‹ La morale des religions [microform]Chapitre 246 sur 340 · Raoul Glaser, Chronique, livre IIL · texte numérisé non relu

Raoul Glaser, Chronique, livre IIL

de la vallée du Danube, vers les lieux saints, sous la conduite du moine Pierre dit l'Ermite et de Gautier dit « sans avoir », c'est encore auxjuifs que les croisés commencèrent à s'en prendre : « Tout ce qu'ils pouvaient trouver de juifs, ils les faisaient périr dans les tortures. Ils croyaient devoir punir les meurtriers du Christ avant de délivrer son tombeau*. » Quand ils n'avaient pas de juifs à torturer, ils massacraient les paysans qui tentaient de défendre leurs femmes ou leurs biens. Ces sin^'uliers soldats de Dieu étaient tous devenus des bandits : ils tuaient les chrétiens orthodoxes de la Hongrie et de la Bulgarie comme des infidèles. Les représailles ne faisaient point défaut : s'ils massacraient, ils étaient massacrés. Ceux qui survécurent, que l'on embarqua pour l'Asie, moururent de maladies ou furent tués par les musulmans.

Les armées de chevaliers et de seigneurs qui vinrent ensuite, ne se montrèrent ni beaucoup plus honnêtes, ni beaucoup moins barbares, quoique également pieuses. Il fallut les gorger d'or et les couvrir de présents pour les empêcher de piller Conslantinople on elles avaient été reçues à bras ouverts. Leur entrée dans x\ntioche, puis dans Jérusalem, fut marquée par les plus horribles massacres et les plus odieux pillages. Ils avaient préludé à l'attaque de Jérusalem par une procession pieuse autour des remparts de la ville sainte, qui dura huit jours et que tous suivirent pieds nus. « La ville prise (le 1 5 juillet 1099 a .S heures) le massacre fut effroyable. Les croisés, dans leur aveugle ferveur, ne tenant aucun compte des temps, croyaient, en chaque infidèle qu'ils rencontraient à Jérusalem, frapper un des bourreaux de Jésus-Christ'. » Dans le temple et le portique de Salomon où beaucoup de gens s'étaient réfugiés, « on chevauchait dans le sang jusqu'aux genoux et aux freins des chevaux », écrivait Godefroy au pape Urbain II. D'après le récit de Guillaume de Tyr, (( le clergé de Jérusalem et tout le peuple fidèle de cette ville qui, pendant tant

I. MicHELF.T, llist. de France, il, p. 276. a. MiGiiELET, ibid,, II, p. agi.

d'années, avait porté le joug cruel d'une injuste servitude, rendaient grâce au Rédempteur de la liberté qu'ils recouvraient; et, portant des croix et les images des saints, ils allèrent au devant des vainqueurs et les introduisirent dans l'église ». D'où il résulte que les musulmans avaient montré une assez grande tolérance à l'égard du christianisme. Ils mettaient, en effet, si peu d'obstacles à la pratique de cette religion que, dans Antioche, les croisés comptèrent, d'après Guibert de Nogent, jusqu'à trois cent soixante églises. Néanmoins, « le lendemain, le carnage recommença: le conseil des croisés porta une sentence de mort contre les musulmans qui restaient dans la ville : tous furent égorgés, même les femmes et les enfants... Le massacre dura huit jours: soixante-dix mille Sarrasins périrent*». Lorsqu'il n'y eut plus de Sarrasins à tuer, de boutiques ou de maisons à piller, de femmes à violer, l'armée se dispersa ; ceux qui ne moururent pas rentrèrent chez eux, et c'est à peine si Godefroy de Bouillon, élu roi de Jérusalem comme vassal direct de la papauté, put conserver avec lui trois cents

chevaliers.

Plus de cent mille individus étaient morts dans cette croisade: mais, grâce au départ de presque tous les hommes de guerre, la féodalité avait perdu ses forces tandis que la papauté voyait grandir les siennes. Aussi, dès qu'une croisade avait épuisé ses ressources en hommes, on en organisait une autre. L'histoire n'en a noté que sept de 1097 à 1248, mais il y en eut en réaUté une douzaine. Pour échauffer les esprits, on lisait dans les éghses les récits des massacres de musulmans et des pillages de villes infidèles que les croisés envoyaient ; on comblait d'honneurs ceux qui revenaient en France; on les montrait aux foules pieuses comme des modèles à suivre ; on employait, en un mot, tous les moyens imaginables pour renouveler sans cesse ces expéditions. Cependant, le peuple en avait été dégoûté par les malheurs que subirent les premiers pèlerins; les seigneurs seuls prirent part à toutes celles qui suivirent

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