I. Ibid., Il, [J. 49O
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mis du commerce, de l’industrie, des sciences, des arts, du travail intellectuel comme du travail physique, et l’on a le spectacle d’une société dont presque tous les membres attendent, dans l’oisiveté, leur bonheur, de la générosité d’un Dieu que tous adorent sans qu’aucun le puisse connaître. Il n’est pas étonnant qu’une pareille société n’ait jamais pu s’arrêter à une organisation politique durable. Dieu y tenait trop de place pour qu’aucun gouvernement humain pût s’y établir et y fonctionner. On ne peut éprou- A'er non plus aucun étonnement quand on voit le peuple dérouler la moitié de son histoire sous le joug de quelque autre nation plus forte et mieux organisée'. »
Apres le pbarisaïsme judaïque devait apparaître le pbarisaïsme chrétien. La Sybille d’Alexandrie est l’organe des deux lorsqu’elle s’écrie : (( Hommes mortels, faits de chair, êtres de rien, pourquoi vous enorgueillir sans faire attention au but de la vie.^ ^'ous ne tremblez pas, vous ne craignez pas Dieu qui vous regarde, le Très-Haut, qui connaît et ^ oit toot, qui est présent partout, qui a créé et nourrit tous les êtres, qui a mis en eux son doux esprit, et a fait de cet esprit le guide de tous les mortels... Hommes, pourquoi vous perdre dans votre orgueil.^ llougissez bien plutôt de faire des dieux avec des chats et des bêtes méchantes^... Insensés, vous vous prosternez devant des serpents, des chiens, des chats ! A'ous adorez des oiseaux, des bêtes qui rampent sur la terre, des figures de pierre, des images fabriquées de vos propres mains, et même des tas de pierres au bord des chemins... C’est devant celui à qui appartient la vie et la splendeur de l'éternelle lumière, qui verse aux hommes une joie plus douce que le miel, c’est devant celuilà qu’il faut courber la tête pour s’ouvrir le chemin où marchent les hommes pieux à travers les siècles. Mais vous
1. De L\nessan, La concurrence sociale et les devoirs sociaux, ]>. 71. Paris, F. Alcan.
2. La Sybille écrivail en Egypte où les chats et une foule d’autres animaux étaient l’oijjet d’un culte très aneien et très populaire. Elle écrivait à une époque où l’idée de l’iininortalité de l’àine et des récompenses ou châtiments postérieurs â la mort commençait â pénétrer parmi les juifs, surtout parmi ceux ([ui habitaient en dehoi-s de la Judée, à Alexandrie, â Rome, etc.
l’avez abandonné ; vous avez épuisé la coupe remplie de la justice céleste..., c’est pourquoi un orage de feu ardent descendra sur vous ; vous serez sans cesse et pour l’éternité consommés par des llammes. Alors vous songerez avec honte à vos idoles menteuses et impuissantes. Mais ceux qui honorent le dieu véritable, éternel, auront la vie en héritage : durant l’éternité, ils habiteront les vergers fleuris du Paradis et se nourriront du doux pain du ciel étoilé h »
La doctrine était précise : avant de les faire entrer dans les vergers fleuris du Paradis ou de les faire consumer par les flammes éternelles, le Dieu de la Sy bille ne cherchait pas à savoir si les hommes avaient été aflectueux, utiles à leurs semblables, aimants et serviables, justes et sages, ou bien méchants, hypocrites et haineux, injustes et insensés, mais uniquement s’ils avaient adoré d'autres dieux que luimême. La vertu qui assure les récompenses éternelles résidait entièrement dans la foi ; le vice qui entraîne après lui des châtiments non moins éternels, c’était l’incrédulité. Nous verrons le christianisme aller plus loin encore et imaginer la grâce divine, sans laquelle on ne saurait ni cti'e un honnêtre homme, ni même a\oir la foi.
Le judaïsme avait semé dans le peuple d'Israël la liainc des classes, la haine de tout homme étranger à la famille hébraïque, la haine de toute nation pi’aliquant un autre culte que celui d’Iahvé, mais il n’avait pas été assez puissani pour réaliser ces rcA'es de haine ; le christianisme, en se répandant parmi les peuples aryens, était appelé à y accomplir dans toute sa hideur l’œuxre d’Ialn é.
Fort heureusement pour le jieuple hébreu, la morale haineuse des Livres sacrés n’avait pas été assez puissante pour enrayer l’évolution de la moralité publique et privée qui se produit inévitablement à mesure (|ue l’intelligence des hommes se développe, que l’instruction se répand parmi eux, que les nécessités sans cesse grandissantes de la vie sociale multiplie leurs relations et rend celles-ci plus étroites.
En Israël comme d^ns le reste du monde, la nature a été
I. ^ oyez Eriiesl Renan, Hist. du peuple d'Israël, v, p. 34o el siilv. Lanessan. Ke)i{jious. 6
plus forte que la religion. Elle a rapproché les peuples que la religion éloignait les uns des autres. Elle a opposé le frein de l’intérêt aux hostilités de familles et de classes que la religion s’efforçait d’accentuer. Elle adéveloppéraltruisme familial, en faisant contrebalancer l'égoïsme et l’esprit de domination du mâle que la religion avait consacrés, par les sentiments affectifs que les relations de la famille inspirent. Elle a fait naître l’altruisme social, en révélant aux divers membres de la société le besoin que cbacim d’entre eux a de tous les autres et l'impossibilité dans laquelle se trouvent les plus forts de se passer du concours des plus faibles. Et sous son inlluence, la moralité des juifs s’est développée d’autant plus et avec d’autant plus de rapidité qu'ils ont été contraints de s’éloigner davantage du foyer religieux autour duquel s’était formé leur groupement social.