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lion des enfants. Montesquieu ' cite à ce sujet un mot caractéristique de Sozomêne, historien ecclésiastique du v" siècle : (( Ces lois avaient été établies comme si la multiplication de l'espèce humaine pouvait être un effet de nos soins ; au lieu de voir que ce nombre croît et décroît selon l'ordre de la providence. » Pour plus de sûreté, cependant, le christianisme fit abroger les lois qui avaient pour objet la multipUcation des enfants : « Les lois Papiennes, dit Montesquieu, voulaient qu'on se remariât. Justinien accorda des avantages à ceux qui ne se remarieraient pas... Quand on recevait un legs à la condition de ne point se marier, lorsqu'un patron faisait jurer son affranchi qu'il ne se remarierait point et qu'il n'aurait pas d'enfants, la loi Papienne annulait celte condition et ce serment. » La législationchrétienne supprime cette clause. Montesquieu ajoute : « Il n'y a point de loi qui contienne une abrogation expresse des privilèges et des honneurs que les Romains païens avaient accordés au mariage et au nombre des enfants ; mais là où le céUbat avait la prééminence, il ne pouvait plus y avoir d'honneurs pour le mariage. » Puis, il note ce fait, dont l'exactitude ne saurait être contestée et qui met bien en relief l'erreur commise par le christianisme dans le domaine des unions sexuelles : « C'est une règle tirée de la nature que, plus on diminue le nombre des mariages qui pourraient se laire, plus on corrompt ceux qui sont faits : moins il y a de gens mariés, moins il y a de fidélité dans les mariages ; comme, lorsqu'il y a plus de voleurs, il y a plus de vols. » Il n'est pas inutile de noter que le christianisme, en faisant de la continence et de la chasteté une de ses vertus principales, allait à l'encontre non seulement des principes du paganisme mais encore des préceptes de l'hébraïsme et de toutes les autres religions de l'antiquité. (( Les livres sacrés des anciens Perses, rappelle Montesquieu, conseillaient de se marier de bonne heure, parce que des enfants seraient comme un pont au jour du jugement, et que ceux qui n'auraient point d'enfants ne pourraient pas passer. Ces dogmes
i. Esprit des Lois, livre Wlll, cIiîh>. xxi.
étaient faux, mais ils étaient utiles'. » La chasteté fut une innovation contraire aux intérêts de l'espèce humaine, au progrès de la morale et aux préceptes de toutes les religions antérieures au christianisme.
Les panégyristes du christianisme ont prétendu qu'il avait relevé la femme et institué la famille ; l'histoire montre, au contraire, qu'il fut impuissant à abaisser la première et à détruire la seconde. Dans le domaine de la morale familiale comme dans celui du culte, il vit sombrer ses principes judaïques devant la résistance qui lui fut opposée par les idées et les traditions du paganisme aryen. Si, à partir du xii' siècle, on voit l'influence de la femme croître en même temps que la chevalerie se développe, ce n'est point au christianisme qu'il en faut faire honneur, ainsi que le prétendent certains historiens, mais uniquement à la restauration des idées grecques et romaines et à l'épanouissement des mœurs germaniques. Celles-ci produisirent la chevalerie ; celles-là rétablirent le culte antique delà beauté qui, en dépit des lois, avait fait la femme si puissante chez les (îrecs et les Romains. La femme qui préside aux tournois de la fin du moyen âge, celle qui couronne les artistes ou les poètes dans les cours d'amour de la Renaissance, celle qui groupe les philosophes, les savants, les littérateurs et les beaux esprits dans les salons du xvir et du wm* siècles, ce n'est ni la vierge voilée, ni la veuve austère, ni la mère de famille soumise au silence, du christianisme, c'est la coquette élégante d'Athènes, c'est la matrone aimable de Rome, c'est la vierge fière de sa jeunesse, c'est la beauté consciente de sa force, c'est l'esprit féminin assuré de ses triomphes ; ce n'est pas la femme ignorante et humble rêvée par le christianisme, c'est la femme belle, spirituelle, savante et toujours adorable, dont l'antiquité païenne avait légué l'idéal aux générations qui seraient assez fortes pour se soustraire à l'influence déprimante du sémitisme judaïque transporté dans le christianisme.