‹ La morale des religionsChapitre 226 sur 380 · I. Lcllres à LucUius, xcvii · texte numérisé non relu

I. Lcllres à LucUius, xcvii

3“2fi MORALE PHILOSOPHIQUE DANS LES SOCIÉTÉS GRÉCO-ROMAINES

comme ils le pensaient ; ils paraissent n’avoir pas eompris que le but de l’éducation morale est précisément de créer la conscience.

Les stoïciens et les épicuiâens ne considéraient guère les malheurs de la vie comme des châtiments qui seraient infligés aux hommes pour les punir de leurs mauvaises actions. Sénèque et Marc-Aurèle parlent souvent des dieux, mais ils déclarent très nettement qu’ils sont impuissants à faire du mal. Non seulement, ils ne considèrent pas les maladies, les chagrins, les misères, comme des châtiments, mais encore ils y voient des moyens qu’emploient les dieux pour faire A^aloir la vertu. « Il y a entre Dieu et les gens de bien, dit Sénèque*, une amitié dont le lien est la vertu. Que dis-je une amitié, c’est plutôt une affinité, une ressemblance. L’homme de bien ne diffère de Dieu que par la durée ; il est son disciple, son imitateur, son véritable fils. Mais, cet auguste père... n’élève pas l’homme de bien dans la mollesse ; il l’épronve, l’endurcit. » Du reste, (( il n’y a pas de maux pour les gens de bien... Le choc de l’adversité n’ébranle pas une âme courageuse..., elle reste inébranlable... Je ne veux pas dire qu’elle y soit insensible, mais elle en triomphe... L’homme de bien ne eraint pas le malheur et la peine : il ne murmure pas contre le destin ; quoi qu’il arrive, il s’en acconiode et le tourne à son profit... Vous êtes surpris que Dieu, qui aime les gens de bien, qui veut les élever au plus haut degré de perfection, leur donne ici-bas la fortune pour adversaire. Et moi, je ne suis pas étonné qu’il prenne quelquefois fantaisie aux dieux de voir les grands hommes luttant contre l’adversité... Non, je ne vois dans'le monde rien de plus beau à contempler pour Jupiter, s’il veut abaisser sur nous ses regards, que Caton, après le désastre de son parti, seul debout au milieu des ruines de la République. « Que l’empire, dit-il, tombe au pouvoir d’un seul homme ; que la terre soit occupée par ses légions, et la mer par ses vaisseaux ; que les Gésariens veillent à nos portes ; Caton

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