Deutéronome^ xxiii, i5-i
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LA MORALE SOCIALE DU JUDAÏSME
pas le sentiment qui inspira celte prescription, plutôt que celui de l'humanité.
Le prêt à intérêt était interdit d'hébreu à hébreu : « Si tu prêtes de l'argent à quelqu'un de mon peuple, au pauvre qui vit à côté de toi, lu ne seras pas à son égard comme un usurier, tu n'exigeras pas d'intérêt de lui. Si tu prends en gage le manteau de ton prochain, tu le lui rendras avant le coucher du soleil ; car c'est son unique couverture, c'est le vêlement de sa peau. Sur quoi se coucherait-il ^ Et il arriverait que s'il criait vers moi, je t'écouterais ; car je suis bon'. » La différence établie par la Loi hébraïque entre l'étranger et l'israélile, au point de vue du prêt, est un trait de mœurs que l'on trouve sous les formes les plus variées dans toutes les populations vivant en tribus : l'altruisme y est recommandé dans l'intérieur de la tribu ; au dehors, Tégoïsme a libre carrière.
Les prescriptions suivantes du Gode religieux d'Israël sont très nettement altruistes: « Tu ne feras point tort au mercenaire pauvre et indigent d'entre tes frères ou d'entre les étrangers qui demeurent dans ton pays, dans les portes. Tu lui donneras son salaire le jour même, avant que le soleil se couche ; car il est pauvre et son âme s'y attend ; de peur qu'il ne crie contre loi à l'Éternel et qu'il n'y ait péché en toi*. » — « Tu n'affligeras ni la veuve ni l'orphelin. Si vous les affligez, et qu'ils élèvent leur cri vers moi, j'entendrai leur cri, et ma colère s'allumera, et je vous tuerai par l'épée.el vos filles deviendront veuves et vos fils orphelins. — Quant à l'étranger, lu ne le vexeras ni ne l'opprimeras ; car vous avez été étrangers dans la terre de Mesraïm'. — Quand lu rencontreras le bœuf de ton ennemi ou son âne
I. Voyez: Ernest Renan, loc. cit., p. 871. — Le Deutéronome dit, avec plus de précision encore, au sujet du prêt : « Tu ne prêteras point k intérêt à ton Jrere, m de l'argent, m des vivres, ni quoi que ce soit qu'on prête à intérêt, lu pourras prêter à intérêt à l'étranger, mais tu ne prêteras point k intérêt à Ion frere; afin que l'Eternel, ton Dieu, le bénisse en toute chose à laquelle tu mettras la main dans le pays où tu vas entrer pour le posséder. » (Deut., chap. xxiii, 19.) I r V .
a. Deutéronome, xxiv, i^-i5.
3. 11 s^agit, bien entendu, de l'étranger qui séjourne en Israël. Les autres on les doit haïr comme ennemis de lahvé.
LA MORALE DES LIVRES SACRÉS DU JUDAlSME
LA MORALE SOCIALE DU JUDAÏSME
égaré, lu le lui ramèneras. Quand tu verras l'âne de Ion ennemi tombé à terre sous son fardeau, ne reste pas les bras croisés ; unis tes efforts aux siens pour remettre la bête sur pied'. » Il s'agit dans ces lignes, bien entendu, d'un (( ennemi » personnel et appartenant à la tribu d'Israël.
Quelques autres prescriptions très nettement altruistes méritent d'être notées: En premier lieu, il faut rappeler que la dîme n'avait pas pour seul objet de subvenir aux besoins de la tribu de Lévi, à laquelle aucun territoire n'avait été assigné et qui devait vivre des services religieux rendus à toutes les autres tribus. Elle était destinée, en outre, à l'assistance des pauvres, des orphelins, des veuves, etc. : « Quand tu auras achevé de lever toute la dîme de ton revenu, la troisième année, l'année de la dîme, tu la donneras au Lévite, à l'étranger, à l'orphelin et à Va veuve, et ils la mangeront dans tes portes, et seront rassasiés : et tu diras devant l'Eternel, ton Dieu: j'ai ôté de ma maison ce qui était sacré ; et je l'ai donné au Lévite, à l'étranger, à l'orphelin et à la veuve, selon tout le commandement que lu m'as donné : je n'ai rien transgressé ni oublié de tes commandements ^ »
En dehors de ces prescriptions légales et obligatoires, les Livres sacrés recommandaient avec insistance et d'une façon que l'on peut qualifier de très délicate, les œuvres de charité privée : (( Quand tu feras la moisson dans ton champ, et que tu y auras oublié une poignée d'épis, tu ne retourneras point pour la prendre ; elle sera pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve, afin que l'Eternel, ton Dieu, te bénisse dans toutes les œuvres de les mains. Quand tu secoueras tes oliviers, tu n'y retourneras point pour examiner branche après branche ; ce qui restera sera pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve. Quand tu vendangeras la vigne, tu n'y feras pas grappiller après toi : ce qui restera sera pour l'étranger, pour l'orphelin et pour la veuve ^. »
I. Voyez: Ernest Renan, loc. cit., p. 870 à 872. Voyez aussi : Deutéronome, ch. XXII, 1-4, 8.
a. Deutéronome, ch. xxvi, ia-i3.