I.A AIORALE DU CHRISTIANISME
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llauhenstauiren don! la politique était faite d’ambitions sur l’Italie. Cette famille avait été vaincue parce que, matériellement, la papauté était plus forte qu’elle. Aux llauhenstaulVen avaicid succédé des empereurs de la famille des Habsbourg qui renonçaient à toute ambition sur l’Italie. La puissance matérielle de la papauté paraissait donc être égale à son autorité morale. Il semblait, en somme, qu’elle eût atteint l'apogée de ses ambitions. Elle en était, sans doute, convaincue, car lors du jubilé de i3o2, devant les innombrables pèlerins qui s’étaient rendus à Home pour sa célébi'ation, le pape Honifoce \ lll recevait les ambassadeurs de l’Empire germanique, la couronne impériale en tête, le globe du monde dans la main et avec ces paroles inspirées par un incommensurable orgueil : (( C’est moi, c’est moi ([ui suis César, c’est moi qui suis l’Empereur' ! »
(Cependant, la France, si docile jusqu’alors aux directions de la papauté qu’elle avait pu être surnommée la « fille aînée de l’Eglise )>, la Erànce commençait à se rebeller contre l’autocratie pontificale. Déjà Louis IX, que sa piété faisait A'énérer par toute l’Europe chrétienne comme par ses sujets, avait manifesté clairement sa résolution d'échapper à la domination romaine. Il avait tracé les limites du pouvoir du pape dans son royaume par la pragmatique sanction; il avait institué les légistes dans le but de substituer une justice royale à la justice de l'Eglise et des seigneurs, le droit romain au droit ecclésiastique et au droit féodal. Il se montrait fort dur pour les juifs et pour les blasphémateurs ; à propos de ces derniers il disait : « Doit l’homme lay quand il oist mesdire de la foi chrestienne, défendre la chose non pas seulement en paroles, mais à bonne épée tranehante et en frappant les médisants et mécréants à travers cor|)s tant qu’elle y pourra entrer » ; il poussait la piété jusqu’aux pratiques les plus puériles : mais il faisait cela, si je puis dire, royalement, et en mettant dans sa condinte quelque chose d’un caractère tel qu’on eût pu le considérer comme une sorte de chef religieux. C’est proba-
I. Benvenuto DA Imola, d’après l’art de vérifier les dates, t. II, p. 3i.
blement, en effet, ce qu’il voulait être ; et l’on peut faire dater de lui la prétention qu’eurent toujours les rois de France d’être les rejiréscntants directs, sur la terre, de la i Divinité. Louis IX fut, en idéalité, considéré comme le proi tecteur et presque le chef du clergé de France, à partir du î jour où il interdit au pape de pi élever aucun impôt sur les évêques sans l’autorisation royale et oii il réglementa l’élection des hauts dignitaires de l’Eglise, afin de soustraire leur nomination à l’autorité pontificale. Il soulignait encore ce caractère de protecteur de l’Eglise de France, lorsqu’il favorisait un enseignement théologique indépendant et suhstituait l’inlluence de la Sorhonne ou de l’Université à celle des moines, agents directs de Home et qui avaient été jusqu’alors tout-pnissants. Sous sa pieuse direction, en somme, il avait fini par se constituer une sorte d’Eglise gallicane qui, d’elle-même, devait tendre désormais à se débarrasser de la domination de la papauté.
