Voy. plus haut, p. 88, note
3. « Entre l'œuvre de la génération prinionliale des êtres vivants et l'œuvre sainte du sî.crifice, dit Burnouf (Essdi sur le Véda, p. i83), une relation éti-uite existe dans le Véda ; un même mot, ou plutôt une même racine, exprime ces deux choses : Karman est l'œuvre, et Krntu, le sacrifice ; tous deux se rapportent à la racine aryenne Kri, qui signifie produire, qui est identique au latin creare, et qui se retrouve probablement aussi dans le nom de hronos, baturne. L'œuvre de la production du monde se perpétue avec celle du sacrifice et ne saurait s'en séparer... Les Ancêtres sont la source primordiale des sacrifices et des générations... Le feu est l'élément même de la vie. invisible, il anime toute la nature. Quand se produit la génération d'un être vivant, c'est ce Feu inétaphvsique qui se transmet avec la semence paternelle dans la matrice ou le vivant doit se développer ; Agni est le grand amra qui réside en tout ce qui a yie... »
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plus tard il s'effaça devant Indra qui distribue la richesse, donne la victoire et prodigue la gloire, avec le butin, aux guerriers. Agni ne fut plus, dès lors, que le dieu des gens modestes, des paysans, des laboureurs, des bergers, qui vivent dans la paix. Il resta le dieu des foyers paisibles et des ménages heureux. Petit à petit, son caractère de générateur, de source de la vie devint prédominant et c'est à lui, sans doute, que furent consacrées les pierres que l'on dressait sur le bord des chemins, près des fontaines, comme des images symboliques de la génération, les menhirs si répandus en certaines parties de l'Inde et qui, pendant un nombre indéterminé de siècles, furent les divinités favorites du petit monde, celles que l'on implorait pour avoir beaucoup d'enfants, un bétail nombreux, d'abondantes récoltes, des épouses fidèles et des maris aimants. L'Agni du feu était oubUé; TAgni générateur lui-même avait disparu derrière l'image grossière de l'organe générateur mâle.
La décadence du culte d'Agni fut accompagnée de l'exaltation d'Indra et d'un accroissement considérable du corps sacerdotal, car Indra était le dieu de la guerre, des victoires et des richesses, des guerriers et des rois. D'abord, il avait été le « dieu de l'orage, distinct du dieu du ciel, géant à la barbe blonde ou flambloyante, doué d'une force incomparable, mangeur et buveur hors pair, qui tuait le dragon en le frappant du foudre » pour mettre en liberté les eaux des sept rivières. C'est lui qui a fendu les rochers caverneux où les vaches productrices de lait et de beurre avaient été enfermées par lesPanis au grand dommage des populations du Septa-Sindhu. C'est lui aussi qui a vaincu l'aurore et permis au soleil de jeter ses éclats sur la terre ; c'est lui quia vaincu les noirs Dasyous, ennemis de Aryas ; c'est lui le grand buveur de Soma, dont souvent il lui arrive de prendre plus que de raison ; si bien qu'il s'enivre et ne sait plus ce qu'il fait. « Ai-je donc bu du Soma? Comme des vents de tempête, les boissons m'ont bouleversé. Ai-je donc bu du Soma ? La prière est venue à moi, comme la vache mugissante à son veau chéri. Ai-je donc bu du Soma .^ Comme le charpentier [tourne] le siège du char,
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LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
ainsi je tourne la prière en mon cœur... Ai-je donc bu du Soma ? A présent, je rentre joyeux, et j'apporte aux dieux les mets du sacrifice. Ai-je donc hu du Soma? » Il a bu « le Soma pressuré de Manou, trois mares pleines, d'un seul coup, pour tuer Vrtra ' ». Indra est « le plus grand parmi les grands, le plus fort parmi les forts, pareil à un taureau, violent et bon garçon : lorsqu'il est en humeur de donner, sa libéralité est inépuisable. Il boit, il frappe, il bruit, fait voler la poussière, met tout en pièces. Ami de ses amis, et ennemi de ses emiemis, il aime surtout les grands de ce monde, pourvu qu'ils ne lésinent pas sur les sacrifices... Ce n'est pas lui qui a enseigné à l'iiumanilé la règle, le bien ni les arts. Mais c'est son bras robuste qui a procuré aux hommes leurs plus chers trésors: l'eau fécondante, la lumière, le bétail et l'abondance qui le suit. On l'implore en vue de la puissance et de la victoire... Son élément, c'est la lutte, la victoire éclatante, et l'ivresse du Soma que lui présentent en pompe de longues files de prêtres, récitant, chantant, officiant et récompensés de leur zèle par un riche salaire en chevaux et chars, en or et en bestiaux ^ »
C'est surtout lorsque les Aryas des temps védiques se répandirent au delà du Septa-Sindu et entreprirent la conquête des régions orientales de l'Inde occupées par les (( Dasyous)), que la réputation d'Indra devint grande, grâce aux éloges que les prêtres faisaient de sa force et de sa puissance. Il plaisait aux guerriers, grands buveurs et mangeurs comme lui, désireux de donner des coups plus que d'en recevoir, et très avides du butin que leur promettait la terre à conquérir. Au milieu d'eux, devant les autels où l'on fait des sacrifices pompeux, les prêtres chantent : « Indra s'emparera des territoires enviés, car il est le maître d'une opulence grande et solide ; par sa victoire, il donnera tous les biens de la >ie, il introduira ses heureux serviteurs dans les plus fertiles pâturages. Indra frappera les ennemis qui méritent la mort ; il brisera les traits de ces