I. Loc. cit., livre II, V. 168 et suiv
à l'outrage. Et quant à la terre, elle demeure en tout temps pnvee de sentiment: si elle produit à la lumière du soleil une multitude d'êtres divers, c'est qu'elle tient dans son sein les éléments dune multitude de corps. Après cela, SI Ion veut donner à la mer le nom de xNeptune, aux moissons celui de Cérès ; si l'on préfère celui de Bacchus au terme propre qui désigne la liqueur de la vigne; nous consentons a ce qu on appelle notre terre la mère des dieux pourvu qu'au fond on se garde de souiller son esprit d'une superstition grossière'. »
Après avoir exposé que tous les corps sont formés
I . Au moment où il s'apprête à combattre la superstition, Lucrèce écrit
rMr::ei"Me'""' "^^^"^ ' ^"' " «^^'^ '^^«^ -« admirable potm^; « iMais Toici, Memmius, ce que .,e crains: tu vas prendre nos leçons pour des
irZ'T.T\ ' 7r'''' ' '" ^^^""^ ''^"^«^^^ ^«- '« -- ^" "-e Au cocrim7neîl«f p»*" ^-P^rsUUon c'est elle qui, souvent, enfanta des actions
cr mine les et imp.es. Ainsi, sur le mage d'Aulis, l'autel d'une divinité vieree fllr'tr^^'Tn" ^" -"^ d'Éphigénie pa; l'élite des chèrgrecs, la fleur des guerriers 1 Quand la laine enroulée autour de sa chevelure ïirgina e retomba en bandelettes égales sur ses deux joues; quand elle vità son côîé debout devant l'autel, son père accablé de douleur près de lui, les sacrifica: teurs dérobant le fer aux yeux de la victime, et'tSute l'armée fondant e„ larmes, à sa vue ; muette d'effroi, elle s'«ffaissa sur ses genoux. Infortunée que lui servait à cette heure d'avoir la première salué le roi du nom de père ^ Souievée par les mains des hommes, toute tremblante, elle est menéT à 'autel' non point pour accomplir les cérémonies ordinaires du culte avant d"être reconduite au milieu des chants d'hyménée, mais, pour tomber, dans il saiso^ même du mariage sous les coups d'un père. Victime en pleurs, victime pure
lrtirrtT)^oir.'r"rr'^^^?'^ ^"" ^'^^^"^^^ ' '^ Hotte' une rur'eus: r/èt su"v ) forfaits qu'a pu conseiller la superstition ! » (Livre I,
Épicure avait dit: « L'impie n'est point celui qui abolit les dieux du vulgaire, mais celui qu, applique aux dieux les opinions du vulgaire. ,. (Vov. • GuYAU, La morale d'Epicare, p. 64). Il ajoutait : « La superstition vien7de • ignorance : le vulgaire, ne connaissant pas les causes des phénomènes place
oéoèrir' ""''^'T!,'' ^î-"-; -- «e -vaut voit reculer, à mesur; qu" pénètre les causes, le domaine de l'arbitraire ; tout s'explique pour lui et s'enchaîne régulièrement. Par conséquent, aussi, tout sujet d'effroi est écarté •
substituer aux forces de la nature des puissances plus ou moins effrayantes et surnaturelles. » Ainsi, la science est pour Épicure, comme pour Lucrèce T'en nemie dn-ecte de la religion; et comme la religion est l'ennemie directe de
^» ^. Jllf r T'' >? V"-'" °'^'''"^'*' '" '^^^'^^^^^ particulièrement la science naturelle (çvatoXoY'.a) devient un moyen absolument nécessaire pour le bonheur : « L'ataraxie, dit-.l, est l'affranchissement de toutes ces ipinions... Si nous nous appliquons à connaître tous ces événements, d'où naît le trouble et la crainte, nous en découvrirons les vraies causes et nous nous affranchirons • ml„?r' ^7""'''"«"* ^^\ ^«"*«* et ^es météores, et de tous les autres événel éTout^te'lTA;^^ ^'^•' ^" ^^^^^ '^' '^--^'^ ^PPO-- '« ^--^-
il:
LA MORALE D ÉPICURE
d'atomes, que « la mort en détruisant les corps ne consume pas les atomes de la matière, mais se borne à rompre leur union », que « ce qui fut terre retourne à la terre », que « les éléments partis des régions éthérées sont ramenés et recuillis dans les espaces célestes», Lucrèce écrit' : « Chez tous les êlres vivants l'esprit et cette âme subtile sont soumis aux lois de la naissance et de la mort... S'il est vrai que le brouillard et la fumée se dissipent dans les airs; assurément l'àme s'évapore de même, dès qu'elle a été contrainte d'abandonner les membres de l'homme ; et même elle est plus prompte à s'évanouir et à se résoudre en ses premiers éléments. » L'âme, en un mot, pour le disciple d'Epicure, naît et meurt avec le corps, ou plutôt ses éléments se réunissent comme ceux du corps lorsque celui-ci se forme, et ils se séparent après la mort comme le font ceux du corps. Par conséquent, aucun autre sort n'attend l'homme après la mort que celui de rentrer, sous la forme de ses éléments constitutifs, dans la matière infinie d'où il est sorti.
L'autre monde étant supprimé, l'homme n'a que faire des Elysées et des Enfers des légendes homériques, et il n'a plus aucun motif de redouter la mort : « Où sont, dit Lucrèce, les espaces de l'Achéron ? Je ne les vois nulle part, et cependant la terre n'arrête pas mes regards, qui découvrent sous mes pieds tout ce qui se passe dans la profondeur du vide... Il faut chasser sans ménagements ces terreurs qu'inspire l'Achéron : c'est elles qui empoisonnent toute la vie humaine, troublant la liqueur jusqu'au fond du vase, noircissant tout des couleurs de la mort et ne nous laissant goûter aucune joie pure et sans déboire... Oui, l'enfant dans les ténèbres s'épouvante et craint toutes sortes de fantômes; mais nous-mêmes, bien souvent, en plein jour, nous tremblons devant des chimères qui ne sont pas plus redoutables que ces fantômes que les enfants tremblent de voir apparaître dans les ténèbres. Ces terreurs de notre esprit, ces ténèbres qui nous effrayent, ce ne sont pas les