I. Lettre XLVII
lontaire. Que les dédains de ces hommes ne vous empêchent donc pas de vous dérider avec vos esclaves, et d'exercer votre autorité sans orgueil. Faites-vous respecter plutôt que craindre. »
Étendant et généralisant sa pensée, Sénèquc proteste contre les distinctions que l'on prétend établir entre les hommes d'après le rang occupé par leurs ancêtres : « Nous avons tous, dit-il, les mêmes commencements, une même origine. Nul n'est plus noble qu'un autre, s'il n'a l'esprit plus droit et plus propre à la vertu. Ceux qui exposent dans leur vestibule les images de leurs ancêtres, et placent à l'entrée de leur demeure une longue série de noms liés entre eux par les rameaux d'un arbre généalogique, sont plus connus que nobles. Le père commun, c'est le monde. Par des degrés ou brillants ou obscurs, chacun de nous remonte à cette origine première'. »
Insistant sur ce que la noblesse véritable résulte uniquement de l'élévation de la pensée et de la générosité des sentiments, il s'écrie : a Cherchez donc un bien qui jamais ne se détériore, un bien invincible à tous les obstacles, supérieur à tous les biens. Quel est-il.'^ une ame ; mais une ume droite, vertueuse, élevée... Elle peut tomber, cette âme, dans un esclave, dans un airi-anchi, comme dans un chevalier romain. Qu'est-ce en elFet que ces mots: chevalier romain, esclave, alTranchi.^ des noms créés par l'ambition et par une injurieuse distinction ; de tout coin de la terre on peut s'élancer vers le ciel ; prenez seulement votre essor. »
Ministre d'un prince jeune, intelligent, bien disposé peut-être, mais qui avait été élevé dans une cour corrompue, par une mère dont la cynique ambition ne reculait devant aucun crime, Sénèque accomplissait un acte de courage et se montrait fidèle à sa doctrine lorsque, voulant donner à Néron une leçon de morale gouvernementale, il plaçait dans la bouche du jeune prince les paroles suivantes :
(( Entre tous les mortels, je suis l'élu des dieux, l'homme de leur choix, pour les représenter sur la terre; je suis