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Lanessax. Relierions.

combien était acariâtre la femme de Socrate, à quelles épreuves elle mettait la robuste patience du plulosopbe. Elle n'était probablement pas plus douce avec ses fils et ceux-ci s'en plaignaient amèrement. A Lamproclès, l'aîné d'entre eux, Socrate, dit un jour : « Répondez, mon fds; savez-vous qu'il y a des liommes qu'on appelle ingrats ? — Assurément. — Et savez-vous quelles actions leur ont mérité ce titre ? — Puis-je l'ignorer ? On appelle ingrats ceux qui ont reçu des bienfaits, et qui, pouvant en marquer leur reconnaissance ne le font pas? - Mais ne croyez-vous pas qu'on puisse ranger les ingrats parmi les bommes injustes .►» - Je le crois... — Eb bien ! trouverons-nous des êtres plus comblés de bienfaits que ne le sont les enfants par les auteurs de leurs jours?... L'époux nourrit son épouse qui doit le rendre père. 11 amasse pour ses enfants, même avant leur naissance, les cboses qu'il croit devoir être utiles a la vie, et il en amasse le plus qu'il peut. La femme, de son côté porte avec peine le fardeau qui expose sa vie ; elle nourrit l'enfant de sa propre substance, elle le met au jour avec de cruelles douleurs, elle l'allaite et lui donne ses soins, sans qu'aucun bienfait reçu attacbe la mère à 1 enfaut et sans que l'enfant connaisse encore celle qui lui prodigue sa tendresse : il ne peut même faire connaître ses besoins. Mais elle cbercbe à deviner ce qui lui convient, ce qui peut lui plaire : elle le nourrit longtemps, et les jours et les nuits ; elle se tourmente sans prévoir quelle reconnaissance payera ses peines. Ce n'est pas tout : dès que l'âge semble permettre aux entants de recevoir quelque instruction, les parents leur enseignent ce qu'ils savent et ce qui pourra leur être utile un jour; et dans les autres parties de la science où ils connaissent quelqu'un plus capable, ils envoient leurs enfants recevoir ses leçons, et ne regrettent ni dépense ni soins pour les rendre les medleurs possible. — Je veux, répondit le jeune bommc, que ma mère ait fait tout cela, et même beaucoup plus encore : mais personne ne peut soulTrir sa mauvaise bumour... — Et vous, combien de désagréments insupportables bn avezvous causés durant votre enfance, et par vos cris el par vos

LA MORALE DE SOGRATE

actions ! Combien de peines et le jour et la nuit ! Combien d'afllictions, dans vos maladies ! — Mais du moins je n'ai jamais rien dit, jamais rien fait dont elle ait eu à rougir...

— Pensez-vous donc que votre mère soit votre ennemie?

— Non assurément... — Dites-moi, croyez-vous qu'il faille rendre des soins à quelqu'un ? Ou bien entre-t-il dans votre plan de ne plaire à personne, de ne suivre personne, de

n'obéir à personne, ni à un général, ni à un magistrat ?

Je crois qu'il faut de la soumission. — Vous voulez sans doute plaire à votre voisin, pour qu'il vous allume votre feu au besoin, qu'il vous rende quelques services, qu'il vous secoure avec un empressement amical s'il vous survient quelque malheur? — Cela est vrai. — Est-il indifférent d'avoir pour amis ou pour ennemis ses compagnons de voyage, de navigation, ou tout autre? Ne croyez-vous

pas qu'il taille travailler à mériter leur bienveillance?

Je le crois. — Quoi î vous aurez des égards pour ces gens-là, et vous ne croyez pas en devoir à une mère qui vous aime si tendrement ? »

