I. Ibid., p
brahmanisme, en lui donnant un camctère plus absolu. Un moine bouddhiste ne doit même pas boire de l'eau dans laquelle se trouvent les plus infimes animalcules. Non seu- ' lement il ne doit tuer aucun animal, mais encore a amicalement, il recherche le bien de tout être vivant. C'est là une part de sa droiture'. » La cinquième règle revêt un caractère à la fois religieux et hygiénique : (( Ne pas boire de liqueur enivrante. » Elle était empruntée, comme la précédente, au brahmanisme.
Outre ces cinq règles cardinales, le bouddhisme recommande en premier lieu la charité — surtout envers les jnoines — et la bienfaisance, mais sans leur donner la forme de l'amour, car le Parfait doit écarter tout sentiment qui le porterait à s'attachera un être ou à un objet quelconques. « Toutes les souffrances et les plaintes, toutes les douleurs de ce monde sous toutes les formes viennent de ce qui est cher à quelqu'un : là où il n'y a rien de cher, elles non plus ne se produisent pas. C'est pourquoi ils sont riches en joie et libres de chagrin, ceux qui n'ont rien de cher en ce monde. C'est pourquoi, puisse celui qui aspire à l'état 011 il n'y a plus ni chagrin ni impureté, faire que rien ne lui soit cher en ce monde '. » Cependant, le Parfait rendra service h son semblable dans toute la mesure de ses forces et par tous les moyens, même au prix de sa vie. On raconte du Bouddha lui-même que dans l'un de ses avatars, où il vivait sous la forme d'un fièvre, il s'offrit comme aliment à un Brahmane. « C'est bien, lui dis-je (c'est le lièvre qui parle), tu fais bien de venir à moi pour chercher de la nourriture. Un noble don, un don comme il n'en a jamais été donné encore, voilà ce que je veux te donner aujourd'hui, Tu pratiques les devoirs de la droiture : il n'est pas dans ton caractère de faire du mal à un être vivant. Mais va, ramasse du bois et allume un feu : je veux me rôtir moimême : une fois rôti, tu pourras me manger. » Le brahmane dit: (( Qu'il en soit ainsi. » Il alluma le feu et s'assit
1, Voy. : Oldenberg, Le Bouddha, p. 388. a. Ibid., p. 389.
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LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
devant le bois enflammé. « Quand le grand tas de bois commença à vomir flammes et vapeurs, je m'élançai en l'air et me précipitai au milieu du feu. Comme une eau fraîche, chez celui qui s'y plonge, calme le tourment de la douleur, comme elle le réjouit et le ranime, ainsi ce feu flambloyant, où je me précipitai, calma tous mes tourments, pareil à une eau rafraîchissante. Peau et cuir, chair et nerfs, os, cœur et ligaments, tout mon corps avec tousses membres je l'ai donné au brahmane'. »
A la charité et à la bienveillance, le bouddhisme, malgré la sécheresse de cœur qu'il recommande, ajoute l'esprit de conciliation, de concorde et condamne l'inimitié. Le Parfait (( réconcilie ceux qui sont désunis, il resserre les liens de ceux qui sont unis. La concorde fait sa joie ; la concorde fait son occupation ; la concorde fait ses délices-; les paroles qui enfantent la concorde, il les dit. C'est là aussi une part de sa droiture ^ » Il ne se venge ni des injures, ni du mal dont il a été l'objet. Un des héros des contes bouddhistes, nommé Longuevie, a vu mettre en quatre morceaux son père et sa mère par le roi Brahmadatta. Un jour, il tient celui-ci entre ses bras, endormi, au fond d'une foret ; il tire son épée pour le tuer, mais il se rappelle les paroles que lui dit son père avant de mourir: « Ce n'est pas par l'inimitié que s'apaise l'inimitié, c'est par l'absence d'inimitié que s'apaise l'inimitié. » Deux fois il tire son épcc pour percer le cœur du roi. deux fois il la remet au fourreau, au souvenir de ces paroles, et finit par les répéter au roi qui, plein d'admiration et de reconnaissance d'avoir eu la vie sauve, lui rend ses biens, son armée, son pays et lui donne sa fille en mariage *.
Cependant, ces vertus ne sont, aux yeux du bouddhiste, que très secondaires : ce qui domine sa morale, c'est le souci constant du a Moi », le perfectionnement du n Moi», pour la satisfaction du a Moi » lui-même, u Par ton Moi, aiguillonne ton Moi ; par ton Moi cherche ton Moi : ainsi