I. \ oy. ; Ernesl IIiînam, L’Ér/ZIse rhretienne, p
a. Voy. ; ( i üiGNKiiF.irr, TcriiiUiru, p. 2()7.
/ O. lOid., p. a83.
LA MORALE FAMILIALE DU CHRISTIANISME
fluence de ces idées, nombreuses étaient les jeunes filles chrétiennes qui préféraient la mort même au mariage, et plus nombreux encore furent les chrétiens qui, étant mariés, s’abstenaient de toutes relations sexuelles avec leurs femmes ou qui, étant célibataires, repoussaient systématiquement toute idée de mariage. Des sectes chrétiennes entières, notamment celles des Gnostiques et des Manichéens, condamnaient le mariage d’une manière absolue. Pour en écarter les jeunes filles, on les elTrayait par le tableau des douleurs que subissent les mères et par les peintures les plus réalistes des prétendues misères auxquelles seraient exposées les femmes mariées. En meme temps, on leur prodiguait, dans les communautés naissantes, des honneurs et des égards fort liabilenient ménagés pour les amener à fuir le mariage. 11 en était de même à l’égard des veuves. On en faisait des sorles de diaconesses, chargées de la surveillance des femmes mariées et des vierges, prenant part à la gestion des aflaircs de l'Eglise, exerçant, en un mot, une véritable autorité. L’horreur de l’amour et de la famille était poussée si loin que l’on vit des hommes intelligents, comme Origène, et des fanatiques imbéciles, comme les membres de certaines sectes, supprimer volontairement leur virilité pour se garantir contre ses besoins.
Tous ces excès ne pouvaient être que temporaires ; ils disparurent petit à petit, à mesure que le christianisme péné- . tra dans la société qu’il voulait conquérir. Après deux ou trois siècles d’eflbrts incessants contre le mariage et la famille, il dut les accepter sous peine de succomber dans son œuvre de conquête de l’Occident ; mais il resta lidèlc à ce principe de Hieron ale mariage est comme l’argent, la virginité comme l’or », et il conserva de ses luttes contre la vie familiale une doctrine (pii représente encore l’un des principaux éléments de la force du catholicisme, celle (|ui place la virginité et la chasteté au premier rang des plus hautes vertus. De cette doctrine sont sortis les monasières et les couvents d’hommes et de femmes, les innombrables congrégations qui forment la milice de la papauté, et le célibat des prêtres séculiers, c’est-à-dire les insirnmenis les
plus merveilleux d’influence et de prosélytisme qui aient jamais été imaginés par aucune religion.
Contraint d’accepter la famille à titre d’institution civile indispensable, le christianisme s’efforça, du moins, de lui donner un caractère assez profondément religieux pour qu’il en put devenir le maître. Il y parvint par le sacrement du mariage, qui oblige les époux à faire la preuve de leur obéissance au dogme et au culte ; par le baptême, qui impose au père le devoir de faire entrer ses enfants, dès leur naissance, dans le giron de l’Eglise ; par la confession auriculaire, qui fait pénétrer le prêtre jusque dans les relations les plus intimes et les pensées les plus secrètes des époux ; enfin, par le célibat des prêtres, qui place ceux-ci dans des conditions admiraldement adaptées au rôle que l’Eglise désire leur voir jouer dans la famille.
La préoccupation de l’Eglise fut, dès ses jiremiers pas dans la société civile, de courber riiomme sous sa domination pendant toute la durée de sa vie, en lui imposant la pratique de sacrements qui le forcentà renouveler sans cesse tics actes de foi. Dès la naissance, il reçoit, sans en rien savoir, du reste, le sacrement du baptême qui le fait chrétien. Pour que les parents ne retardent pas riieurc de ce sacrement. l’P.glise leur signifie tjuc les enfants non baptisés seront exclus éternellement du paradis. Lorsque les enfants arrivent à la puberté, elle leur impose le sacrement de la sainte Communion qui impli([ue de leur part un acte de foi au dogme de l’Eucbaristie et les contraint de se soumettre au sacrement de la Pénitence, c’est-à-dire à la confession. Dès ce jour, le chrétien ne pourra plus recevoir la communion sans avoir ouvert sa conscience au prêtre qui, trop souvent, abuse de sa crédulité pour pénétrer dans les secrets les plus intimes de sa vie. Après la communion, elle lui impose le sacrement de la Confirmation, qui exige de sa part une nouvelle et solennelle soumission au dogme de l’Eucharistie et au sacrement de la Pénitence. Plus tard, lorsqu’il veut contracter l’union sexuelle dont la nature lui inspire le besoin, elle l’oblige encore à réclamer le concours du prêtre et à se courber devant un nouveau sacre-
LA MORALE FAMILIALE DU CHRISTIANISME
ment, celui du Mariage, qui implique aussi un nouvel acte de foi aux dogmes et une nouvelle soumission au sacrement de la pénitence.
Pour obliger le chrétien à s’incliner devant le sacrement du paariage, l’Eglise a soin de lui imposer le choix entre le sacrement ou la virginité absolue. Toute union sexuelle contractée en dehors du mariage est, en effet, formellement condamnée par elle ; s’il en résulte des enfants, ils restent légalement étrangers à leur père et à leur mère. Par extension du sixième commandement du Décalogue « vous ne commettrez point l’adultère », elle interdit non seulement tout acte, mais encore toute pensée et tout désir sensuels, toute satisfaction directe ou indirecte du besoin génésique, en dehors du mariage et du conjoint que donne celui-ci à l’homme ou à la femme. Le sixième commandement, dit le Catéchisme du concile de Trente L « nous ordonne de garder la chasteté chacun selon notre état, et de nous purifier de tout ce qui souille la chair ou l’esprit. Nous devons avoir une grande horreur pour l’impureté. On n’a une véi itahle horreur pour l’impureté qu’autant qu’on en évite les occasions, telles que l’oisiveté, l’intempérance, les regards indiscrets, l’immodestie des habits, les entretiens légers, les chansons amollissantes, les lectures dangereuses, la fréquentation de personnes de sexes différents, les danses et autres réunions trop libres». 11 n’est pas nécessaire d'avoir été confesseur pour se faire une idée de l’intluence que de pareilles prescriptions donnent au prêtre sur les esprits naïfs et faibles, surtout si l’on en rapproche ces menaces du Catéchisme : (( On aura en grand horreur l’impureté si l’on rélléchit que ce péché rend indigne du Paradis ; ni les fornicateurs, ni les adultères, ni les impudiques, dit saint Paul, ne posséderont le royaume de 'Dieu (1 (ior., VI, q) h » Le péché pouvant résulter d’un simple désir, d’une seule jiensée (( impudique », quelle ne sera pas la puissance du pretre sur la vierge naïve, sur la femme sincère, croyante, qui s’age-