LA CLORAI. E SOCIALE OU CHRISTIANISME
leur était considcrablemeni accru, car ce furent ses agents qui établirent la liste des nécessiteux entretenus par la cité. Au moment de la réforme, le nombre des plébéiens pauvres qui, en vertu de la vieille loi Sempronia, étaient nourris gratuitement par la cité, s’élevait à 820000. César le réduisit à i5oooo, et décida que les morts et autres manquants seraient remplacés par les pétionnaires les plus besoigneux. Ceux-ci étaient choisis par scs agents. Une énorme clientèle lui était ainsi assurée. De plus, il a eu aux yeux de l’iiistoire riionneur d’avoir créé la première institution d’assistance générale qui ait fonctionné dans la société romaine.
C’est cette organisation que trouva le christianisme quand il pénétra jusqu’au cœur de la plèbe de Rome. 11 se contenta de l’adapter anx besoins de sa propagande, en se substituant à l’Etat dans toutes les œuvres d’assistance créées par les Antonins. On sait en quelle piteuse condition la Révolution se trouva.
Les premières églises ([ui se formèrent, celle de .Jérusalem en particulier, avalent des tendances nettement communistes. Elles n’étaient formées que de gens obligés de travailler pour vivre, mais qui mettaient en commun leurs faibles revenus, dans le but de pouvoir consacrer plus de temps anx prières, aux actes cultuels, aux réunions où l’on discutait les crovances nouvelles, comme on le faisait dans les synagogues juives pour les Livres de la Loi. L’idéal de ces petites sociétés était une vie purement religieuse et d’où toutes les préoccupations matérielles auraient été écartées. On y condamnait, en principe, le travail rétribué, comme le faisaient les sociétés grecque et romaine, mais on était obligé de le tolérer, dans la ju'aliqne, chez les adeptes de la nouvelle religion, parce que tous étaient des esclaves, des alfrancliis ou des artisans n’ayant pas d’autres ressources que leurs salaires. Au ii® siècle, le rêve de la plujiart des chrétiens était encore celui de la vie libre, contemplative et dégagée de tout souci matériel, à laquelle Jésus faisait allusion sur la montagne lorsqu’il disait; « Nul ne peut servir deux maîtres... Vous ne pouvez servir Dieu et Mammon.
C’est pourquoi je vous dis : ne soyez point en souci de I votre vie, de ce que vous mangerez ou de ce que vous \ lioirez; ni pour votre corps de quoi vous serez A^êtus... ; liegardez les oiseaux de l’air ; car ils ne sèment ni ne mois- i sonnent, ni n’amassent rien dans des greniers, et votre Père céleste les nourrit. .. Apprenez comment les lis des s champs croissent ; ils ne travaillent ni ne fdent. Cependant, je vous dis que Salomon meme, dans toute sa gloire, n’a point été vêtu comme l’un d’eux... Ne soyez-donc point en souci, disant: que mangerons nous que boirons-nous P ou de quoi serons-nous vêtus ? Car, ce sont les païens qui recherchent toutes ces choses ; et votre Père céleste sait que vous aATz besoin de toutes ces choses-là. Mais cherchez premièrement le royaume de Dieu et sa justice, et toutes ces choses a ous seront données par-dessus h » Tertullien disait, au ii® siècle, alors que les riches étaient encore peu nombreux dans les communautés chrétiennes : « Le mariage et le commerce sont les deux Auces du siècle » ; et, pour détourner les chrétiens du commerce, il le soumettait à deux conditions qui, réunies et Augoureusement appliquées, le rendraient à peu près impraticable : l’interdiction du prêt à intérêt et la suppression des échéances régulières.
Cependant, la nécessité dominait les doctrines et l’on dut s’incliner devant celle du travail rétribué, le seul dont vivaient la plupart des chrétiens d’alors ; mais on donna une extension aussi grande que possible à la pratique des aumônes afin de favoriser la Aue contemplative. 11 dut même y avoir tout de suite de très grands abus, car certains écrits religieux du temps recommandent aux communautés de n’hospitaliser les voyageurs que pendant deux ou trois jours ; s’ils veulent rester plus longtemps et qu’ils aient un métier, on doit les inviter à l’exercer ou leur donner quelque occupation utile à l’Eglise.
Dès que le christianisme eut acquis assez d’importance pour que les gens riches sollicitassent d’y entrer, on eut