‹ La morale des religions [microform]Chapitre 154 sur 340 · I. Loc. cit., p. ii4 et SUIT · texte numérisé non relu

I. Loc. cit., p. ii4 et SUIT

(septembre-octobre) ne pas sortir, parce que c'est le jour où Osiris se métamorphose en Bennou (Héron) ; 1 7 toby (octobre-novembre) ne pas se baigner ; la déesse Nou sort de Tonde céleste; 20 toby, Basiris retire la lumière du monde, tout est ténèbres; c'est pourquoi ne pas sortir jusqu'au coucher du soleil... Les jeûnes étaient fréquents. Le jour où l'on était né était de grave conséquence. Celui qui était né le 5 paophi devait être tué par un taureau, mais celui qui était venu au monde le 9 du même mois aurait une longue vie. On ne se préoccupait pas moins des mots et des formules magiques. Le 162" chapitre du Livre des morts, qui date sans doute du nouvel empire, contient déjà quelques-uns de ces mots cabalistiques, comme Penhakahakaherher, Uarauaakarsank-Robiti, et était pour cela regardé comme très profond. D'autres livres du temps de Ramsès II renferment des invocations complètement dépourvues de sens... La créduUté aux miracles dépasse toutes les bornes ; on se repaît de récits enfantins dont quelques-uns ne sont pas sans analogie avec tel ou tel trait de la Genèse. Si l'on va au fond des choses, on y retrouve les vieilles fictions du mythe d'Osiris ; mais c'est de la mythologie tombée au rang des contes de la mère l'Oie et dont le sens primitif est complètement perdu pour ceux dont ils nourrissent la dévotion. On est descendu des sphères de la foi et de l'inspiration, à celles de la plus grossière superstition... A tout considérer, on peut dire que la religion fut alors bien plus puissante que dans les âges antérieurs. Elle exerçait son action sur la vie tout entière, de telle sorte qu'en dehors d'elle on ne pouvait faire un pas, rien entreprendre, former aucune pensée. C'est ce qui ressort aussi de l'examen des tombeaux de cette période. Le mort n'y est plus représenté dans sa vie personnelle et domestique, mais dans sa vie politique et religieuse... Les vieux textes magiques... couvrent toutes les murailles, et les images des dieux qu'on cherchait en vain dans les anciens tombeaux, brillent partout ici, en haut relief, à côté de celles du mort. Les stèles funéraires sont aussi couvertes de représentations religieuses... Au lieu de l'ancienne

croyance, que la vie après la mort n'était que la continuation de la vie présente, nous trouvons, maintenant, la doctrine de la rétribution... ce fut la un progrès religieux réel. Il faut pourtant reconnaître que cet eudéinonisme n'exerça pas toujours l'influence la plus favorable sur la moralité. » Bien loin, en eflet, de faire des progrès, la moralité publique et privée subit, pendant cette période d'exaltation de la puissance religieuse et de la foi, une régression telle que tous les historiens l'ont signalée. C'est l'heure où les prêtres et scribes raillent les soldats, se moquent des souffrances qu'ils endurent pour le pays et les invitent à faire un métier plus lucratif. (( Arrive, que je te peigne le sort de l'officier d'infanterie, l'étendue de ses misères ! . . . Arrive, que je te dise ses marches vers la Syrie, ses expéditions en pays lointains ! Ses pains et son eau sont sur son épaule comme le faix d'un âne : les jointures de son échine sont brisées. Il boit d'une eau corrompue, puis retourne à sa garde. Atteint il l'ennemi, il est comme une oie qui Ir.emble, car il n'a plus de valeur en tous ses membres... » En plem épanouissement de la rehgion et après les retentissants succès miUtaires de Ramsès II, (( l'empire égyptien s'en allait d'épuisement », les ouvriers mouraient de faim: « l'homme n'était pas seul à souffrir: il avait une femme, une sœur, des enfants qui pleuraient la faim, et les magasins du clergé et de l'État étaient là sous ses yeux, remphs à regorger d'orge et de blé ». A chaque instant, des menaces de révolte se produisaient. « les déhts de tout genre étaient nombreux au sein de cette population besogneuse et turbulente... Les nécropoles offraient une riche proie.. ; beaucoup de tombes, mal gardées, renfermaient des momies couvertes d'or et de bijoux. C'était grosse affaire d'y atteindre », car les tombeaux étaient construits dans le roc ou fortement maçonnés. « Il fallait creuser des mines avant de se ghsser jusqu'à la chambre du sarcophage ; les voleurs s'associèrent donc en bandes considérables qui exploitaient les sépultures. Il y avait de tout dans ces syndicats, de simples ouvriers, des vagabonds, des employés, des prêtres, même des affiliés de la pohce : la nécrople entière fut

LA MORALE PHILOSOPHIQUE N'EXISTE PAS CHEZ LES SÉMITES 24i

livrée au pillage, et les tombes des rois ne furent pas plus respectées que les autres'. » Pendant ce temps, les classes riches et les prêtres eux-mêmes se livraient sans aucune retenue au dévergondage de mœurs dont certaines cérémonies religieuses donnaient périodiquement au peuple le spectacle. Au lieu et place d'une philosophie scientifique tout à fait absente, les métaphysiciens du temps construisent les théories cosmogoniques et théologiques les plus ridicules, malgré leur tendance vers le monothéisme et l'idéahsme*. L'Egypte ne connut jamais, en fait, ni aucune philosophie scientifique, ni aucune morale philosophique, et si la moralité de son peuple se maintint au-dessus de celle de son culte, c'est que sur les bords du Nil comme partout où il y a des hommes, la nature est plus forte que la religion.

