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Voy. : Ernest Renan, Les Evangiles, p

LA ^lORALE DU CHRISTIANISME

Rome; elle fut donc pratiquée de la meme façon qnela^ libéralité romaine. C’est un fait d’évolution historique^ auquel il ne paraît pas que l’on ait encore prêté l’attention

dont il est digne.

On se plaît à répéter, depuis qu’il y a des apologistes du j christianisme, que la charité est une vertu essentiellement chrétienne et qui était inconnue dans les sociétés païennes. Rien n’est plus inexact. En Grèce comme à Rome, et même dans toutes les sociétés primitives, l’assistance aux pauvres' a toujours été pratiquée par les particuliers. Mais, dans les sociétés grecques et romaines on sait qu’une conception particulière dominait les l elations des hommes libres entre eux. Ceux-ci étant considérés comme ne pouvant se livrer à un travail rétribué sans se déshonorer aux yeux de leurs concitoyens, la société s’imposait le devoir de nourrir tous ceux d’entre eux qui étaient dans la misère. On leur faisait des distrihutions de vivres: on leur olTrait des spectacles pour ajouter quelques distractions <à la nourriture (|ui leur était gratuitement fournie. A Rome, les gens riches ajoutaient leurs générosités particulières à celles de l’Etat, et chaque famille avait sa clientèle de pauvres. Ces libéralités particulières u’étaient, d’ailleurs, pas plus désintéressées que celles de la cité. Celle-ci, en subvenant aux besoins et même aux plaisirs de la plèbe, se mettait à l’abri des insurrections. Quant aux familles riches, elles trouvaient dans leur clientèle de pauvres, des serviteurs toujours prêts à les aider dans leui’s ambitions.

Lorsque Jules César, après son coup d’Etat, limita le nombre des plébéiens qui, désormais, auraient droit aux distributions gratuites de vivres, c’est sur les particuliers que retomba une partie de la charge dont la eité se trouvait débarrassée. Il ajoutait un impôt nouveau à ceux que payaient déjà les gens riches et il le faisait non sans intention politique, car il appauvrissait l’aristocratie sans diminuer la popularité dont il jouissait parmi les pauvres. Ceux-ci, en effet, purent se montrer beaucoup plus exigeants envers les particuliers qu’ils n’osaient l’être à l’égard des autorités publiques. D’un autre côté, le pouvoir du dicta¬

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