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I. Lellrcs à LuciUiis, xcvii

LA AIORALE DES STOÏCIENS

naturels et rigoureux ; et si, au defaut du repentir, ils n’avaient la crainte. » 11 est intéressant de voir Sénèque, le stoïcien, souligner lui-même son accord avec le chef de l’école épicurienne sur un point capital : celui de la sanction morale qui résulte de la conscience ; mais il importe de faire remarquer que si nous avions la conscience innée du bien et du mal, que si la nature nous avait donné l’horreur du vice, épicuriens et stoïciens se seraient donné bien du mal inutilement pour démontrer l’absolue nécessité de l’éducation morale.

Nous savons fort bien, aujourd’hui, que si « le supplice du crime est dans le crime lui-même », comme disait Sénèque, il n’en est ainsi que pour les individus ayant reçu une forte éducation morale, et ayant pris, sous l’influence de cette éducation, l’habitude de rbonnêteté. Les autres, au contraire, se complaisent dans les vices dont ils ont contracté l'habitude soit par les leçons ou l’exemple des gens vicieux, soit en s’abandonnant sans mesure aux passions qui naissent si aisément d’une excessive satisfaction des besoins nalurels. Les stoïciens et les épicuriens ne méconnaissaient pas ces faits. « On se laisse facilement aller au vice, dit Sénèque L parce que l’on ne manque ni de guide ni de compagnon ; et il n’est d’ailleurs besoin ni de l’un ni de l’autre : la route du vice ne va pas seulement en pente, c’est un précipice. » 11 ajoute, avec uon moins de justesse : « Tout homme vicieux prend plaisir à l’être. L’un triomphe d’un adultère dont la dilliculté faisait le principal attrait ; l’autre s’applaudit d’une intrigue et d’uue friponnerie ; et c’est seulement quand la fortune cesse de le favoriser que son crim^commence à lui donner des regrets. Tel est le résultat d’une mauvaise habitude. » C’est pour créer des habitudes différentes, que les épicuriens et les stoïciens attachaient une si grande importance à l’éducation morale. Ils semblent ne pas avoir vu que si cette éducation est indispensable, c’est précisément parce que l’homme ne naît pas avec la conscience du bien et du mal

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