Chez les Hébreux, la philosophie, proprement dite,

1. Maspeko, Hist. anc. des peuples de l'Orient, p. Saa et suiv.

2. Tatidis que u le culte des animaux, l'oie, l'Iiirondelle, le chat, le serpent, recrutaient plus de dévots qu'il n'en avait jamais eu », tandis que « la croyance aux mauvais esprits et aux revenants était universelle », tandis que « la magie était pratiquée ouvertement, mal^fré les ordonnances les plus sévères », les prêtres les plus instruits et les plus intelligents perdaient leur temps en constructions du système tliéologique suivant qui, né dans l'antique Ghaldée, devait, après des migrations et des évolutions nombreuses, s'échouer en sa forme dernière dans les dogmes du christianisme : « Au commencement était le Nou, l'océan primordial, dans les profondeurs insondées duquel les germes des choses flottaient confondus. De toute éternité le Dieu s'engendra et s'enfanta lui-même au sein de cette masse liquide, s ins forme encore et sans usage. Ce Dieu des théologiens thébains était un être parfait, doué d'une science et d'une intelligence certaines, le « Un unique, celui qui existe par essence, le seul qui vive en substance, le seul générateur dans le ciel et sur la terre qui ne soit pas engendré ; le père des pères, la mère des mères. » Toujours égal, toujours immuable dans son immuable perfection, toujours présent au passé comme à l'avenir, il remplit l'univers sans qu'image au monde puisse fournir même une faible idée de son immensité : on le sent partout, on ne le saisit nulle part. L nique en essence, il n'est pas unique en personne. Il est père par cela seul qu'il est, et la puissance de sa nature est telle, qu'il engendre éternellement sans jamais s'affaiblir ou s'épuiser. Il n'a pas besoin de sortir de lui-même pour devenir fécond j il a en son propre sein la matière de sa création, il conçoit son fruit, et, comme chez lui la conception ne saurait être distinguée de l'enfantement, de toute éternité il produit en lui-même un autre lui-même. Il est à la fois le père, la mère et le fils de Dieu. Engendrées de Dieu enfantées de Dieu, sans sortîr de Dieu, ces trois personnes sont Dieu en Dieu, et, loin de diviser l'unité de la nature divine, elles concourent toutes trois à son infinie perfection. » (Maspero, Hist. anc. des peuples de l'Orient, p. 664 et 62b.) La première doctrine judéo-chrétienne de la Trinité étant née en Egypte, il est facile de voir de quelle source elle sortit.

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2i2 MORALE PHILOSOPHIQUE DANS LES SOCIÉTÉS GRÉCO-ROMAINES

n'exlsla jamais ; leur intolérance religieuse ne lui permettait même pas de naître. Leurs prêtres empruntèrent, il est vrai, à l'antique Babylonie, avec laquelle les tribus nomades d'Israël avaient été souvent en contact, la cosmogonie qui figure dans la Genhe des Livres sacres, mais ils firent disparaître le caractère d'hypothèse scientifique, encore vague, incertaine et periectionnahle indéfiniment dont elle était revêtue, pour en faire un simple article de foi religieux. « Amoindris, serrés, sanglés, si j*ose dire, écrit E. Renan, sur le dos de la bête do somme du nomade, macérés pendant des siècles dans des mémoires sans précision, et des imaginations comprimantes, les récits protochaldéens ont donné les douze premiers chapitres de la Genèse, et, dans la Bible, il n'est peut-être pas de partie qui ait eu plus de conséquence. L'humanité s'est figurée qu'elle avait là un récit historique des choses qu'elle voudrait le plus savoir, je veux dire son enfance, ses premiers progrès... On crut avoir dans l'œuvre des six jours toute la théorie de funivers*. » Et l'on crut, d'autant plus, à l'exactitude de cette théorie qu'elle passa pendant de nombreux siècles, aux yeux des juifs d'abord, puis à ceux des chrétiens, comme ayant été formulée par l'auteur même de

la création.

Chez les Hébreux comme chez les Egyptiens et les Assyriens, et, pourrais-je ajouter, comme chez tous les peuples sémitiques, la religion tient lieu de philosophie en même temps que de législation. C'est elle qui dicte les règles de la morale privée ou publique, et c'est d'elle que viennent toutes lois. C'est là, sans aucun doute, le trait le plus remarquable de l'histoire des peuples de race sémitique. Je dis des peuples et non des individus, car, il serait facile de montrer, parmi les Sémites des temps modernes, des esprits philosophiques et scientifiques d'une large envergure : mais ceux-là étaient nés au miheu de peuples aryens ou avaient reçu l'éducation des Aryens. Ce n'est point à eux que je fais allusion dans les considérations ci-dessus.

Ce qu'il importe de noter, ce sur quoi je ne crains pas d'insister, c'est l'impossibilité dans laquelle se sont trouvés tous les peuples sémitiques anciens de produire une philosophie indépendante de la religion et une morale purement philosophique. On trouve chez eux, comme chez tous les autres peuples, à côté de la morale religieuse proprement dite, des préceptes moraux élémentaires, nés des relations familiales ou sociales des hommes ; on y trouve aussi des moralistes pratiques, comme Salomon, qui s'attachent à formuler une morale pratique, mais, jamais aucun esprit ne s'y libère de la foi rolijîieuse.

Il était réservé aux Aryens de concevoir la philosophie indépendante de la religion, et la morale purement philosophique.

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