‹ La morale des religions [microform]Chapitre 152 sur 340 · CHAPITRE I · texte numérisé non relu

CHAPITRE I

Cliez les Séinilcs, il n'v eut jamais de philosophie indépendante de la rehgion : ni les Assyriens, ni les Egyptiens, ni les Hébreux ne possédèrent de véritables philosophes. Les prêtres étaient, chez ces peuples, les seuls citoyens qui fussent instruits, qui s'adonnassent aux travaux intellectuels et qui fussent, par conséquent, en mesure d'aborder les questions dont les^ philosophies font leur objet. Chez les Assyriens et les Égyptiens comme chez les Juifs, c'est la religion qui est le point de départ et la base de toutes les études ; c'est vers elle que convergent toutes les découvertes scientifiques ; mais parfois l'esprit de ceux qui étudient ne manque pas de hardiesse. Il est intéressant, par exemple, de voir les prêtres chaldéens chercher dans la génération spontanée des organismes inférieurs et dans leurs transformations progressives la cause déterminante de la production des êtres qui peuplent l'univers.

Vivant entre l'Euphrate et le Tigre, sur des territoires chauds, et où les eaux abondaient, où les marécages occupaient de très grandes surfaces, où la vie, par conséquent, se manifestait sous toutes les formes avec une extraordinaire intensité, les premiers penseurs accadiens ou soumiriens de la Babylonie furent portés à chercher dans la

nature florissante qui s'étalait sous leurs yeux, la source de tous les phénomènes biologiques et de toutes les genèses qu'ils constataient. Tandis qu'ils étudiaient les mouvements des astres, apprenaient à distinguer les planètes des étoiles, créaient l'arithmétique et la géométrie, ils tentaient « d'expliquer l'origine du monde sans l'intervention des dieux. La génération spontanée, conclue d'une façon trop sommaire, était le dogme fondamental de la science babylonienne. Le monde est sorti du Chaos, d'un abîme profond Tiamat), d'une boue féconde conçue sur le modèle des grandes alluvions que forment l'Euphrate et le Tigre en réunissant leurs eaux. De ce chaos humide, vivifié par un vent amoureux, émergèrent successivement des créations plus ou moins discordantes, qui disparurent pour faire place à des êtres mieux harmonisés, et, enfin, à l'homme' ». C'est aux sept planètes découvertes par eux qu'ils empruntaient les noms des jours, établissant un repos le septième jour, afin de permettre aux ouvriers par lesquels furent construits leurs gigantesques monuments et creusés leurs innombrables canaux, de réparer périodiquement leurs forces. Le sabbat, qu'ils instituèrent les premiers, nous apparaît ainsi comme le résultat des conditions sociales particulières dans lesquelles ils vivaient et non comme celui d'une conception religieuse, qu'il prit ultérieurement chez les Hébreux.

Si le mouvement scientifique provoqué par les prêtres et savants accadiens ou soumiriens avait pu évoluer sans obstacles, il est permis de supposer que l'humanité serait entrée, dès ces âges reculés, dans une voie toute difliérente de celle qui a été suivie par les différents peuples. Mais, l'évolution de la Babylonie fut bientôt arrêtée par la substitution des Sémites aux Accads et aux Soumirs. qui étaient probablement de race Touranienne ou appartenaient peutêtre à la souche primitive des Aryens. Avec les Sémites. les spéculations purement imaginatives ou métaphysiques de la religion se substituèrent aux observations et aux hypothèses de la science ; l'astronomie se fondit dans l'astro-

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