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I. Les Bienfaits, livre III, xxviii

LA MORALE DES STOÏCIENS

pour le genre humain entier l'arbitre de la vie et de la mort. Le sort et l'état des hommes sont remis entre mes mains. Ce que la fortune veut donner à chaque individu, elle le déclare par ma bouche. C'est dans mes réponses que les peuples et les villes trouvent des motifs d'allégresse. Aucune région de la terre n'est florissante que par ma volonté et par ma protection. Ces milliers de glaives, retenus dans le fourreau par la paix que je maintiens, je puis d'un signe les en faire sortir. Il m'appartient de décider quelles nations seront anéanties, transportées dans d'autres lieux, affranchies ou réduites en servitude; quels rois deviendront esclaves, quels fronts seront ceints du diadème, quelles villes doivent tomber ou s'élever. Dans ce souverain pouvoir, ni la colère, ni la fougue de la jeunesse, ni cette témérité et cette obstination des hommes, qui épuisent souvent la patience des Ames les plus calmes, par la vanité cruelle, mais trop conmiune chez les dominateurs des nations, de faire éclater leur puissance par la terreur, rien ne m'a arraché d'injustes supplices. Chez moi, le glaive est renfermé ou plutôt captif, tant je suis avare de sang, même du plus vil. Le titre d'homme, n'eût-on que celui-là, suffît pour trouver faveur près de moi. Ma sévérité est couverte d'un voile, tandis que ma clémence se monlrc toujours à découvert. Je m'observe comme si j'avais à répondre de ma conduite envers ces lois (pie j'ai tirées de la poussière et de l'obscurité, pour les mettre au grand jour. Je suis touché de la jeunesse de l'un, des vieux jours de l'autre. Je fais grâce à la dignité de celui-ci, à l'humble condition de celui-là; et lorsque je ne trouve pas de motif de compassion, c'est pour moi-même que je pardonne. Si les dieux aujourd'hui me demandaient compte du genre humain qu'ils m'ont confié, je serais prêt à le leur rendre. ' » Il ne serait point étonnant que ces conseils indirects, relus par Néron quand il se fut livré à des actes contraires à la morale qu'ils renferment, aient irrité le césar despotique au point de le décider à faire mourir son mentor.

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