‹ La morale des religionsChapitre 210 sur 380 · I. Lettres à Lucilius, xciv · texte numérisé non relu

I. Lettres à Lucilius, xciv

a. Ibid., xcv.

308 ^lORALE PHILOSOPHIQUE DANS LES SOCIÉTÉS GRÉCO- ROMAINES

l^nis([HC c’est la vanité ou ramljition qui nous amènent à être les esclaves de nos passions et nous éloignent de la vertu, quittons « ceux qui conseillent la folie », sortons des (( assemblées où se contracte et se propage à l’envi la contagion », et nous aurons vite fait de constater la différence qui existe (( entre la manière dont on vit pour le peuple et eelle dont on vil pour soi. » Le « principal aiguillon de nos folies, c’est la foule des admirateurs et des témoins. \ oulez-vous ôter à l’iiomme l’aliment de ses passions, ütez-lui les moyens d’en faire montre. L’ambition, le luxe, le dérèglement ont besoin d’un théâtre ; on les guérit en les reléguant dans l’ombre' ».

J’ai à peine besoin de noter l'analogie qui existe entre celte conclusion de l’illustre stoïcien et celle de la pbilosopbie épicurienne. Pour celui-là comme pour celle-ci, l’homme sage qui ne veut pas s’exposer à perdre la sagesse doit se tenir à l’écart de la foule, vivre en dehors de l’agitation du monde, des ambitions. (( Cultive ton jardin » disait Epicurc, deux mille trois cents ans avant Voltaire.

Ce'pendant, les stoïciens pas plus que les épicuriens ne se renfermaient dans l’égoïsme qui semble être la base de leur doctrine. Sénèque fait découler tous les préceptes relatifs aux devoirs des hommes les uns envers les autres, de la nature humaine et delà socialité, qui est naturellement si développée dans notre espèce. (( Comment faut-il agir envers les hommes.^ écrit-il à Lucilius L qu’entendons-nous par là ? c[uels sont les préceptes que nous donnons ? D’épargner le sang humain ? N est-ce pas bien peu que de ne pas vous rendre nuisible, quand vous devriez être utile La belle gloire pour un homme d’être humain envers un autre homme ! Ordonnons de tendre la main au naufragé, de montrer le chemin au voyageur égaré, de partager son pain ; avec celui qui a faim. Mais pourquoi m’arrêterais-je au détail de ce qu’il faut faire ou éviter, quand je puis, en peu de ‘ mots, rédiger la formnle générale des devoirs de riiuina- • nilé (( Cet univers est un ; nous sommes les membres

Page 1