LES DIVINITÉS DU VÉDISME ET DU BRAHMANISME ET LEUR MORALITÉ
§ I. — Les dieux du polythéisme védique et leur moralité.
C'est encore l'intérêt de la classe sacerdotale qui a présidé, sinon à la création, du moins à la consécration des divinités sans nombre dont est peuplé le panthéon hindou et à l'institution des multiples sectes religieuses entre lesquelles les indiens sont partagés. Chaque dieu ne pouvant être honoré que par l'intermédiaire de ses prêtres particuliers, plus considérable est le nombre des divinités, plus grand aussi est celui des prêtres qui peuvent vivre de l'autel. D'un autre côté, plus les sectes se multiplient et plus les rites cultuels se compliquent, exigeant un plus grand nombre de prêtres particuliers. Sous liniluence de ces intérêts, l'Inde en est venue à compter presque autant de dieux ou d'objets divinisés que l'imagination la plus dévergondée a pu en concevoir. Très nombreux étaient déjà les dieux ou démons que connaissaient les peuples dont le Rig-Véda nous a conservé les idées et les pratiques religieuses, plus nombreux encore sont ceux qu'adorent les peuples de l'Inde moderne. Car il s'est fait dans ce pays une évolution inverse de celle qui s'est produite chez les autres nations aryennes : au lieu d'aller du polythéisme au monothéisme, l'esprit indien semble être devenu plus polythéiste encore qu'il ne l'était il y a trois ou quatre mille ans.
Les divinités du Rig-Véda étaient innombrables, mais un
Lanbssan. Religions.
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178 LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
petit nombre d'entre elles seulement étaient revêtues par l'imagination populaire ou sacerdotale des caractères anthropomorphiques. Celles-ci représentaient ce que l'on pourrait appeler les grands dieux, ceux que l'homme avait faits à son image, qu'il avait dotés de ses passions, mais que, d'une façon générale, il considérait comme bienfaisants. On connaissait Agni, le dieu du feu, le moins anlbropomorphisé de ce pantliéon, parce qu'il est réellement visible dans le foyer qui brûle, dans le soleil qui éclaire le monde, dans l'éclair qui sillonne les nuées. On le supposait aussi dans les eaux où le feu dépose sa force quand il s'y éteint en sifflant pour y reposer comme un cygne ' et, d'où il pénètre, avec l'eau elle-même, dans les plantes pour les faire croître ; on le voyait dans les nuages qui se forment par l'évaporation des eaux, entre lesquels brillent les éclairs; on le croyait présent aussi dans les bois qui, par frottement les uns contre les autres, donnent naissance au feu : dans la plante que l'aigle ravit au ciel' et d'où Ion extrait le Soma du sacrifice qui réchauffe le cœur, dont les dieux eux-mêmes s'enivrent pour augmenter leurs forces ; dans les animaux qui se nourrissent des plantes ; dans les cailloux d'où jadlit l'étincelle quand on les choque : dans la terre d'où naissent les végétaux et d'où sortent les eaux des sources ; dans tout ce qui vit et dans tout ce qui meurt. Partout, il représente le principe de la vie, le générateur par excellence; aussi son culte se confondait-il avec celui de la génération '. Il fut d'abord le plus grand et le plus vénéré des dieux ;
1. Oi.DENBERO, La religion du Véda, |>. 9') (Pîuis, F<^li\ Alcan).