I. Laoiknan, Ioc. cit.j I, p. aaS
a. Loi de Manou, xi, 108-iiG.
tu
LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
mois la faute qu'il a commise. En outre, lorsque sa pénitence est entièrement accomplie, qu'il donne dix vaches et un taureau, ou s'il n'en a pas le moyen, qu'il abandonne tout ce qu'il possède à des Brahmanes versés dans le Véda. » Il me paraît inutile de faire remarquer que si le crime involontaire commis à l'égard de la vache est grossi au point d'exiger une pénitence aussi dure, en même temps qu'aussi ridicule et même immorale dans la partie qui concerne la tolérance des préjudices causés par les vaches, c'est uniquement pour en arriver a grossir la valeur de l'offrande qui sera faite, en fm de pénitence, au corps sacerdotal.
La Loi de Manou applique au Brahmane qui « a tué à dessein un chat, une mangouste (nakoula), un geai bleu, une grenouille, un chien, un crocodile, un hibou, une corneille » la a pénitence prescrite pour le meurtre d'un Soûdra, celle du Tchdndrdyana^ ». C'est-à-dire que le meurtre d'un chat est assimilé à l'assassinat d'un homme de la dernière caste. Le Brahmane « qui a tué un serpent donne à un autre Brahmane une bêche ou un bâton ferré ; ...pour avoir tué un porc, qu'il donne un pot de beurre clarifié ; pour un francolin (tittiri), un drona de sésame ; pour un perroquet un veau de deux ans... S'il a tué des animaux sauvages carnivores, qu'il donne une vache ayant beaucoup de lait ». C'est beaucoup plus que pour avoir
I. Voici en quoi consiste, d'après la Loi de Manon (xi, 216-219), cette pénitence : «Que le pénitent qui désire faire le TcUàndràyana, ayant mangue quinze bouchées le jour de la pleine lune diminue sa nourriture d'une bouchée chaque jour pendant la quinzaine obscure qui suit, de sorte que le quatorzième jour il ne mange qu'une bouchée, et qu'il jeûne le quinzième, qui est le jour de la nouvelle lune ; qu'il augmente au contraire sa nourriture d'une bouchée chaque jour pendant une quinzaine éclairée, en commençant le premier jour par une bouchée, et qu'il se baigne le matin, 5 midi, et le soir ; telle est la première sorte de pénitence lunaire (Tchàndràyana) qui est dite semblable au corps de la fourmi, lequel est étroit dans le milieu. — Il doit observer la même règle tout entière en accomplissant l'espèce de punition lunaire dite semblable au grain d'orge, lequel est large dans le milieu, en commençant avec la qninzaine éclairée, et en réprimant ses organes des sens. — Celui qui subit la pénitence lunaire d'un dévot ascétique (yati) doit maitriser son corps et manger seulement huit bouchées de graines sauvages, à midi, pendant un mois, en commençant soit avec la quinzaine éclairée, soit avec la quinzaine obscure. »
tué « une femme de l'une des quatre classes surprise en adultère », car dans ce dernier cas, « il donne pour sa purification un sac de peau, un arc, un bouc ou un bélier, dans l'ordre direct des classes ». S'il a tué « mille petits animaux ayant des os, ou une quantité d'animaux dépourvus d'os, suffisante pour remplir un chariot, qu'il se soumette à la même pénitence que pour le meurtre d'un Soûdra ». 11 n'est pas jusqu'aux plantes qui ne soient protégées par la Loi de Manou : « Pour avoir coupé une seule fois et sans mauvaise intention des arbres portant fruit, des buissons, des lianes, des plantes grimpantes ou des plantes rampantes en fleurs, on doit répéter cent prières du Rig-Véda... Si l'on arrache inutilement des plantes cultivées ou des plantes nées spontanément dans une forêt, on doit suivre une vache pendant un jour entier, et ne se nourrir que de lait' ». On se rend difficilement compte de ce que serait une société où ces règles morales seraient appliquées.
§ IIL — Les sanctions morales du Bouddhisme.
Les sanctions morales du bouddhisme ne différaient pas, en ce qui concerne le commun des hommes, de celles du brahmanisme. On a vu plus haut que le Bouddha lui-même avait subi divers avatars avant de revêtir la forme définitive sous laquelle il devint le « Parfait ». Il résulte, d'autre part, de tous les écrits de ses disciples, que les sanctions morales de celte terre avaient a leurs yeux un grand prix. L'homme vertueux jouit ici-bas d'une félicité d'autant plus grande qu'il est plus vertueux, et la source de cette félicité n'est pas ailleurs que dans la satisfaction qu'il éprouve de se voir devenir parfait : (( De même qu'une femme ou un homme qui est jeune et a du goût pour la parure, contemple son visage dans un clair et pur miroir ou sur une nappe d'eau hmpide, et, s'il y découvre une impureté ou une tache,