‹ La morale des religions [microform]Chapitre 124 sur 340 · I. Laouenan, II, p · texte numérisé non relu

I. Laouenan, II, p

a. Ibid., Il, p. 278.

pieds, leur offrent de l'encens, des fruits, des fleurs, et portent devant eux des torches allumées. Un des modes d'honorer Krishna enfant consistant à le balancer sur une escarpolette, lesfemmes accomphssent lemême office envers le maharaja. La sahve qu'il rejette de sa bouche, la souillure de ses pieds, la poussière sur laquelle il a marché sont dévorées avec empressement par ses disciples ; ils vont même jusqu'à boire l'eau qui a servi à laver ses vêtements et ses pieds, et ils la nomment « charanâmrita », ou ambroisie des pieds. D'autres adorent ses socques de bois, se prosternent devant son siège et son portrait. Bien plus, il y en a qui croient que le meilleur moyen de se rendre propice le dieu Krishna, qui réside au ciel, consiste à se prêter aux passions sensuelles de ses successeurs sur la terre. Corps, âme et propriété (tan, man, dhan) tout doit leur être abandonné sans réserves, et les femmes sont instruites dans la croyance qu'elles n'ont pas de plus sûr moyen de s'assurer les plus désirables bénédictions qu'en se prêtant aux caresses des représentants de Krishna... C'est à cette secte qu'est dû le Prem-Sagor, l'océan d'amour, qui chante les amours de Krishna et de Râdâ ' . »

Certaines sectes adoratrices des Saktis ou épouses, énergies femelles des dieux, poussent les choses beaucoup plus loin encore. Les Saklas identifient, pendant la célébration de leur culte, « toutes les femmes présentes avec les Saktis divines; c'est à leurs organes génitaux qu'ils offrent leurs hommages, c'est par l'acte même de l'union sexuelle qu'ils prétendent honorer la divinité, acquérir des facultés surnaturelles et l'union avec l'Etre suprême... Il n'y a pas, disent-ils, de mérite à adorer dieu en menant une vie pure et chaste, en pratiquant des bonnes œuvres et des mortifications: mais celui qui élève son esprit, qui peut s'unira lui au milieu des orgies les plus grossières, celui-là est un héros, un véritable saint. Par suite de cette aberration d'idées, ils donnent le nom de pasu (bêtes) à ceux qui ne

I. Laouenan, II, p. 298. En 1862, un procès qui se déroula devant la Cour de Bombay révéla toute cette corruption religieuse. Voy. Monier Williams,/ie/t^tous Thoughty p. i3A-i38.

' ■'^^îs'*^.- ▼'">*:' "y^^ *V -^

m LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

sont pas initiés à leur système, et se glorifient eux-mêmes du litre de slddhas, hommes parfaits ». Lo doctrme religieuse qui inspire ces orgies est tirée de cette parole de Siva s'adressant à Râli : « Tous les hommes ont ma forme et toutes les femmes on» la tienne; quiconque reconnaît une distinction quelconque de caste dans le cercle mystique est un esprit dévoyé. » Le « cercle mystique » est formé, dans les cérémonies solennelles du culte de celte secte, par tous les « hommes et femmes assis cote à côte sans aucun égard pour la caste ou les relations de parenté. Les hommes représentent la personne de Siva et les femmes celle de son épouse ». Le cercle étanl formé, « on se met à hoire des vins et des liqueurs d'espèces dilTérenles, qui doivent être au nombre de douze. A chaque espèce est attribuée une vertu particuhère : l'une procure le salut, l'autre la science, les autres la puissance, la richesse, la destruclion des ennemis, la guérison des maladies, la délivrance du péché, la purification de l'ame. Quand on a bu, on se gorge, tour à tour, de viandes, de poissons et de graines. Enfin on se livre à tous les excès de la luxure * ». A ces pratiques orgiaques se mêlent des prières, des lectures de Uvres sacrés, des formules de sorcellerie, en un mol, tout ce que l'imagination des plus ardents dévots peut concevoir. Et ce n'est point là un des côtés les moins curieux de ces singulières aberrations religieuses.

îij Ul. — Le Panthéisme hvalwmniqae et le BoiuhUtisme,

et leur morale.

Diverses tentatives ont été faites, au cours de l'histoire du brahmanisme, pour le soustraire aux grossières divinités dont se peuplait son panthéon elaux pratiques ineples ou licencieuses par lesquelles son culte se pervertissail. J'ai rappelé plus haut celle du Vislmu-purana el son avortement. Une autre, plusimporlanlc. fut faite dans [cB/irah-

Page 1