Après avoir ainsi démontré à Lamproclès qu'il doit aimer sa mère en raison des services qu'elle lui a rendus et parce qu'il a intérêt à en obtenir de nouveaux, comme il cherche à en recevoir de ses amis et de ses compagnons, Socrale invoque la déconsidération h laquelle on s'expose en se mettant en contradiction avec les mœurs et les lois de la société dont on fait partie. « Ignorez-vous, lui dit-il, que la République frappe le citoyen qui n'honore pas ses parents, qu'elle l'exclut de l'archontat, persuadée qu'un sacrifice offert par des mains impies déplairait aux dieux, qu'aucune action d'un tel homme ne peut être ni juste ni honnête? Dans les épreuves relatives à l'archontat, elle recherche même si les candidats ont honoré les mânes de leurs pères. Si vous êtes sage, mon fils, vous prierez les ^dieux de vous pardonner vos offenses envers votre mère. Craignez qu'ils ne vous refusent leurs faveurs en vous voyant ingrat. Craignez que les hommes ne connaissent votre mépris pour les auteurs de vos jours ; ils vous rejetteraient tous ; vous seriez sans amis et dans un abandon

universel ; car si ron vous soupçonnait d'ingratitude envers VOS parents, qui vous croirait capable de payer de reconnaissance un bienfait. »

A l'heure même où il va mourir, condamné par des magistrats qui ont vu dans son enseignement un danger pour l'état social oligarchique dont ils ont la défense*, Socrate se

1. Xénoplion vwnte en plusieurs endroits de ses souvenirs, avec insistance, le respect de Socrate pour les lois et les pouvoirs publics, niais il montre aussi qu'il savait résister aux caprices des autorités ou de ceux des plébéiens. « Elevé au rang de sénateur, il avait juré, en cette qualité, de ne juger que conforniénient aux lois. Elu ensuite épislate (c'est-iWlire président de l'assemblée du peuple) pressé par le peuple de condamner à mort et de comprendre dans un seul et même jugement Erasinide, Tlirasylle et sept autres généraux, il ne voulut pas permette le vote. Le peuple s'irrita, les grands menacèrent, mais il aima mieux rester fidèle au serment que de commettre une injustice pour complaire à la multitude et calmer son courroux. » (/6iV/., p. i5.)

Il ne montrait pas moins d'indépendance à l'égard des autorités, qu<Tnd il estimait que leurs ordres étaient contraires s'i la justice. « Quand les Trente lui commandiiient quelque cliosc d'injuste il n'obéissait pas. Ainsi lorsqu'ils lui prescrivirent de ne pas avoir d'entretiens avec la jeunesse (c'est-à-dire de ne plus enseigner) loi*squ'ils lui enjoignirent à lui et h quelques citoyens de condamner un liomme à mort, lui seul résista, parce que l'ordre était injuste. » (/6id!., p. i5i.)

La cause immédiate des poursuites dont S«»crate fut l'objet se trouve précisément dans son refus d'exécuter une loi qui «défendait d'enseigner l'art de la parole » Çbid., p. 33 et suiv.), loi promulguée par l'Initiative d'un de ses anciens disciples qui l'avait pris en liaine. (le disciple, nommé Oitias, faisait partie du conseil des Trente qui avait « fait mourir un grand nombre de citoyens des plus distingués » et en avait « forcé d'autres à seconder ses injustices ». Socrate avait vertement critiqué les membres du conseil. « Critlas et Chariclès mandèrent Socrate, lui montrèrent la loi, et lui défendirent d'avoir des entretiens avec la jeunesse. » Socrate leur demande ironiquement « jusqu'à quel âge les hommes sont dans la jeunesse ». Les magistrats lui réponflent : « Ils y sont tant qu'il ne leur est pas permis d'entrer an Sénat, pan^e qu'ils n'ont pas encore acquis la prudence ; ainsi ne parle pas aux jeunes gens au-dessous de trente ans. » Cette défense équivalait évidemment h l'interdiction absolue d'enseigner. Faisant allusion à sa méthode d'enseignement, Socrate demande, toujours sur le ton de l'ironie : « Mais si je veux acheter quelque chose d'un marchand qui ait moins de trente ans, pourrai-je lui dire : Combien cela P — On te permet cette question ; mais tu as coutume d'en faire sur une quantité de choses que tu sais bien, et voilà ce qui t'est défendu. — Ainsi je ne répondrai point à un jeune homme qui me dirait : Où demeure Chariclès ? Où est Critlas ? — Tu peux répondre à cela, lui dit C^hariclès. — Mais souviens-toi, Socrate, reprit Critijis, de laisser en repos les cordonniers, les fabricants de métaux et autres artisans ; aussi bien, je crois qu'ils sont fort las de s'entendre mêlés dans tous tes propos. — Il faudra sans doute aussi, répondit Socrate, que je renonce aux conséquences que je tirais de leurs professions, relativement à la justice, à la piété, à toutes les vertus ? — Oui, par Jupiter !^ répliqua Chariclès ; laisse-là aussi tes bouviers, sans quoi tu pourrais trouver du déchet dans ton bétail. » Ce mot, ajoute Xénophon, « fit assez connaître que la comparaison du berger, rapportée tnqi fidèlement, était la cause de leur haine contre Socrate ». Faisant allusion aux tyrannies et

