Ibid., xLi
LA MORALE DES STOÏCIENS
de sublime, qui ne saurait être de même nature que ce misérable corps? Ici, Dieu se révèle. » *
Pour que la partie rationnelle de l'âme subjugue la partie irrationnelle, il faut que l'homme reçoive une forte éducation morale, a Prêtons l'oreille, dit Sénèque, à ceux qui nous disent : nul ne devient bon par hasard, la vertu veut un apprentissage'. » Il croit que l'âme est naturellement raisonnable, mais il ne peut ignorer qu'elle est entourée de gens plus ou moins déraisonnables. « L'homme est un être raisonnable, dit-il ^ ; il fait son bonheur en remplissant sa destination. Or, que veut de lui la raison? Rien que de très facile ; qu'il vive conformément à sa nature. Mais la folie générale y met de grands obstacles ; on se pousse mutuellement au vice ; et comment ramènera la raison des hommes que personne ne retient, et que la foule entraîne? » Par l'éducation. « Quel est le véritable bien? La science. Et le mal ? L'ignorance'. » L'homme qui sait peut être homme de bien ; l'homme qui ne sait pas ne peut pas le devenir. Donc, éduquons les enfants, éduquons les jeunes gens, éduquons les hommes. C'est le but de la philosophie.
La nécessité de 1 éducation morale étant affirmée, Sénèque se demande en quoi elle doit consister: s'il faut se borner a des préceptes particuliers pour chaque condition ou s'attacher de préférence aux leçons de morale générale? C'était, parmi les stoïciens, une question très discutée. Les uns voulaient qu'on se bornât aux préceptes particuliers qui conviennent à chaque condition, qui enseignent* « au mari, comment il doit se conduire envers sa femme; au père, comment il doit élever ses enfants ; au maître, comment il doit gouverner ses esclaves », etc. ; d'autres, au contraire, rejetant cette méthode, voulaient que l'on s'appliquât à l'éducation générale, à l'enseignement des principes généraux de la morale ; ils disaient, d'après Sénèque : <( Ces principes, quiconque les a une fois bien appris et