‹ La morale des religions [microform]Chapitre 183 sur 340 · Ibid., xcix · texte numérisé non relu

Ibid., xcix

LA MORALE DES STOÏCIENS

est long même pour l'enfant ; sa vitesse, il est court même pour le vieillard. Rien dans tout cet espace qui ne soit danger, illusion ; la tempête n'est pas plus mobile : c'est une agitation universelle, une suite perpétuelle de changements, au gré de l'inconstante fortune ; et dans une telle révolution de toutes les choses humaines, il n'y arien d'assuré que la mort. Cependant tout le monde se plaint du seul événement qui ne trompe personne... Subissez donc la nécessité sans murmurer... Mon but est... de vous exhorter à vous armer à l'avenir de fermeté contre la fortune et à prévoir ses coups, non comme possibles, mais comme inévitables. »

Marc-Aurèle ne se montre pas moins fataliste que Sénèque : (( Abandonne-toi sans résistance à la Parque, écrit-il, et laisse-la filer ta vie avec les événements qu'il lui plaira*. » — « Atout prendre, le concert des choses est unique ; et, de même que le monde, ce grand corps, se compose de tous les corps, de même l'ensemble de toutes les causes constitue la destinée, cette cause suprême. Ce que je dis est bien connu, même des hommes les plus simples. Ils disent, en effet : sa destinée le portait ainsi. Oui, c'est là ce que portait sa destinée, ce qui était ordonné de tout temps pour lui^ »

Les lignes suivantes du même philosophe sont particulièrement intéressantes par la relation étroite qu'elles établissent entre le stoïcisme et l'épicurisme : « Tout arrive conformément à la nature de l'univers... ce qu'exige la nature de l'homme, accomplis-le avec simplicité^. » Or, ce qu'exige la nature de l'homme, pour les stoïciens comme pour les épicuriens, c'est de faire le bien. Les épicuriens ajoutent que le bien nous est signalé par les plaisirs véritables qu'il procure. Le stoïcien, lui, se borne à affirmer que l'âme humaine est naturellement portée vers le bien : c( C'est se tromper, dit Sénèque*, de croire que les vices

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