LA MORALE DE SOCRATE

place, pour juger leurs actes et sapi'oprcconchiile, au point de vue des sanctions morales immédiates. Ce n'est pas d'un châtiment dans l'autre monde qu'il les menace, ce n'est pas des dieux vengeant hi vertu qu'il leur parle, c'est de l'infamie qui les attend parmi les hommes. Et il s'assigne à lui-même sur cette terre la récompense à laquelle il estime que lui donnent droit les enseignements qu'il a répandus parmi ses coiicilovons. Proclamé coupable et invité, selon la coutume, à se proiionrer sur la peine qu'il croyait mériter, il demande, au contraire, une récompense qui (( convienne à ini homme pauvre, votre bienfaiteur, qui a besoin de loisirs pcnir ne s'occuper qu'à vous donner des conseils utiles ». Aucune récompense ne peut convenir mieux à cet homme a que d'être nourri dans le Pryta-

aux violences «les Trente, Socrate avait dit, en effet : « Je serais étonné que le gardien d'un troupeau qui en égorgerait une partie et rendrait l'autre plus maigre ne voulût pas s'avouer mauvais pasteur ; mais II serait plus étrange encore qu'un honune qui, se trouvant à la tcle de ses concitoyens, en détruirait une partie et corromprait le reste, ne rougît pas de sa conduite et ne s'avouât pas mauvais magistrat. »

Socrate n'avait fait, en celte circonstance, que mettre en pratique ses Idées sur les lois, d'après lesquelles nul n'a le <ln»lt d'imposer ses volontés par la force, et les lois ne peuvent être que le produit du concessus de tous les citoyens. Xénophon nous a conservé la trace de ces idées dans un dialogue supposé entre Vlclbiade et Vt'-v'u\vs (IbiiL, |>. •i\) : « Dites-mol, l^érlclès, demande Alclbiade, pourriez-vous m'apprendre ce que c'est que la loi '}... J'ententls louer certaines personnes pan-e qu'elles observent religieusement les lois ; et je crois qu'on ne mérite point cet éloge, siins «ivoir ce que c'est que la loi. — Il n'est pas difficile, Alclbiade, de te satisfaire. La loi est tout ce que le peuple assemblé a revêtu de sa sanction, tout ce qu'il a ordonné de faire ou de ne pas faire.

— Et qu'ordonne-t-ll de faire? le bien ou le mal ? — Le bien, sans doute,jeune homme : veux-tu qu'il ordonne le mal ') — Mais si ce n'est pas le peuple ; si, c<»mme dans l'oligarchie, c'est un petit nombre de citoyens qui se rassemblent et qui prescrivent ce qu'on doit Kilre, comment cela s'appelle-t-ll ? — Dès que la portion de citoyens qui gouverne ordonne quelque chose, cet ordre s'appelle une loi. — Mais si un tvran usurpe la puissance et qu'il prescrive au peuple ce qu'il doit faire, est-<*e encore une loi ? — Oui, puisqu'elle émane de celui qui commande. — Mais quand la violence et le renversement des lois ont-ils lieu? N'est-ce pas lorsque le puissant, négligeant la persuasion, contraint le faible à foire ce qui lui plaît ? — Je le crois. — Ainsi le tyran qui force les citoyens à suivre ses caprices est donc ennemi des lois ? — Oui ; j'ai eu tort d'appeler lois les ordres d'un tyran qui n'emploie pas la persuasion. — Mais lorsqu'un petit nombre de citoyens revêtus de la puissance souveraine prescrit ses volontés à la multitude sans obtenir son aveu, appellerons-nouscela de la violence ou non?

