‹ La morale des religions [microform]Chapitre 118 sur 340 · I. Oldknbbrg, loe. cit., p. i · texte numérisé non relu

I. Oldknbbrg, loe. cit., p. i

•j. Ibid., p. i46.

impies. » Après la victoire, ils chantent plus fort encore les louanges d'Indra, comme du véritable triomphateur : (( La victoire est restée aux Aryas parce qu'Indra, combattant pour eux depuis le matin, a brûlé des milliers de vils Dasyous dans leurs forts inaccessibles, dans leur retraite inexpugnable : et les tribus impies ont été soumises au joug de l'Arya. » Ne croirait-on pas entendre un prêtre de lahvé ? Il a promis la victoire au nom de son dieu, la victoire a été obtenue, il en donne toul le mérite à son Dieu. Mais, n'est-ce point lui-même qui a sollicité du Dieu cette victoire par ses chants cl ses sacrifices.^ Ne peut-il pas s'en attribuer en quelque mesure le mérite? 11 a roreille d'Indra, il est entendu par Indra. C'est lui qui invite Indra à s'enivrer du Soma qui le rend fort et bienveillant aux guerriers : « Passionné pour le Soma, le dieu viendra continuellement s'enivrer. On a rempli pour lui cent vases de liqueur sacrée. » Seul, le prêtre connaît Indra, peut obtenir ses faveurs: «Il n'est point de force, point de résistance, point d'audace déployée parles Dasyous qui puisse fléchir Indra, lorsqu'Indra a répondu à la voix du prêtre. — C'est par le sacrificateur qu'Indra terrasse les superbes Dasyous. — Qui donc, hormis le prêtre, a jamais connu Indra? quel prince l'a mesuré, ce Dieu ? Les hauteurs d'Indra sont vertigineuses : insondables, sont les profondeurs d'Indra ! » Et, puisque c'est le prêtre qui donne la victoire aux guerriers et aux « chefs glorieux», ceux-ci doivent se montrer généreux envers lui. C'est la volonté d'Indra, u H n'a rien à craindre, le chef qui a versé, pour Indra, de nombreuses coupes de Soma ; il marche à la tête de ses hommes, il triomphe de son ennemi, il règne heureusement sur ces provinces et il illustre son nom ; il vivra, fort, conquérant, favori des dieux. » Pour encourager la cénérosité des vainqueurs, des puissants et des riches, les prêtres énumèrent. en les exagérant, les cadeaux qu'ils ont déjà reçus : (( des millions de parures, des chevaux forts et magnifiques, des chars superbes», qui permettent aux sacrificateurs de se rendre à l'autel sur des chevaux richement caparaçonnés et d'officier en des costumes superbes, car

•'irLftii.Mi»j- .^^>^

-JTtTV^^'^

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

« le prêtre doit se présenter devant le peuple comme le fait un seigneur. » Malheur à ceux qui ne se montrent pas reconnaissants et généreux envers le prêtre qui leur fait obtenir les faveurs d'Indra. Les « impies, ces traîtres au culte, seront, par le dieu de la force, arrachés à la vue du soleil' ».

En créant la puissance d'Indra et en la faisant admettre par le peuple, la caste sacerdotale n'avait pas seulement constitué son propre pouvoir, elle avait appris encore, par expérience, comment elle le pourrait maintenir et accroître. Elle sait maintenant faire les dieux : elle en fera autant qu'il sera nécessaire pour satisfaire les superstitions du peuple, apaiser ses craintes ou dompter ses résistances, s'il lui arrive d'avoir la velléité d'en montrer. Sachant faire les dieux, comment ne saurait-elle pas faire les rois.^ Parla crédulité du peuple, elle est toute-puissante, à la condition de conserver la supériorité que lui donne sa science relative. Elle maintiendra <lonc l'ignorance dans toutes les castes, en hmitant le plus possible le rôle qu'elle assignera, dans la société, à chacune d'entre elles.

Ce qui, dès l'époque védique, caractérise les Aryas de l'Inde, c'est la tendance qu'ils ont à voir des esprits dans tous les objets, dans tous les phénomènes cosmiques, puis à personnifier chacun de ces esprits en un dieu particulier. Aussi ne faut-il point s'étonner de voir leurs divinités favorites changer avec la nature du milieu dans lequel vit le peuple et avec les événements dont il est l'auteur ou le spectateur. Dans le Septa-Sindu. où il mène la vie paisible de l'agriculteur et du pasteur, c'est le doux Agni, déité du feu, du foyer, de la génération, qui a toutes ses faveurs, qui est en quelque sorte le dieu des dieux. Plus tard, lorsqu'il marche à la conquête des pays de l'Est, en repoussant devant lui, par la force, les Dasyous qui défendent leurs terres et leurs foyers, c'est Indra qui revêt la suprématie divine : non pas seulement l'Indra de la foudre, l'Indra qui a libéré les eaux et les vaches du pays des Sept rivières, mais l'Indra de la guerre, qui s'enivre de Soma et se repaît de sang.

Plus tard encore, lorsque les Aryas sont parvenus dans la vallée du Gange, fertile et plantureuse, mais empoisonnée par les marécages et balayée par les vents qui dissipent les brouillards empestés, ce sont les vents et les maladies qui deviennent les dieux par excellence. Les vents sont personnifiés dans les Maruts lout-puissants, terribles ou bienveillants. Les Maruts prennent à la fois la place d Agni et celle d'Indra (jui, pour un moment, a. terminé son rôle. « Devant ces dieux terribles, dit nn hymne, les forêts frémissent de crainte », les lorêls où habite Rudra et sa légion de déités mortifères. Sous leurs souffles irrésistdiles les montagnes s'entre-choquent ; leur voix fait trembler le ciel lui-même (( lorsqu'ils se jouent en agitant leurs glaives et se précipitent comme des torrents' ». C'est avec des mains pleines de glaives qu'on les représentera plus tard, lorsque les dieux auront été non seulement anthropomorphisés par l'imagination des populations naïves, avec lacompUcité intéressée des prêtres, mais encore transformés en idoles palpables et tangibles.

A coté des Maruts mais distinct d'eux, on connaissait Uudra le sinistre, le rouge, et, comme tel dangereux, car le rouge est la couleur du sang, des emblèmes de la mort. Un hymne l'appelle a le rouge sanglier du ciel, le monstre, qui porte les cheveux roulés en forme de coquille » et il l'implore, il lui crie: « aie pitié, ô Rudra, du chantre qui te loue. Que les troupes aillent terrasser d'autres que nous. Oue l'arme de Rudra nous dépasse, qu'il nous dépasse le vaste courroux du monstre. Détends tes arcs puissants en faveur de nos amis les généreux; fais merci et sois propice à leurs enfants et aux enfants de leurs enfants. — iNe nous frappe pas, o Rudra, ni grand, ni petit, ni adolescent, ni adulte, ni père, ni mère, ni notre corps qui nous est cher ». Il a une touffe de cheveux bleu-noir, un arc et des flèches, « son ventre est bleu-noir, rouge son dos», dit un hymne, qui ajoute : (( du bleu-noir il enveloppe l'ennemi et le rival ; avec le rouge il frappe celui qui le

I. Voyez pour ces citations, Marius Fontanes, l'Inde védique, p. aa3-a43.

Page 1