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LA MORALE RELIGIEUSE ET L'ÉVOLUTION MORALE DANS L'INDE

philosophie du peuple hindou n'a été, comme sa littérature, qu'une sorte de broderie dont les imaginations les plus ardentes ont agrémenté les légendes et les mythes religieux. Il n'y a pas de peuple chez lequel la raison ait été davantage étouffée par la foi, la pensée arrêtée dans son vol par les pratiques cultuelles.

Le bouddhisme lui-même ne brisait les castes des Aryas, quoi qu'on en ait dit, que pour les remplacer par le monachisme des Sémites juifs. Il ne proclame l'égalité des hommes que pour aboutir à l'anéantissement de toute individualité. Il ne supprime l'infinie multiplicité des dieux du panthéon brahmanique que pour aboutir à une sorte de panthéisme tellement vague qu'il se résout dans le néant. Au point de vue moral, il ne fait consister le bonheur de l'homme que dans la suppression de tous les sentiments et de toutes les idées susceptibles de le rendre sociable.

Dans les temps modernes, quelques tentatives ont été faites pour dégager le brahmanisme de ses vices et le moraliser ; elles n'ont abouti qu'à des résultats insignifiants. Il est enlisé dans une ornière d'où il sera, sans aucun doute, impossible de le faire sortir. Il subit les conséquences de la lactique pratiquée par le corps sacerdotal d'où il est né : celui-ci a soigneusement maintenu l'ignorance et la superstition du peuple afin de le mieux maîtriser ; il est maintenant retenu lui-même, par l'ignorance des masses, dans l'ornière qu'il a creusée. Il est condamné à vivre dans le miUeu de sottise et de vice qu'il a créé. S'il tentait de s'en dégager, il serait abandonné par ceux qui le font vivre. Les seuls progrès moraux qui puissent, désormais, être réalisés dans l'Inde, sont ceux qui sont imposés par l'Angleterre. Pour commencer à devenir morale, l'Inde a du cesser d'être libre ; pour qu'elle puisse continuer à se moraliser, il faudra, sans aucun doute, qu'elle perde sa rehgion, car c'est en celle-ci que réside l'obstacle principal au progrès de la moralité individuelle et sociale.

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