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La Politique, livre V, cliap. r

2. Il faut entendre tout ce qui précède comme s’appliquant exclusivement aux citoyens libres. Aristote précise sa pensée sur ce point avec la plns^rande netteté : « Un point incontestable, dit-il (La Politique, livre V, cliap. ii) c’est que l’éducation, parmi les choses utiles, doit comprendre celles qui sont d’nne absolue nécessité ; mais elle ne tloit pas les comprendre toutes sans exception. Toutes les occupations pouvant se disting^uer en libérales et serviles, la jeu-

I/INFF.UENCE DE EA PHILOSOPHIE SUR L’ÉVOLUTION MORALE .‘Ho

Avec Aristole et Platon, la doctrine de l’Etatisme, si je puis dire, avait atteint son apogée. Il était impossible qu’il ne se produisît pas une réaction. Elle fit son apparition avec les Cyniques, contempteurs, au plus haut degré, de ce que respectaient le plus leurs contemporains, c’est-à-dire l’Etat. Ils ti ’ouvaient la cité trop étroite, le dieu de la cité trop ' mesquin. Diogène se vantait de n’avoir droit de cité nulle part, et d’etre citoyen de l’univers. Ses disciples manifestaient, à son exemple, leur mépris pour la cité eu ne remplissant pas leurs devoirs de citoyens. Socrate avait refusé d’obéir à la loi qui lui enlevait le droit d’enseignei' et il avait payé sa rébellion de la mort, niais son exemple avait porté ses fruits : toutes les écoles jibilosopbiques venues après lui, rivalisent de dédain pour l’Etat, tandis qu’elles proclament très haut les droits de riioiTune. Epicure disait des alTaires publiques : « N’y mettez pas la main, à moins que quelque puissance supérieure ne vous y conti'aigne. » Zénon, fondateur de la doctrine stoïcienne, avait écrit tout un traité sur le gouvernement pour (( nous montrer, disait un ancien, que nous ne sommes pas les habitants de tel dème ou de telle ville, séparés les uns des autres par un droit jiarticulier et des lois exclusives, mais que nous dej vous voir dans tous les hommes des concitoyens, comme si nous appartenions tous au même dème et à la même cité')).

liesse n’appreiiflni, parmi les choses utiles, que celles qui ne teudrout point h - faire des artisans fie ceux qui les pi'atiqiieut. On appelle occupations d’artisans toutes les occupations, art ou science, qui sont complètement inutiles pour former le corps, l’âme ou l’esprit d’un liouinie libre aux actes et â la pratique de la vertu. Ou donne aussi le meme nom â tous les métiers (|ui peuvent déformer le corps et à tous les labeurs dont un salaire est le (irix ; car ils dteul à la pensée toute activité et toute élévation. Bien ((u’il ii’y ait certainement rien de. servile à étudier jusqu’à un certain point les sciences libérales, vouloir les pousser tnqi loin, c’est s’exposer aux inconvénients que nous venons de sij’iia- 1er. La {{-rande différence consiste ici dans l’intention ((ui détermine le travail ou l’étude. On peut, sans se déjjrader, faire iioiir soi, pour ses amis, ou ilans une intention vertueuse, telle chose qui faite ainsi n’est point au-dessous d’un homme libre, mais qui faite pour des étrangers sent le mercenaire et l’esclave. » Ces derniers mots explifjuent très bien la conduite d’IIippocrate refusant d’aller donner des soins à Artaxercès. Hippocrate est un liomnie libre et un savant ; il n’est pas un mercenaire ; il ne fait pas de ses connaissances physiques et médicales un objet de gain ; il est blessé dans son amour-propre par les offres et les demandes du roi des Perses.

I. Tkoplong, De V influence duclirislianisine sur le droit civil des Romains, p. 89.

3ifi MORALE PHILOSOPHIQUE DANS LES SOCIÉTÉS CRÉCO-ROMAINES

Il était impossible de protester plus énergiquement contre l'élatisme de Platon et d’Aristote.

Cie sont les doctrines fondées sur le droit naturel que les philosophes grecs transportèrent à Rome et dont ils imjnégncient peu à peu l’éducation reçue par l’aristocratie de la tin de la République et de l’Empire. Il était, par conséipient, inqoossihle qu’elles ne contriliuassent pas très puissamment à l’évolution des lois dans le sens des principes naturels et de l’équité, évolution à laquelle travaillaient, de leur coté, la concurrence sociale et la lutte individuelle pour l’existence. Cicéron, qui était si fortement imprégné de la philosophie grecque, fut l’un des premiers et des plus ardents réformateurs des idées relatives à la justice. (( Dans tous les rôles que joua son génie universel, avoue un écrivain dévoué au christianisme, Cicéron fut l’un des plus ardents apologistes de la loi naturelle, de l’équité. Préteur, il se vantait de la placer en tète de ses édits. Philosophe et homme d’Etat, il déclare que ce n’est ' pas dans les Douzes Tables cju’il faut aller chercher la source et la règle du droit, mais dans les profondeurs de la raison ; que la loi est l’équité, la raison suprême gravée dans notre nature. Et Troplong ajoutait ; (( Toute la par- • tie morale et philosophique du droit romain, depuis Lahéon, ; ce stoïcien novateur, jusqu’à Caïus et Ulpien, est empruntée à cette école dont la faveur devint de jour en jour plus grande auprès des hommes d’élite qui brillaient çà et là dans la période impériale. » C’est Ulpien qui disait : « en ce qui concerne le droit naturel, tous les hommes sont ^ égaux )), et « par le droit naturel tous les liommes^naissent libres ». A la même école appartenait Florentinus, qui ne craignait pas d’affirmer : « La servitude est un élablissemciit du droit des gens par lequel (pielqu’uu est soumis au domaine d’un autre, contre la nature '. »

Toute la législation, à partir de Jules César et d’Auguste, i s’imprègne graduellement de ces principes. C’est Diogène et ' Zénon qui triomphent, le jour où le titre de citoyen romain,

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