‹ La morale des religions [microform]Chapitre 182 sur 340 · De !a Providence, vi · texte numérisé non relu

De !a Providence, vi

a. Lettres à Lucilius, xcv.

Si Ton prend les affirmations de Sénèque à la lettre, on constate encore une contradiction flagrante entre ce qu'il dit d'une providence qui « préside à l'univers » et les lignes suivantes d'où il résulte que cette providence serait elle-même soumise à un aveugle et inévitable destin'. « Il faut tout soufl*rir avec courage; ce ne sont pas des accidents comme nous le croyons, c'est notre destinée. Les causes de nos plaisirs et de nos peines sont déterminées longtemps d'avance, et quelle que soit la variété d'événements qui distingue la vie de chacun, il y a une ressemblance générale qui domine tout : ce que nous possédons doit périr, comme nous périrons nous-mêmes. Pourquoi nous plaindre et nous indigner? C'est la loi de notre existence. Quel est donc le devoir de l'homme vertueux? De s'abandonner au destin. C'est une grande consolation que d'être emporté avec l'univers. Quelle que soit la puissance qui ordonne ainsi de noire vie et de notre mort, elle assujettit à une pareille loi les dieux mêmes. Un torrent, que rien ne peut arrêter, entraîne également les dieux et les hommes. Le créateur, l'arbitre de l'univers, qui a tracé les arrêts du destin, y est lui-même soumis. Il a ordonné une fois, il obéit toujours. »

Le fatalisme de la doctrine stoïcienne apparaît encore très clairement dans les lignes suivantes' : a Efforcez-vous de ne rien faire contre votre gré, celui qui se soumet de bon cœur au commandement, s'épargne la plus pénible tâche de sa servitude, c'est-à-dire de faire ce qu'il ne veut pas. L'homme vraiment malheureux n'est pas celui qui est condamné à obéir, mais celui qui obéit malgré lui. Sachons donc plier notre esprit de telle sorte que nous voulions toujours ce qu'exigent les circonstances.

A Marulle qui a perdu son jeune fils, il écrit ^ : « L'espace qui se trouve entre le premier et le dernier jour, est incertain et variable : à considérer les peines de la vie, il

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