ec Philippe le Del l’indépendance de la royauté et du clergé français devaient encore s’accentuer. Lors([ue Boniface YIlDécrit au roi que le pape a été (( établi par Dieu sur les rois et 'les royaumes pour les juger en sa majesté du haut de son trône », et que les clercs ne peuvent payer un impôt au roi qu’avec l’autorisation de la papauté, Philippe lui répond en un langage ([u'aucun souverain n’avait encore osé tenir : « Les clercs ne sont pas seulement membres de l’Eglise, mais citoyens de France, et ils doivent aider le royaume par des subsides puisqu’ils ne le peuvent par les armes. Le refus de seconder le prince contre ses ennemis est un crime de lèse-majesté. » C’était nouveau, mais précis ; à côté de la majesté pontilicale, il y avait désormais la majesté royale. La lutte était ouverte entre la papauté et la France. Lorsque Boniface VIII, dans une nouvelle bulle, affirme que Dieu a institué les papes « au-dessus des rois et des royaumes » et se permet de blâmer les actes royaux, ce n’est plus seulement Philippe qui lui répond, c’est une assemblée d’évêques, de seigneurs, de bourgeois qui se tient à Paris en i,3o2, dans l’église Notre-Dame et dont les membres sont unanimes à proclamer que le roi de
France (( ne reconnaît de son temporel, souverain en terre fors cpie Dieu », Puis, lorsque lloniface VIII, maltraité par les agents du roi, se tue dans un accès de rage ou de folie, c’est un pape français qui lui succède, c’est en France, à Avignon, que le Saint-Siège est transporté, c’est le roi qui dicte ses volontés, ses caprices memes à la papauté avilie, et c’est avec le concours servile de cette dernière qu’il anéantit la plus puissante des congrégations, celle qui avait le mieux servi les intérêts temporels des papes. La théocratie pontillcale s’envola avec la fumée du bûcher où fut brûlé le grand maître de l’ordre religieux,* militaire et essentiellement pontifical des Templiers.
Pendant ce temps, malgré les atrocités commises sur tous les points de l’Europe par l’Inquisition, l’hérésie se répandait un peu partout, sous des formes multiples, mais avec un caractère commun à toutes les sectes ; la haine de la papauté, la résolution d’échapper à la domination pontificale. On aura beau brûler des milliers de juifs sur les bûchers qu’alimentent les dominicains, faire condamenr solennellement, par le concile de Constance, Jean IIuss et la réforme naissante de Hongrie, lancer des bulles d’excommunication contre les princes tolérants, déployer sous les yeux des populations eifarées l’image matérielle, brûlante, repoussante et horrifique des châtiments de l’enfer, tandis qu’on prodiguera les absolutions et les indulgences aux fidèles serviteurs de la papauté, c’en est fini de la puissance pontificale. Les uns la raillent doucement, comme les philosophes, les littérateurs, les poètes français ; les autres, à l’exemple des moines fanatiques de la Germanie, se préparent à brûler, avec Luther, ses bulles et ses décrétales, en llétrissant du haut de la chaire les turpitudes de la cour pontificale.
Puis, la Réforme éclate, née parmi les moines, les prêtres et évêques qui veulent se soustraire à la domination de Rome et rêvent de revenir à la pureté de la primitive église, encouragée par les princes qui voient dans la révolte de leurs clergés et de leurs chrétiens contre Rome, le moyen de faire cesser les prétentions des papes à dominer les cou-
ronnes, lavorisée par ral)aissement oii est tombée la jiapauté et par la corruption profonde de tout ce qui est eu conlaet avec elle. Avec la Uéforme apparaît la libre discussion des Liv res sacrés ; mais avec elle se ravivent les baines religieuses que font naître ces memes Livres sacres dans le cœur de tous ceux qui les lisent. Et pendant des siècles, on se battra, on s’égorgera, on se massacrera, dans toutes les nations de l’Europe, pour savoir si dans l’hostie consacrée par le prêtre, il y a « transsubstantiation » comme l’affirme le catholicisme ou simplement « impanificalion » comme le prétendait Irntlier, pour savoir si les indulgences des papes peuvent ou ne peuvent pas mettre à l’abri des cbatiinents de Dieu, si la papauté est de droit divin, comme le prétend l’Eglise de l\ome, ou si ce n’est (( qu’une grande Labylone )) comme le proclamait, non sans raison, le moine révolté contre elle. Et l'histoire serait incapalile de dire si les plus fanatiques, les plus intolérants et les plus sanguinaires furent du côté de Home ou du côté de Luther.
Les uns et les autres, du reste, n’avaient-ils pas puisé le prineijfe fondamental de leur morale religieuse dans le premier commandement du Décalogue de Moïse Et cette morale n’est-elle pas aussi contraire à la morale naturelle que la nuit est contraire au jour, l’erreur à la vérité, le juste à l’injuste