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CHAPITRE II

LK niKl -PROVIDKNCK, DANS LE JUDAÏSME.

La conception du Dieu-Providence, qu'on trouve formulée dans les Livre sacrés des Hébreux, constitua l'un des éléments essentiels de la morale judaïque, avant de passer dans la morale chrétienne.

A partir du jour où les docteurs hébreux eurent imaginé un Dieu tout-puissant, universel et unique, ils lui attribuèrent la responsabihté, peut-on dire, de tous les événements humains et de tous les phénomènes cosmiques dont la terre et l'univers sont le théâtre. Lorsque l'Assyrie, sous le règne de Sennachérib, entra en guerre avec l'Egypte, les gens riches et les familles militaires demandèrent qu'on profitât de la circonstance pour tenter de secourir le joug des Assyriens et se débarrasser du protectorat qu'ils exerçaient sur le royaume d'Israël. Les prophètes et le corps sacerdotal protestèrent contre cette pensée patriotique avec la plus grande violence. Ils craignaient de voir leur inlluence s'affaiblir dans la même proportion que s'accroîtrait celle des gens riches et des militaires et que grandirait l'autorité du roi, si la guerre était accompagnée de victoires. Ils invoquaient l'inutilité des efforts humains et proclamaient qu'ils iraient à l'encontre des volontés mystérieuses de la divinité, u Malheur, clamait Isaïe', à ceux qui descendent en Egypte pour y chercher de l'aide, qui s'appuient sur des chevaux, qui mettent leur confiance dans le nombre

I. Voyez E. Renan, Hisl. du peuple d'Israël, III, p. 98 et suiv.

LA MORALE DES LIVRES SACRÉS DU JUDAÏSME

des chars et la force des cavaliers, mais qui ne tournent pas leurs regards vers le Saint d'Israël, ne se soucient pas de lahvé. Lui aussi, il est habile; il dispose du mal... lahvé étend sa main, le prolecteur trébuche, et le protégé tombe, et tous deux périssent ensemble. »

Lorsque Sennachérib, ayant battu les Égyptiens, se tourne contre la Syrie et vient menacer le royaume d'Israël, où nuls préparatifs de guerre n'ont été faits, Isaïe proteste encore contre les résistances que l'on voudrait tenter: (( Qu'as-tu donc à monter sur les toits, ville tumultueuse, bruyante, toujours agitée.^» Au moment le plus critique, il prédit la destruction de l'armée assyrienne : « lahvé est notre juge, lahvé est notre législateur, lahvé est notre roi ; c'est lui qui nous sauve ». Comme l'armée de Sennachérib fut battue par les Égyptiens et, surtout, décimée par les fièvres de la Basse-Egypte, ce fut un grand triomphe pour le prophète et pour labvé, quand on apprit à Jérusalem que le roi d'Assyrie avait été contraint de regagner sa capitale et de renoncer à marcher contre la Palestine. Le miracle était accompli ; lahvé était déhnitivement consacré Providence de son peuple.

Il était impossible que cette idée de Providence ne fut pas apphquée aussi à la morale individuelle. Pour l'auteur inconnu du Livre de VAUiance, tout est mauvais dans l'homme et ne peut devenir bon que par l'intervention d'Iahvé. (( On peut dire, écrit Renan ', que \e péché originel a été une invention du jéhoviste. Le malest, pour lui. « la voie « de toute chair ». Chaque progrès humain est un péché: l'humanité ne marche qu'à coups de péchés. Et le péché est souvent chez lui, comme dans le mythe d'Œdipe, un acte qu'on n'a pas commis sciemment. Le péché paf ignorance entraîne les mêmes suites que le péché voulu. L'explication de toute l'histoire humaine par la tendance au mal, par la corruption intime de la nature, est bien du jéhoviste, et elle a été la base du christianisme de saint Paul. La tradition juive garda ces pages mystérieuses, sans

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