‹ La morale des religions [microform]Chapitre 272 sur 340 · Voy. : GuiGNEBERT, TcrtalUen, p. 277, note · texte numérisé non relu

Voy. : GuiGNEBERT, TcrtalUen, p. 277, note

LA MORALE DU CHRISTL\MSME

tous les actes de son maître, y compris les coups ; il ne peut désobéir que si on veut le contraindre à sacrifier aux faux dieux*. L'affranchissement, qui avait pris une très grande extension dans les derniers siècles de l'empire, est plutôt mal vu par Tertullien qui hait, dans son rigorisme, le luxe des affranchis . a Les mots violents qu'il retient si difficilement, dit M. Guignebert dans son excellent ouvrage sur Tertullien, arrivent en foule sur sa plume pour caractériser les affranchis. Par-dessus tout, ce sont les deux idées fondamentales de la doctrine chrétienne qui l'empêchent de s'élever contre l'injuste inégalité des conditions sociales : i** que le chrétien doit accepter sans murmurer la condition que Dieu lui a assignée sur terre ; 2" il est inutile de la changer, la misère humaine est partout, ce n'est qu'une question de plus ou de moins ; ce n'est aussi qu'une question de temps et de peu de temps. Assurer son salut est autrement grave qu'améliorer son sort terrestre. La foi montaniste en la fin imminente du monde affermit Tertullien dans cette indifférence sociale. Son point de vue est donc celui que l'Eglise gardera toujours. » Saint Antoine « affirme que la vraie servitude est toute de chair et non a esprit, que l'Eghse est venue libérer l'esprit et, qu'à ce point de vue, il ne manque pas d'esclaves qui sont plus libres que leurs maîtres. C'est pourquoi il engage les esclaves à prendre en patience les mauvais maîtres et à s'aider de la pensée des souffrances de Jésus. » Le concile de Gangres « prononce l'anathème contre quiconque détourne un esclave du respect et du dévouement qu'il doit à son maître')).

Il est juste d'ajouter que la plupart des écrivains chrétiens recommandaient aux maîtres de traiter leurs esclaves avec bienveillance. Cela ne devait point être inutile car certains conciles durent formuler « des peines contre les maîtresses qui, dans leur colère, frappent, estropient ou

1. C'est avec intention que je me sers de l'expression « les faux dieux » j les chrétiens ne niaient pas, en réalité, l'existence des dieux du paganisme ; ils les considéraient simplement comme des démons qu'il faut redouter.

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