‹ La morale des religions [microform]Chapitre 186 sur 340 · Ibid,, xciv · texte numérisé non relu

Ibid,, xciv

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retenus, est en état de se prescrire à lui-même comment il doit agir dans chaque circonstance de la vie. Celui qui apprend à tirer de l'arc s'impose un but déterminé, et se forme la main à diriger les traits qu'il lance ; quand les instructions et l'exercice lui ont donné celte habileté, il s'en sert partout où bon lui semble ; il n'a pas appris à frapper tel ou tel but, mais à frapper un but quelconque. De même, celui qui s'est formé a l'art de vivre en général, instruit sur l'ensemble, n'a pas besoin de préceptes pour chaque cas particulier. Ne lui dites pas comment il faut se conduire envers son épouse ou envers son fils, mais comment on se conduit bien ; cela comprend la conduite envers Tépouse et les enfants... Si vous ne dissipez d'abord les préjugés qui nous travaillent, l'avare ne vous croira pas sur le bon usage qu'il doit faire de son argent, ni le poltron sur le mépris des dangers. Il faut faire comprendre à l'un qu'en soi l'argent n'est ni un bien ni un mal ; il faut lui montrer des riches très misérables. Vous prouverez à l'autre que les maux, tant redoutés du vulgaire, ne sont pas si fort à craindre qu'on le dit communément : pas même la douleur, pas même la mort ; que la mort, à la quelle nous soumet la loi de la nature, apporte souvent avec elle une grande consolation, c'est qu'elle ne revient jamais ; que quant à la douleur, elle a son remède dans la fermeté de l'âme qiii rend plus léger tout ce qu'elle supporte avec énergie ; que la douleur a cela de bon qu'elle ne peut être violenté quand elle dure, ni durer quand elle est violente ; qu'enfin il faut recevoir courageusement tout ce qu'ordonnent les lois immuables de l'univers... Lorsque l'homme connaîtra que la vie heureuse n'est pas celle qui obéit à la volupté, mais à la nature ; quand il aimera la vertu comme l'unique bien de l'homme ; quand il fuira la honte comme l'unique mal ; quand il saura que tout le reste, richesses, honneurs, santé, force, pouvoir, sont des objets indifférents qu'il ne faut compter ni parmi les biens, ni parmi les maux, il n'aura pas besoin d'un conseiller qui, dans chaque cas, lui dise : marchez ainsi ; soupez de cette façon ! voilà qui convient à un homme, à une femme, à un mari, à un célibataire... La théorie générale de la justice

LA MORALE DES STOÏCIENS

enseigne tout cela : j'y trouve qu'on doit rechercher l'équité pour elle-même, sans y être forcé par la crainte, ni invité par les récompenses : qu'on n'est pas juste quand on aime dans cette vertu toute autre chose qu'elle-même. »

A rencontre de cette opinion trop exclusive, Sénèque affirme l'utilité des préceptes particuliers; il montre la nécessité où l'on se trouve de les répéter sans cesse « car parfois nous savons, mais l'attention nous manque; les avertissements ne nous instruisent pas, mais ils réveillent l'attention, ils entretiennent la mémoire, ils ne permettent pas d'oublier. » Il dit encore : « Ce ne sont pas seulement nos passions qui nous empêchent de faire des actions dignes d'éloges, mais encore notre ignorance de ce qu'exige de nous chaque cas particuUer. Nous avons quelquefois un esprit bien réglé, mais paresseux et encore trop peu exercé pour trouver la route des devoirs ; le précepte nous l'enseigne. » L'exemple aussi est nécessaire : « Rien n'insinue plus fortement la vertu dans les cœurs, rien ne ramène plus énergiquement au droit sentier ceux qui chancellent et penchent vers le mal, que le commerce des hommes vertueux. Leur entretien pénètre insensiblement notre âme : les entendre souvent, les voir souvent produit l'effet de préceptes. » Il conclut qu'il faut réunir, dans l'éducation morale, la doctrine théorique aux préceptes et aux exemples pratiques : « La vertu se partage en deux branches distinctes, la contemplation du vrai et la pratique ; par l'étude on acquiert la partie contemplative ; la pratique résulte des avis... Les enfants apprennent à écrire d'après un modèle; une main étrangère tient leurs doigts et les guide sur des lettres déjà tracées : ensuite on leur enjoint d imiter le modèle placé devant leurs yeux, et de corriger leur copie d'après cet exemple. C'est ainsi que notre âme, instruite d'après un modèle, trouve la leçon plus facile. » importance de l'action exercée sur chaque homme par le milieu social dans lequel il vit ne lui était pas inconnue. « Ne lions commerce, dit-il', qu'avec les gens les plus

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