliers. Des actions qu’un homme, s’il les faisait à la dérobée, paierait de sa vie, nous les louons quand elles se font sous le costume militaire. Les hommes, que la nature a créés de l’espèce la plus douce eOtre les animaux, n’ont pas honte de se baigner dans le sang les uns des autres, de se faire des guerres, de les transmettre par l’héritage à leurs enfants, tandis ([ue les bêtes sauvages, privées de la parole, vivent entre elles en paix ^ ? »

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