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Ibid., p. 870 et suiv

LA MORALE REÎAGÏEI SE DES PEUPLES ARYENS

brait à Biblos avec de grandes cérémonies la mort et la renaissance chaque année. De la Grèce, les cultes orientaux de Dionysos, de Bacchus, d' Adonis, plus ou moins confondus, passent à Rome et y prennent plus d’importance encore peut-être qu’ils u’en avalent eu parmi les Grecs.

Ils y fureul accompagnés par le culte de Cybèle ' , à la suite duquel toutes les folies sémitiques eurent cours parmi les Romains, surtout chez les femmes qui trouvaient trop sévère et pas assez mystique la religion du foyer domestique. Ce fut en 2o4, pendant les dernières années delà

I. « Cybèle, Kiibèbè, Kubèlè, régnait sur toute la Ubrygie et les contrées voisines ; sur toutes les montagnes s’élevait un sanctuaire à son honneur. De là tous ses surnoms, Dindymènè, Bérékyntbia, Sipylè, Idaïa. Ses images les plus antiques, à Pessinunte et sur l’Ida, notamment, étaient des pierres tombées du ciel, qui, peut-être, à l’origine, représentaient aussi bien le fécondateur que la fécondée (car les dieux androgynes, hermaphrodites, ne sont pas rares dans le chtbonisme, témoin l’Aphrodite barbue de Chypre). Cybèle, dont le nom n’est pas grec, était, selon toute probabilité, la déesse des montagnes sur lesquelles semblait se poser le ciel », comme pour un accouplement gigantesque. « Elle s’appelait encore Mà, Mactaurà (peut-être la mère vache), Mà, la mère des dieux, la graufl’mère ou déesse phrygienne. C’était donc, en apparence, une déesse vénérable, tout à fait semblable à Rhéa, à Gaia, à Dionè, avec lesquelles elle fut de bonne heure confondue (dès le siècle à Athènes et en Béotie). Mais les fêtes orgiastiques et sa légende secrète ne pénétrèrent eu Grèce qu’après le Sabazios orphique.» Sous sou apparente majesté, se cachait la légende d’Atys, son amant infidèle, qui, afin de se punir de ses infidélités, se mutile Ini-méme, et que « ses compagnons imitent pour s’associer à la douleur de Cybèle, inconsolable » de la |)erte de la virilité de son amant. Non content de s’étre mutilé, Atys allait se tuer, lorsque Cybèle « prise de pitié, le changea en pin, le |)lus droit des arbres et celui qui perd le moins sa verdure ». La fête d’Atys était célébrée au printemps ; elle durait cincj jours pendant lesquels on commémorait successivement la mutilation, la moit et la résurrection du Dieu, a Ijamentations et promenade du pin sacré ; grand vacarme de cornes et trompettes ; frénésie et mutilations ; résurrections et danses désordonnées ; enfin extase et repos ; telles étaient les phases de cet office de la passion d’Atys. »

Quant à Cybèle, ses jirétres étaient des castrats (Galles ou Métragyrtes) qui se faisaient eunuques pour imiter la mutilation d’Atys. Ils |)ionienaient la statue de la déesse à travers les villes et les campagnes, « ivies de sang, heurtant dans une étrange danse d’alîreux cimiers et des chaînes de fer », en vendant des amulettes et îles formules expiatoires, et provoquant parfois, chez les croyants enivrés de superstition et de vin, des mutilations semblables à la leur. IN tout cela n’einpéchait pas Cybèle d’être vénérée comme la dispensatrice de la santé, de la prospérité, de la force d’àme en tant que « mère auguste des dieux, des hommes et des êtres », dit Lucrèce. « Ijes (valles s’astreignaient à de dures observances, se donnaient la discipline avec un fouet garni de petits os ; ils s’abstenaient de certains aliments ; puis tout d’un coup ils reprenaient leur métier de derviches hurleurs et de Karagheuz indécents. » (voy. André Lr:FÈVRE, La Grèce anluiue, p. /j43 et sniv. — Lucrèce, De naiiira rerurn, livre 2, V. 6oo et sulv.

guerre contre Ilannibal que Gybèle fut introduite officiellenient à Rome, avec le titre de Mère des dieux. Jl existait alors à Pessinus, localité de l’Asie Mineure habitée par des Celtes, mais entièrement soumise aux inlluences religieuses sémitiques, une pierre brute que les prêtres de l’endroit représentaient comme la vraie Cybèle. A la sollicitation du corps sacerdotal de Rome et, probablement, dans un but politique facile à comprendre, une ambassade fut envoyée à Pessinus pour y prendre celte pierre et la transporter à Rome où elle fut reçue en grande pompe.

