Ibid., II, p. igo
les adultères dont les familles aristocratiques ou rojales étaient le théâtre quotidien, et lancer les foudres de l'Eghse contre les barons ou les rois qui répudiaient leur femme pour la seule raison qu'ils en désiraient épouser une autre ; mais ni les remontrances, ni les excommunications ne produisaient aucun effet. On se bornait à compenser par l'ardeur de la foi et l'assiduité aux pratiques rehgieuses, les violations les plus graves de la morale. Dans chaque château, les femmes et les filles des vilains, réunies pour fabriquer les vêtements et tisser le lin ou la laine, formaient une sorte de sérail à l'usage des seigneurs et de leurs amis. On vit, à la suite des croisades, de hauts personnages se constituer des harems sur le modèle de ceux de la Turquie. Est-il utile d'ajouter que du xvi*^ siècle à ïa fin du xvm% malgré l'autorité dont continua de jouir l'Eghse, on vit la morale familiale aller sans cesse en se corrompant, au point que non seulement les maîtresses mais aussi les mignons des rois prenaient, dans les cours, la place de la femme légitime.»^ Faut-il rappeler qu'au xvnf siècle les monastères de femmes étaient souvent des lieux de débauche, les abbés et les prélats de cour des modèles de désordre et de lubricité, des prédicateurs, par l'exemple, de l'adultère et de tous les vices auxquels peut conduire le célibat ?
Ce qu'il n'est point possible de passer sous silence, parce que là se trouve un des traits les plus caractéristiques de l'histoire de l'Eglise, c'est que l'immoralité du clergé chrétien fut l'une des principales causes déterminantes delà Réforme. Si la rébellion de quelques moines allemands contre la papauté s'étendit avec tant de rapidité dans tout l'Occident, c'est que la moralité du personnel ecclésiastique et monacal était inférieur à celle de la société civile, au point de choquer les idées de cette dernière ; c'est aussi que l'immoralité de la papauté était devenue telle que les évêques eux-mêmes et les moines rougissaient des vices de la cour pontificale. (( Rome voyait quelquefois entrer dans ses raurs, dit l'historien cité plus haut ' , des moines d'Allemagne