‹ La morale des religions [microform]Chapitre 189 sur 340 · I. Lettres à LuciUus, xciv · texte numérisé non relu

I. Lettres à LuciUus, xciv

a. Ibid., xcv.

LA MORALE DES STOÏCIENS

d'un grand corps. La nature, en nous formant des mêmes éléments et pour les mêmes fins, nous a créés parents ; c'est elle qui nous a liés les uns aux autres par un attachement mutuel, et nous a faits sociables ; elle qui a établi la justice et Técjuité; c'est la vertu de ses lois qu'il est plus fâcheux de faire que de recevoir du mal ; c'est d'après son ordre, que nos mains doivent toujours être prêtes à secourir nos semblables. Ayons toujours, dans le cœur et à la bouche cette maxime: « homme, je ne puis regarder comme étranger rien de ce (|ui touche les hommes. » Pénétronsnous-en ; nous sommes certainenicnl nés pour vivre en commun. Notre société ressemble à une voûte qui tomberait, si ses diverses parties ne se prêtaient un support mutuel. » Il dit encore, au sujet des devoirs sociaux : (( C'est un sacrilège de nuire à la patrie... ; quand le tout est sacré, les parties ne le sont pas moins. L'homme est donc tenu de respecter l'homme, qui est pour lui concitoyen- de la grande cité. Qu'arriveralt-il si nos mains voulaient faire la guerre à nos pieds, et nos yeux à nos mains? L'harmonie règne entre les membres du corps humain , parce que tous sont intéressés à la conversation de chacun ; do même les hommes doivent s'épargner les uns les autres, parcequ'ils sont nés pour la société, laquelle ne saurait subsister sans l'appui nniluel et bienveillant de ceux (jui la composent'. »

Marc-Aurèle élargit encore le problème. 11 affirme non seulement l'unité de l'univers mais encore la transformation incessante des objets et des êtres qui le composent, ceux (pii naissent étant formés des éléments de ceux qui meurent. « Chacune des parties de moi, dit-il, se transformera en une autre partie du monde ; et ainsi de suite àlinfun. C'est par un changement de cette sorte que j'existe, qu'ont existe ceux qui m'ont donné naissance ; et de même en remontant à l'inllni'. » Ailleurs, il dit : (( La nature de l'univers se sert de l'universelle matière comme d'une cire : tantôt elle en forme un cheval, puis, le cheval

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