A partir de cette époque, la vieille religion romaine du foyer familial et de la cité fut soumise à une concurrence redoutable de la part des cultes orientaux. Ceux-ci vinrent briser les cadres de la famille et de la cité, à une lieiire oii ])récisément ils paraissaient trop étroits à une foule de gens. C’était l’épocjue où les femmes commençaient à s’émanciper de la tutelle maritale et où les citoyens, éclairés par la corruption du corps sacerdotal et des classes dirigeantes, tendaient à se détacher du culte de la cité. L’entrée de Cybèle dans le panthéon romain fut le point de départ de la fondation de petites sociétés privées dont les membres se réunissaient fréquemment et s’olTraient tour à tour des dîners. Le club s'installait à côté et en dehors de la famille, en même temps qu’une religion nouvelle écartait les hommes de celle du foyer. Il était Impossible (|ue les femmes n’imitassent pas cet exemple. Elles étaient attirées vers la nouvelle déité par les cérémonies pompeuses et les processions dont son culte était accompagné. De nombreux prêtres transportaient les images de la déesse à travers les iTies de la ville et jusque dans les campagnes, attlraul l’attraction du public par leurs riches costumes orientaux, les fifi •es et les tambourins qui cadençaicnt leur marche et les quêtes qu’ils faisaient de maison en maison. On savait ([ue les castrats seuls pouvaient être admis dans le corps sacerdotal de la Mère des dieux, et cela éveillait la curiosité eu même temps que le mysticisme religieux, au point (pi’il fallut jirendre des mesures pour empêcher les citoyens romains de se faire prêtres de C}bèle.

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

Pendant ce temps, le culte deBacchns prenait un caractère plus oriental encore cpie celui dont il s’était revctii en revenant de l’Asie parmi les Grecs. Des fetes nocturnes et secrètes étaient organisées en l’iionnenr du dieu, et l’on s’y livrait à de telles orgies, à d c si abominables débauches, (jne la police dut intervenir. «Un festival nocturne secret en riionneii]' du dieu Bacclms avait été d'gbord introduit en Etrnrie par un prêtre grec, et gagnant comme un cancer, avait bientôt gagné Borne et s’était répandu en Italie, corrompant les familles et donnant naissance aux crimes les |)lns atroces, à une immoralité révoltante, à la falsification des testaments et aux empoisonnements. Plus de sept mille boinmes furent condamnés, plusieurs à mort, par suite de ces excès et oii fit des ordonnances terribles pour l'avenir ; elles ne réussirent pas à réprimer ce système, et six années après, 57/1 (180), le magistrat chargé de celte alfaire remarquait que trois mille liommes encore avaient été punis, et que le mal n'était pas près de cesser '. »

'fandis que les pratiques les plus obscènes et les plus eriminelles des religions sémitiques s'infiltraient dans la société romaine, les vieux cultes de la famille et de la cité se corrompaient sous l'inlluence d’un accroissement du nombre des membres du corps sacerdotal entraînant à sa suite la cupidité sans laquelle il leur eût été impossible de vivre. Aux trois anciens collèges des augures, des pontifes et des gardiens des oracles, on avait ajouté un quatrième collège, dont le rôle unique était de surveiller l’organisation des banquets des dieux. En même temps, les prêtres refusaient de payer les impôts, tandis qu'ils sollicitaient des donations, multipliaient les quêtes à domicile, prélevaient de \ érilables dîmes sur les revenus et les héritages des citoyens, augmentaient le prix de tous leurs services, et compliquaient le rituel sous prétexte de le rendre plus parfait, au jioint que certains sacrifices étaient recommencés jusqu'à vingt et trente fois. Là encore on reconnaissait l’esprit des religions sémitiques, et Mommsen a pu dire non sans raison :

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