Laovexan, 11, p. 3o7-3o
mana des sentiers. Elle commença de se manifester vers la fin de la période védique. Au polythéisme brutal et hcencieux auquel la masse donnait son adhésion d'autant plus volontiers que chaque race, et même groupe social y pouvait faire entrer les divinités de son choix, des brahmanes quelque peu philosophes tentèrent de substituer une sorte de monothéisme panthéiste d'où devait naître, vers le r siècle avant notre ère, la doctrine du Bouddha.
Le point de départ du panthéisme auquel je fais allusion était placé par les créateurs du système dans l'idée du Moi individuel. Le corps humain est pénétré par des souilles vitaux prana) dont le principal, en quelque sorte le suzerain, reçut le nom d'Atman. Il est le pouvoir central dont l'activité créatrice s'exerce dans les profondeurs de la vie personnelle, le souffle vital (( innommé » dont tous les autres tirent leur origine. Gel Atman est aussi la force créatrice qui meut l'univers tout entier. L'Atman « est le Tout. » Il se confond même avec Brahma, pour former l'Être un, universel, immuable et éternel dont le symbole est la syllabe affirmative Om.
Il est seul à l'abri de la douleur du monde ; en dehors de lui, il n'y a qu'affliction. Pour éviter cette affliction générale, l'homme ne dispose que seul moyen : il doit éviter tout autre désir que celui de l' Atman et renoncer à toute autre œuvre que la recherche de l' Atman, car (( l' Atman, dit le Brahmana des cent sentiers, est au-delà du bien el du mal: ce qui a ou n'a pas été fait, il ne s'en met pas en peine ». L'homme n'est parvenu à un état semblable à celui de l' Atman que le jour où, semblable à l'individu plongé dans un sommeil profond. « il ne sent plus de désir et ne voit aucun songe » : car c'est « l'état où il ne désire quel'Atman, où il a atteint son désir, où il est sans désir ». Pour atteindre cet étal de parfaite féhcité, l'homme ne doit attendre aucun secours. « C'est en lui-même, dit justement M. Oldenberg, que l'homme trouve la force de s'échapper de ce monde, séjour désespéré delà douleur... Ni cantiques, ni prières, ni espérance, ni crainte, ni amour. Le regard de l'homme est tourné fixement au-dedans de lui-même ;
SOO LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
il scrute les profondeurs de son être jusqu'à ce que se révèle à lui l'identité de son Moi avec l éternelle Unité '. »
C'est de cette métaphysique qu'est sortie la doctrine morale du bouddhisme. Elle est résumée dans ces lignes du Sermon de Benarès : (( Voici, ô moines, la vérité sainte sur la douleur: la naissance est douleur, la vieillesse est douleur, la maladie est douleur, la mort est douleur, l'union avec ce que l'on n'aime pas est doideur, la séparation d'avec ce que l'on aime est douleur, ne pas obtenir son désir est douleur, en résumé les cinq sortes d'objets de l'attachement sont douleur. — Voici, ô moines, la vérité sainte sur l'origine de la douleur : c'est la soif (de l'existence) qui conduit de renaissance en renaissance, accompagnée du plaisir et de la convoitise, qui trouve çà et là son plaisir : la soif de plaisirs, la soif d'existence, la soif d'impermanence. — Voici, ô moines, la vérité sainte sur la suppression de la douleur: l'extinction de cette soif par l'anéantissement complet du désir, en bannissant le désir, en y renonçant, en s'en délivrant, en ne lui laissant pas de place. — Voici, ô moines, la vérité sainte sur le chemin qui mène à la suppression de la douleur : c'est le chemin sacré à huit branches, qui s'appelle : foi pure, volonté pure, langage pur. action pure, moyens d'existence purs, application pure, mémoire pure, méditation pure '. » Afin de pouvoir suivre ce « chrniin à huit branches », au bout duquel se trouve la Délivrance (de la douleur), il faut renoncer au monde.
La morale du bouddhisme comprend cinq règles capitales, dont trois figurent dans toutes les morales rehgieuses, dans toutes les législations et dans toutes les philosophies morales : « Ne pas prendre ce qui ne vous appartient pas. Ne pas louchera la femme d'un autre. Ne pas dire ce qui n'est pas la vérité. » La quatrième, celle qui interdit de tuer, est étendue par le bouddhisme à tous les êtres vivants « ne pas tuer d'être vivant * ». Elle n'était point, d'ailleurs, particulière au bouddhisme ; celui-ci l'avait empruntée au
I. Oldenberg, Le Bouddha, p. a3 et 5o. a. Ibid., p. 138, 207.