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Ibid., chap. XXIV, 19-ai

La charité est le devoir de morale sociale auquel la religion juive a donné le plus d'importance. Elle était pratiquée par tous les IsraéHles riches dès les temps les plus anciens. A Jérusalem, on avait l'Iiabitude d'étendre devant la porte do la maison, au moment du repas, une serviette (mappah) (jui était une sorte d'avertissement aux pauvres. Tant qu'elle était en place, ils pouvaient entrer dans la maison, et il leur était délivré des aliments. La charité se développa surtout dans les colonies que les juifs avaient formées au sein de la plupart des villes importantes de la Méditerranée. Elle fut l'objet des recomniandalions les plus vives des écrivains thalniudiques. « Kab Joudah dit: si un pauvre vient demander un vêlement, il faut s'informer s'il est réellement pauvre ; mais s'il demande à manger on lui donne la nourriture sans examen. Si un pauvre voyageur passe par la ville, on lui donne à manger; s'il reste la nuit, on lui donne ce qu il faut pour la nuit. Uabhi Assé dit : La charité vaut tous les commandements de la religion. Uabhi Elazar dit : Celui qui engage les autres à donner l'aumône est plus grand encore que celui qui la donne luimême. D'après Hahbi Isaac, il ne sulTit pas de donner l'aumône, il faut encore la donner de bon cœur et de la manière la plus aimable. On lit dans une beraïlha : Si l'on refuse de faire la charité, c'est comme si l'on sacrifiait aux idoles. On lit dans une autre beraïlha : la charité qu'on fait dans ce monde est un grand parahlet (avocat, protecteur) devant notre Père céleste. Un homme qui donne une obole à un malheureux est sûr qu'il jouira de la félicité de contempler la majesté divine. Uabhi Elazar avait l'habitude de donner une peroutah (petite pièce de monnaie) à un pauvre avant de faire les prières. Uabhi Johanan dit: Il est écrit: celui-là prête à Dieu qui fait la charité à un pauvre (Prou, xix, 17): si l'Écriture ne l'avait pas dit, on n'oserait pas le dir^ : Dieu est le débiteur de celui qui fait la charité à un pauvre ' . »

Chaque communauté juive avait sa caisse de bienfaisance

I. Voyez : Rabbinowicz, Législation civile du Thalmud, IV, Intr., p. xvii.

LA MORALE DES LIVRES SACRÉS DU JUDAÏSME

LA MORALE SOCIALE DU JUDAÏSME

générale, à laquelle devaient contribuer tous les Israélites établis dans la ville depuis trois mois au moins, et qui servait à faire les aumônes diverses aux pauvres. Une distribution régulière de ces aumônes avait lieu tous les vendredis, entre tous les pauvres. Une autre caisse était destinée à fournir des vêlements aux nécessiteux ; tout Israélite ayant un séjour de six mois dans la ville était oblige d'y apporter sa contribution. Enfin, une troisième caisse, alimentée par tous les juifs ayant fait un séjour de neuf mois dans la ville, était destinée à subvenir aux dépenses occasionnées par les enterrements des pauvres. Tous les jours, la communauté et les particuliers distribuaient des aliments aux pauvres. Grâce à ces coutumes charitables, les colonies juives formaient, dans chaque ville, une société largement fraternelle. Transplantées au milieu de populations dont elles se distinguaient à tous les égards, les colonies juives ne pouvaient subsister que par une entente très étroite de tous leurs membres, les riches aidant les pauvres et ceux-ci rendant aux riches tous les services imaginables. « Les juifs, dit justement Renan à propos de ces colonies, donnaient le premier exemple de ce genre de patriotisme que les Parsis, les Arméniens et, jusqu'à un certain point, les Grecs modernes devaient montrer plus tard ; patriotisme extrêmement énergique, quoique non attaché à un sol déterminé ; patriotisme de marchands répandus partout, se reconnaissant partout frères : patriotisme aboutissant à former non de grands Etals compacts, mais de petites communautés. Fortement associés entre eux, ces juifs de la dispersion constituaient dans les villes des congrégations presque indépendantes, ayant leurs magistrats, leurs conseils... Ils habitaient des quartiers à part, soustraits à la juridiction ordinaire, fort méprisés, du reste du monde, mais où régnait le bonheur '. » La religion, très puissante parmi les Israélites consacrait ces nécessités sociales et contribuait, sans aucun doute, dans une très large mesure, au

développement de la fraternité, de la charité, mais elle n'en était pas la cause première.

L'une des règles les plus importantes de la morale religieuse des Hébreux est celle qui proclame le caractère purement individuel des fautes : « On ne fera point mourir les pères pour les enfants : on ne fera point non plus mourir les enfants pour les pères ; on fera mourir chacun pour son péché'. )) De tous les préceptes de la morale hébraïque celui-ci est, sans contredit, celui qui témoigne le mieux du progrès réalisé par cette morale par rapport aux conceptions primitives des sociétés humaines. Cependant, il est utile de l'approcher de ce précepte celui qui a trait aux fautes commises contre Dieu: celles-ci sont punies, pendant plusieurs générations, chez les enfants de ceux qui s'en sont rendus coupables ^

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