— De quelque part que vienne l'ordre, qu'il soit écrit on ne le soit pas, dès qu'il n'est fondé que sur la force, Il paraît plutôt un acte de violence qu'une loi. — Et ce que la multitude qui commande prescrit aux riches sans obtenir leur aveu sera donc violence et non pas loi ? — Très vrai, Alciliade. »

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née ; et je la mérile Ineii plus que celui qui, aux jeux Olympiques, a remporté le prix de la course à cheval, ou de la course des chars à deux ou quatre chevaux, car celui-ci ne nous rend heureux qu'eu apparence : moi je vous enseigne il lélre véritablement ». Cette hautaine attitude lui valut la peine de mort. Se tournant alors vers ses juges : (( Je m'en vais donc, dit-il, subir la mort à laquelle vous m'avez condamné ; et mes accusateurs l'iniquité et l'infamie à laquelle la vérité les condamne. Pour moi, je m'en tiens à ma peine, et eux à la leur. En elTet, peut-être, est-ce ainsi que les choses devaient se passer, et selon moi tout est pour le mieux... Si vous pensez qu'en tuant les gens vous empêcherez qu'on vous reproche de mal vivre, vous vous trompez. Celte manière de se délivrer de ses censeurs n'est ni honnête ni possible : celle qui est en même temps et la plus honnête et la plus facile, c'est, au lieu de fermer la bouche aux autres, de se rendre meilleur soi-même. ' »

1. C'est surtout h proposée la condiimniition de Socrale qu'a ♦'t«' discutée la question de savoir si ee philosophe el d'aulres persounajfe^, couiuie Mcihiade, i^rotagoras, Anaxajjore, Pliidias, Aspasie, Aristote, Stilpon, iMiryn^, etr., furent poursuivis réellement pour impiété ou pour des raisons politiques. H paraît bien établi qu'à une certaine époque l'impiété manifestée à l'égard de certaines divinités était considérée comme un crime punissable de bannissement ou «le mort. D'une étude complète de cette question M. P. Decliarme (Crit. (iestiaiL reliy. chez les Grecs, p. 179) comclul: v Ce que les Athéniens ne tolérèrent jamais, ce furent les manifestations de l'athéisme. Prota^joras banni et ses livres brûlés, la tète de Diagoras mise à prix, Théodoros expulsé, montre qu'il n'était pas permis à Athènes de dire ou de faire voir qu'on ne croyait pas à l'existence des dieux. » H dit encore (p. 177) : « Les lois athéniennes faisaient respecter la religion et des dispositions rigoureuses protégeaient contre toute atteinte le culte des divinités nationales, en particulier celui des Grandes Déesses » (Eleusis, Dèméter, Corè). Cependant, si la loi était « sévère pour les libertés «le la pensée, dans la pratique, l'esprit public le fut rarement » (p. 179)- D'autres cités grecques paraissent avoir été, de tout temps, plus libérales qu'Athènes à l'égard de la pensée.

CHAPITUE 111

LA MORALE DE PLATON

Platon, malgré son idéalisme, n'était guère moins porté que Socrate à chercher la sanction morale dans la conséquence directe des actes bons ou mauvais et l'on peut le considérer comme ayant posé les premières bases de la doctrine qu'Épicure développa un siècle plus tard. Il y a, en eflet, dans l'œuvre morale de Platon, deux parties très distinctes: lune purement idéahste et religieuse, sur laquelle on attire généralement l'attention, l'autre riche en observations remarquables, mais que ses commentateurs ont négligée parce qu'elle allait à l'encontre de leurs théories métaphysitpies ou religieuses.

La base véritable de sa doctrine, en ce qui concerne la sanction morale, se trouve dans les plaisirs qu'il attribue à la satisfaction des besoins de chacune des trois parties qu'il distingue dans l'ame humaine et d'après lesquelles ilélabht trois l^'ypes d'hommes caractérisés par la prédominance de telle ou telle de ces parties: le philosophe, l'ambitieux, l'intéressé. Chacun de ces types est à la recherche d'une sorte particulière de plaisir, et c'est pour l'atteindre que tous les hommes agissent, chacun suivant la partie de son âme qui prédomine en lui. (( Si tu demandais, fait-il dire à Socrate. à chacun de ces bommes en particulier qu'elle est la vie la plus heureuse, ne sais-tu pas que chacun vanterait particulièrement la sienne? L'homme intéressé ne dira-t-il pas que les plaisirs de la science et des honneurs ne sont rien en comparaison du plaisir du gain, k moins

qu'on n'en fasse argent?... De son côté que dira l'ambitieux .î> ne dira-t-il pas que le plaisir des richesses ne donne que de l'embarras, et que celui qui provient de l'étude des sciences, à moins que celte élude ne conduise aux honneurs, n'est que fumée et frivolité?... Quant au philosophe, disons qu'en comparant les autres plaisirs à celui de chercher la vérité partout oii elle est, et de persévérer dans la même étude, il les regarde comme bien éloignés du véritable plaisir'. »

