Les Bienjails, livre III, clia|). xvni et suiy
31 i MOR VI.E PHILOSOPHIQUE HANS LES SOCIÉTÉS GRÉCO-ROMAINES
maître, au mépris de la sienne, et qui, couvert de blessures, répand pour lui tout le sang qui lui reste, afin de lui ménager par sa mort le temps de s’échapper, nierezvous qu’il ne soit le bienfaiteur de son maître, parce qu’il est son esclave? » Ayant fait allusion à la baine que la servitude doit naturellement inspirer à l’esclave pour son maître, il ajoute : (( Aussi, loin que ce ne soit pas un bienfait parce qu’un esclave en est l’auteur, c’est (juclque chose de plus, puisque sa servitude même n’a pu y mettre obstacle. )) Le maître doit donc être reconnaissant à son esclave de tout ce que celui-ci fait librement, et en plus de ses obligations d’esclave. « Il est des objets qu’un maître doit fournir à ses esclaves : le vivre et le vêtement : personne n’appelle cela un bienfait. Mais lorsqu’un maître a des soins particuliers pour un esclave, qu’il lui procure une éducation bonoi'able, qu’il le fait instruire dans les arts réservés aux hommes libres ; voilà un bienfait. 11 en est de même, par réciprocité pour l’esclave : tout soin qui de sa part excède les limites de son service ordinaire ; tout ce qu’il fait, non par obéissance ni par devoir, mais par pure bonne Aolonté, est un bienfait, pourvu que la chose soit assez importante pour mériter ce nom, si elle venait de toute autre personne... Comme le mercenaire va jusqu’au bienfait lorsqu’il travaille au delà du temps pour lequel il s'est engagé ; de même l'esclave qui, par sa bienveillance envers son maître, a franchi les limites de sa condition, et, par un effort, dont s’honorerait même un homme d’une naissance illustre, a surpassé les espérances de son maître, devient un bienfaiteur domestique... Si Amus ne voulez pas recevoir d’un esclave, aous le pouvez. Mais quel homme la fortune a-t-elle rendu assez grand, pour qu’il ne puisse jamais avoir besoin des plus petits ? » Il cite des exemples d’esclaves qui ont été de diverses façons les bienfaiteurs de leurs maîtres et ajoute : (( Après tant d’exemples, douterat-on qu’un maître ne reçoive quelquefois un bienfait de son esclave? Faut-il que la personne avilisse la chose? Et ne vaut-il pas mieux que la chose elle-même honore la personne ? ))
LA .MORALE DES STOÏCIENS
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Séiicqvie \oulait que les esclaves fiisseiil, traités comme étant de la famille. « J’ai appris avec plaisir, écrit-il à Lucilius', de ceux qui viennent d’auprès de vous que vous vivez en famille avec vos esclaves! Je reconnais-là votre prudence et vos principes. Ils sont esclaves; mais ils sont hommes. Ils sont esclaves! mais ils logent sous votre toit. Ils sont esclaves! non; ils sont des amis dans l’abaissement. Ils sont esclaves ! Eli! oui, nos compagnons d’esclavage, si nous considérons que la fortune a un égal pouvoir sur eux et sur nous. Aussi je ris, quand je vois des hommes tenir à déshonneur de souper avec leur esclave... Songez donc un peu que cet homme que vous appelez votre esclave est né de la même semence que vous, qu’il jouit du meme ciel, respire le meme air, et, comme vous, vit et meurt. Il peut vous voir esclave, comme vous pouvez le voir libre. A la défaite de Varus, que de Romains d’une illustre naissance, à qui leurs exploits allaient ouvrir le sénat, se sont vus rabaissés par la fortune! De l'un elle a fait un berger, de l’autre un gardien de chaumière. Méprisez donc un liomme pour sa condition, qui, toute vile qu’elle vous paraît, peut devenir la vôtre... Quoi done.^ je recevrai tous mes esclaves à ma table! — Pas plus que tous les hommes libres... Je mesurerai l’homme à ses mœurs et non pas à son ministère. Les mœurs, chacun se les fait; les emplois le sort en dispose... Celui-là est un fou, qui, faisant marché pour un cheval, n’en regarde que la housse et le frein, sans songer à la hèle; mais plus fou encore est celui qui juge un homme sur son habit, ou bien sur sa condition, qui est encore pour nous une espèce d’habit. Il est esclave, mais peut-être son âme est libre. Il est esclave; doit-on lui en faire un crime Eh! qui ne l’est pas P esclave delà débauche, esclave de l’avarice, esclave de l’ambition; tous du moins esclaves de la peur ! Je vois ce consulaire asservi à une vieille femme, ce riche à une servante, des jeunes gens de la première ([ualité à des comédieuues. Il n’est pas de servitude plus houleuse que la servitude vo-