‹ La morale des religions [microform]Chapitre 268 sur 340 · Loc. cit., p. i · texte numérisé non relu

Loc. cit., p. i

2. Montesquieu avait, en effet, fort bien saisi l'esprit de la législation de Çonstanl.n. « Il est certain, dit-il (Esprit des Lois, livre XXIli, chap. xx.) que les changements de Constantin furent faits, ou sur des idées qui se rapportaient A 1 établissement du christianisme, ou sur des idées prises de sa perfection. De ce premier objet vinrent ces lois qui donnèrent une telle autorité aux évèques qu elles ont été le fondement de la juridiction ecclésiastique ; de là ces lois qui ajfmblirent l'autorité paternelle, en ôtant au père la propriété des biens de ses en^ants. Pour étendre une religion nouvelle, il faut ôter l'extrême dépendance lies enfants, qui tiennent toujours moins h ce qui est établi. »

Lanessan. Religions. jg

voulut rendre la position des enfants plus indépendante. On sait que dans l'origine le fils appartenait à son père avec tous ses biens. Mais, par suite de celle tendance équitable ([ue l'époque de l'Enq^ire amena dans les esprits, Au^'uste, Nerva et Trajan avaient accordé au fils de faniillc la propriété des biens acquis par lui dans le service militaire peculium castrensej. Cette innovation avait d'abord été timide. Si le fils mourait sans avoir disposé de ce pécule, il était censé avoir toujours appartenu au père en vertu de sa puissance paternelle. De plus, le fils ne pouvait en disposer que pendant le temps de son service aux armées. Mais Adrien en avait accordé la disposition au fils de famille retiré du service... Constantin, par une Constitution de 321, assimila au pécule castrense les biens ac-^ quis par le fils de famille dans les ofTices du palais du prince. Celte idée fut trouvée ingénieuse par ses successeurs, et, sous le titre de quasi-castrense, le pécule des enfants se trou>a grossi des biens qu'ils avaient acquis comme assesseurs, comme avocats, comme ofTiciers attachés au préfet du prétoire, comme évoques, diacres, ecclésiastiques, enfin comme fonctionnaires publics... Constantin attribua au fils en puissance la propriété des biens laissés par sa mère. Le père l'avait eue jus(|u'alors : le prince l'en dépouilla ou ne lui en concéda que le simple usufruit sa vie durant ; que s'il venait à se remarier, il ne conservait l'usufruit que pendant la minorité du fils. »

Ces mesures étaient habiles au point de vue des intérêts du christianisme, car les femmes et les enfants étaient les premiers à adopter la religion nouvelle ; la loi les solidarisait dans leur résistance au père de famille resté païen. Plus tard, Gratien et Valentinien le Jeune assimilèrent les successions des aïeuls à la succession de la mère, favorisant de nouveau les enfants et les encourageant à s'émanciper du père. Le mouvement continua dans la suite de favon à augmenter sans cesse les droits des enfants, conformément aux principes naturels de l'humanité. « Mais, conclut Troplong, qui avait fait comprendre la voix de l'humanité, si ce n'est le christianisme... ? » On peut objecter que la voix

LA MORALE FAMILL\LE DU CHRISTIANISME 43o

de l'humanité avait été entendue, avant le christianisme, par les empereurs philosophes et que leurs successeurs se bornèrent à marcher dans la voie ouverte par Nerva, Trajan et Antonin. Ce qui est plus important à noter, c'est que le christianisme s'arrêta dans son œuvre d'émancipation des enfants, dès qu'il crut avoir intérêt à ménager les pères devenus chrétiens et à s'appuyer sur leur autorité pour empêcher les enfants d'aller aux nouveautés religieuses ou philosophiques. C'est pourquoi, même dans nos lois actuelles, l'autorité morale du père de famille par rapport à ses enfants est restée aussi grande que dans l'antiquité. Notre Code civil* est formel : « L'enfant, à tout âge, doit honneur et respect à ses père et mère. — Il reste sous leur autorité jusqu'à sa majorité ou son émancipation. Le père seul exerce cette autorité durant le mariage. » Même après sa majorité, l'enfant ne peut accomplir l'acte très naturel et essentiellement personnel qu'est le mariage qu'avec le consentement de ses parents ou en leur faisant des sommations qui témoignent de sa dépendance et qui l'exposent à des représailles dangereuses si les parents ont de la fortune. D'un autre côté, le christianisme oblige les parents à imposer leur rehgion à leurs enfants dès leur naissance, à leur en inculquer les croyances avant qu'ils soient capables de les juger ; elle leur livre leur cerveau et les contraint de le façonner sur un modèle qu'elle a elle-même tracé. C'est dire qu'elle maintient la pire des tyrannies, celle qui s'exerce sur l'intelligence d'êtres incapables d'y opposer la moindre résistance.

Le christianisme, en somme, n'a pas plus libéré l'enfant qu'il n'a libéré la femme. L'indépendance que l'un et l'autre ont obtenue résulte de l'évolution naturelle des idées et du progrès qui s'accomplit sous l'inlluence de la lutte de légoïsme des femmes et des enfants contre l'égoisme des pères. Par contre, l'un des premiers actes du christianisme devenu puissant fut de faire abroger les lois que les empereurs romains avaient faites dans le but de favoriser la multiplica-

Page 1