‹ La morale des religionsChapitre 229 sur 380 · Ibid., livre IV, xxi · texte numérisé non relu

Ibid., livre IV, xxi

part, leur croyance au retour des âmes dans le grand tout de l’univers leur interdisait d’admettre qu elles pussent etre punies après la vie. La conscience était donc, en réalité, à leurs yeuN, la seule sanction de la morale.

Cependant, ils admettaient volontiers que les âmes des sages continuaient de vivre après la perte du corps, pendant un certain temps, atin d’acquérir les connaissances qu’elles n’avaient pu avoir pendant la vie terrestre. Sénèque écrit à Marcia, c[ui venait de perdre son fils à la ileur de l’âge ; (( Ce n’est pas au tomljeau de votre fils qu’il vous faut courir. Là ne gît cpi’une grossière et gênante dépouille, des cendres, des ossements, qui n’étaient pas plus lui que ses autres vêtements extérieurs. Sans rien perdre, rien laisser de lui, il a fui celte terre, il s’est envolé tout entier ; et, après avoir quelque temps séjourné sur nos têtes, pour se purifier des vices inhérents à toute vie mortelle, et se laver de leur longue souillure, il est monté au plus haut des deux où il plane entre les âmes fortunées, entré dans la société sainte des Scipion, des Caton, de ces contempteurs de la vie, qui durent au tréjias leur alfranchissement. Là, quoique tous ne soient qu’une même famille, votre père surtout s’unit intimement à votre fds ; il développe à ses yeux, ravis d’une clarté nouvelle, la marche des astres qui l’avoisinent, et se plait à l’initier à tous les secrets de la nature, non plus par des conjectures vaines, mais par des révélations puisées à la source du vrai. C’est l’hôte qui montre à l’étranger, curieux et charmé, les merveilles cfune ville inconnue; c’est l'aïeul qui révèle au petit-fils les causes des phénomènes célestes... Libres dans f éternel espace et jouissant de l’immensité, rien ne les sépare plus, ni les harrières de l’Océan, ni hautes montagnes, ni profondes vallées, ni écueils, ni syrtes périlleux. Toutes leurs voies sont unies; ils se transportent sur tous les points d'un vol prompt et facile; leurs âmes se pénètrent Lune l’autre, et brillent confondues parmi les astres ' . »

Ce qui domine dans ce rêve, ce qui le rend intéressant.

J, Consolation à Marcia, xxv.

LA MORALE DES STOÏCIENS

c’est le désir passionné de « savoir » qui le domine. C’est, en ellet, dans la connaissance complète de la nature que les stoïciens placent le suprême bonheur! Ce n’est point eux qui auraient accepté comme une parole de vérité le mot de Jésus : (( Bienheureux les pauvres d’esprit, le royaume des deux est à eux ! )) Pour eux l’ignorance c’est le mal, c’est la déchéance; pour eux, le bonheur suprême, c’est la science.

Il n’y a donc pas lieu de s’étonner que les stoïciens aient conçu une morale dont la seule sanclion serait la satisfaction du devoir accompli : (( Enseignez-inoi, écrit Sénèque', combien est sacrée la justice cpii n'a en vue que le droit d’autrui, et d’autre prétention que d’être utile à tout le monde. Qu’elle n’ait rien de commun avec l’inlrigne et l’opinion; qu’elle ne plaise qu’à elle seule! qn’avanl tout chacun arrive à se dire: je dois être juste sans intérêt. C’est peu encore. Qu’il se dise: je veux pour cette belle vertu me sacrifier et me sacrilier avec plaisir: ainsi toutes nos pensées s’éloigneront le plus possible de nos avaidages privés. A’cxaminez pas si un acte de justice vaut ([uelque chose de plus que le bonheur d’être juste. ))

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