I. Oldenberg, p. i
LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
celles des temps où vivait le Bouddha. L'une des femmes qui ont joué les grands rôles dans l'histoire du bouddhisme, la bourgeoise Virâklia, demande au Maître, qu'elle a reçu dans sa maison, et après le repas qu elle lui a offert, d'exaucer huit vœux qu'elle a faits, et qui tous ont pour l)ut d'aider les moines dans leurs prédications et leur œuvre de prosélytisme. Le dernier consiste à fournir des vêtements de bain aux hommes et aux femmes qui embrassent la vie religieuse. A l'appui de son vœu, elle tient ce langage, qu'une femme du temps des Védas aurait considéré comme un blasphème a l'égard delà beauté, de l'amour, de la vie : (( Il est arrivé, Seigneur, que les nonnes se baignaient nues dans la rivière Aciravatî à la même place de bains que les courtisanes. Les courtisanes, Seigneur, se raillaient des religieuses: à quoi songez-vous, Révérendes, avec votre vie de sainteté, aussi longtemps que vous êtes jeunes? Ne convient-il pas de se livrer au plaisir ? Attendez d'être vieilles pour embrasser la vie sainte: ainsi vous connaîtrez les deux vies: celle d'à présent et celle d'alors. Et les rehgieuses. Seigneur, ainsi raillées par les courtisanes étaient troublées. C'est une chose impure, o Seigneur, que la nudité chez la femme, une chose honteuse et condamnable. Telles sont mes raisons, Seigneur; c'est pourquoi je désire, ma vie durant, fournir des vêtements de bain à la communauté des nonnes*. » Le bouddhisme avait conduit les esprits au mépris de la femme, à son éloignement des hommes et de la société ; sans penser qu'il mettait en danger la famille ; il était inévitable qu'il condamnât la beauté comme un vice. N'e&t-ce point la beauté qui constitue, pour les hommes, ces « rets » dont parlent les Livres sacrés hébraïques ?
Envisagé du point de vue social, le bouddhisme ne représente pas un progrès sur le brahmanisme. Quoiqu'on en ail dit, il ne condamnait pas plus les castes que le christianisme ne devait plus tard condamner les classes sociales. Gomme ce dernier, il se bornait à ouvrir ses rangs aux individus de toutes les castes, mais il ne parait pas que les disciples du Bouddha aient été, dans la pratique, recrutés ail-
leurs que dans les castes supérieures et, en particulier, dans celle des Brahmanes. D'un autre côté, en supprimant l'affection sociale, en invitant ses adeptes à s'éloigner du monde et à le considérer comme une source de douleurs dont il faut s'écarter, en préconisant la vie monacale et la méditation solitaire, le bouddhisme avait créé la plus détestable morale sociale qu'il soit possible de concevoir. A cet égard, il offre des traits nombreux et frappants de ressemblance avec le prophétisme et l'essénisme judaïques.