‹ La morale des religionsChapitre 317 sur 380 · RAPPORTS AVEC LA AIORALE · texte numérisé non relu

RAPPORTS AVEC LA AIORALE

La confession, avec les pénitences qu’elle comporte et sans lesquelles il n’y a pas rémission des péchés, et, d’autre part, les indulgences, avec la diminution ou la suppression des peines de l’autre monde qu’elles déterminent, figurent parmi les questions les plus importantes de la morale du christianisme. On me pardonnera donc d’entrer à leur égard dans quelques détails.

La confession n’est pas d’origine chrétienne. On a vu plus haut qu’elle exista, sous des formes diverses, dans d’autres religions antérieures à celle du Christ; mais elle avait toujours été publique ; elle le fut aussi dans les premiers temps du christianisme. L’une des plus grandes habiletés de ce dernier fut de la rendre secrète. Par là, il la rendait plus facile et donnait à ses prêtres la possibilité de pénétrer dans les pensées les plus intimes des fidèles et de connaître leurs actes les plus cachés. Par la confession individuelle, secrète et obligatoire, le prêtre catholique devenait, si je puis dire, cet « œil de Dieu » dont l’Eglise affirme qu’il (( voit tout » ce que font les hommes, qu’il pénètre jusque dans les replies de leur cœur, de leur cerveau et de leur conscience.

La confession ne devint une des institutions fondamentales de l’Eglise chrétienne qu’à partir du jour où cette dernière eut arrêté sa doctrine relativement à la question de la rémission des péchés. L’abbé Loisy a tracé récemment une histoire de l’évolution de cette doctrine qu’il me paraît

LA CONFESSION, LA PÉNITENCE ET LES INDULGENCES

utile de reproduire ici, car elle montre quelles hésitations eurent les premiers docteurs chrétiens en face de ce délicat et grave problème: (( On n’eut pas d’abord, dit-il', l’idée du chrétien pécheur et reconcilié, et l’Eglise ne s’y habitua même que très lentement. On supposait que les défaillances communes étaient réparées par une sorte d’effet persévérant du baptême, par la prière, par la communion, par toutes les bonnes œuvres, surtout par les œuvres de charité. Les péchés très graves et scandaleux mettaient en dehors de l’Eglise et de l’économie régulière du salut ceux qui s’en rendaient coupables. Ceuxci pourtant furent bientôt admis à une pénitence perpétuelle, acceptée de plein gré, dans l’intérêt de leur salut, bien que l’Eglise ne prît pas encore sur elle de pardonner et qu’elle abandonnât le pécheur repentant à la miséricorde divine... C’est à l’égard des fautes charnelles que la discipline s’adoucit d’abord : l’évêque de Rome, Calliste, décida que ces péchés pourraient être remis après an temps de pénitence plus ou moins long. Des concessions ne tardèrent pas à être faites sur les cas d’apostasie, notamment après la persécution deDèce. Le principe de la pénitence temporaire et satisfactoire, avec réconciliation par l’autorité de l’Eglise, soit à l'article de la mort, soit après un laps de temps déterminé, se trouvait acquis... Mais si la pénitence était ainsi devenue une institution chrétienne, et la réconciliation des pécheurs une fonction de l’Eglise, on ne songeait pas encore à employer le nom de sacrement pour désigner un tel objet : c’était un sacrement honteux. Le pécheur devait s’y soumettre, s’il aspirait à la réconciliation, mais quiconque passait par la pénitence publique, et il n’y en avait pas d’autre, était disqualifié comme chrétien ; les clercs n’y étaient admis qu’en perdant leur rang, et un pénitent réconcilié ne pouvait faire partie du clergé. Le discrédit qui atteignait la pénitence s’effaça progressivement, par la multiplication des cas où on la jugeait nécessaire ; par le fait que nombre de chrétiens se soumirent, dans un esprit de mor-

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