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CHAPITRE IX

DES EFFETS DE l.A MORALE DU CHRISTIANISME SUR L’ÉVOLUTION DES MOEURS PUBLIQUES ET PRIVÉES

S’il est une religion à laquelle les historiens et les écrivains religieux se plaisent à attribuer une action considérable et utile sur les mœurs, c'est, à coup sûr, celle du Christ. Or, l’examen impartial de la vie sociale et individuelle en Occident, depuis dix-huit siècles, conduit à des résultats tout dillerents.

Les temps (pii se sont écoulés depuis l’avènement du christianisme peinent, en ce qui concerne l’Occident, et, en particulier, la France, être divisés en trois périodes: celle qui s’étendit jusqu’au vin® siècle, et qui correspond à la conquête des esprits aryens par le christianisme ; celle qui s’étend du vin® au xvi® siècle, pendant laquelle le christianisme, ayant converti à ses dogmes et à son culte les principaux peuples de l’Occident, règne en maître sur les populations et sur les princes, dicte les lois dans toutes les nations, dirige les mœurs et gouverne les consciences; la troisième qui s’étend de la Réforme à nos jours et dont chaque siècle fut marqué par un alfaihlissement de la puissance matérielle et morale du christianisme.

Aucun homme instruit ne contestera que celle de ces trois périodes où les mœurs individuelles furent le plus dépravées, où les luttes politiques et sociales atteignirent le plus de violence et d’immoralité, est celle qui s’étend du vin" au xvi® siècle, c’est-à-dire, celle qui répond à l’apogée de l’inlluence chrétienne dans le monde occidental.

Né au temps de la tyrannie de Néron et de ses suc-

cesseurs immédiats, princes débauchés, cupides, flatteurs et exploiteurs des plus basses passions d’une plèbe ignorante, paresseuse, jouisseuse autant que misérable, le christianisme avait été contraint, dans la première phase de son éA olution, de tenir la conduite vertueuse qui s’impose à toutes les minorités opprimées et persécutées. Plus tard, lorsque les empereurs philosophes eurent pris la direction des affaires et des mœurs, les chrétiens ne purent que persévérer dans la conduite qu’ils avaient eue sous les princes persécuteurs. Comme toutes les associations cpie le pouvoir tient en défiance ou poursuit parce qu’elles sont organisées en violation des lois — ce qui était le cas des chrétiens — la primitive Eglise se sentait obligée à une extrême réserve ; chacun de ses membres surveillait, en quelque sorte, tous les autres, afin de prévenir des fautes qui auraient rejailli sur la totalité de l’association.

Les réunions fréquentes et où les fidèles devaient se montrer assidus, les excitations incessantes des anciens h la vertu, le contrôle sévère que les évêques et les prêtres exerçaient sur tous les membres de la communauté, la surveillance dont les jeunes filles et les femmes mariées étaient l’objet de la part des veuves et diaconesses, l’organisation de chaque église en une sorte de monarchie soumise à l’autorité absolue de l’évêque, toutes ces conditions sagement combinées entretenaient les chrétiens dans un état de moralité aussi parfait que le comporte la faiblesse de la nature humaine. Certes, les fautes individuelles étaient nombreuses et les erreurs morales de certaines sectes n’étaient pas rares, mais la discipline qui régnait partout et l’habitude que les évêques avaient contractée de blâmer publiquement toutes les infractions à la morale individuelle ou collective, empêchaient que les fautes commises prissent une très grande extension. En dépit des critiques malveillantes ou haineuses dont les chrétiens étaient l’ohjet, en dépit des accusations d’immoralité dirigées contre eux à cause du contact incessant des deux sexes, dans leurs réunions, des baisers échangés, de l’agenouillement au pied des prêtres dans lequel certains allèctaient de voir

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