Cherchant à déterminer quel est celle des trois sortes de plaisirs qui est a je ne dis pas le plus honnête et le meilleur en soi, le plus honteux et le plus mauvais, mais le plus agréable et le plus exempt de peine, comment, fait-il demander à Socrate, pourrons-nous savoir de quel côté se trouve la vérité? » Dans le but d'établir la réponse à cette question, il pose en principe que les « qualités requises pour bien juger » sont « l'expérience, la réflexion et le raisonnement ». Il se demande quel est relui des trois hommes envisagés plus haut qui a (( le plus d'expérience des trois sortes de plaisirs». C'est évidemment le philosophe, car il (( s'est trouvé dès l'enfance dans la nécessité de goûter les autres plaisirs»; mais « il est impossible qu'aucun autre que le philosophe goule le plaisir attaché à la contemplation de l'essence des choses ». Et il fait conclure par Socrate: « Il est donc le seul qui joindra aux lumières de l'expérience celles de la réflexioii ...quanta l'instrument qui est la troisième condition pour ju^er, il n'appartient en propre ni à Tinléressé, ni à lambitieux, mais au philosophe... Le raisonnement esl, à proprement parler, l'instrument du philosophe... Si la richesse et le gain étaient la plus juste règle pour bien juger de chaque chose, ce que Thomme intéressé estime ou méprise serait, en eflet, ce qu'il y a de plus digne d'estime ou de mépris... si c'étaient les honneurs, la victoire et le courage, ne faudrait-il pas s'en rapporter à la décision de l'homme ambi-

1. Pour celte citation et les suivantes, ainsi que pour tout le développement de l'idée, voyez Platon, La République, livre 1\.

LA MORALE DE PLATON

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lieux et querelleur? ...Mais puisque c'est à l'expérience, à la réflexion, à la raison qu'il apparlien! de prononcer..., on ne peut s'empêcher de reconnaître que ce qui mérite l'estime du philosophe, de l'ami de la raison, est véritablement digne d'estime... Donc, des trois plaisirs dont il s'agit, le plus doux est celui que goûte cette partie de l ame qui est l'instrument de nos connaissances; et l'homme qui donne à cette partie tout empire sur lui-même, a la vie la plus heureuse. » Glaucon répond : « sans contredit; et quand le sage vante le bonheur de sa vie, c'est qu'il en a le droit. »

Platon montre une sagacité merveilleuse et un esprit remarquable d'observation lorsqu'il pose en principe que parla sélection ou l'éducation il est possible, facile même, de produire à volonté des philosophes pour gouverner la République, des ambitieux ou guerriers pour la défendre et des intéressés ou commerçants, artisans, etc., pour l'enrichir.

C'est surtout à propos de la classe des guerriers qu'il développe avec précision ses avis sur l'éducation et la sélection. La gymnastique et la musique sont les matières capitales de l'éducation des guerriers. Les femmes doivent recevoir cette éducation comme les hommes et avec eux, de même qu'elk»s doivent paiHiciper à la partie la moins •pénible de leur service. Mais il ne sulFit pas d'éduqucr les guerriers en vue de leur rôle, il faut encore choisir les individus les plus aptes à le remplir. Platon insiste, par la bouche de Socrate, sur ce principe que chacun doit faire seulement ce à quoi il est propre, puis il lui fait exposer les moyens d'atteindre le but*. « Plus le métier des gardiens de l'Etal est important, plus il demande de loisir, d'art et de soin... Ne demande-l-il pas encore une aptitude naturelle? — Glaucon : Sans contredit. — Socrate : C'est à nous de choisir, je pense, si toutefois nous en sommes capables, la nature et le genre des dispositions convenables pour la garde de l'Etal. . . Ne vois-tu pas qu'il y a quelque res-

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