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CHAPITRE VI

DU ROLE JOUÉ PAR LA MORALE RELIGIEUSE DANS L'ÉVOLUTION DE LA MORALITÉ PUBLIQUE ET PRIVÉE DES HÉBREUX

En Israël, comme chez tous les autres peuples, la religion marche à la suite des mœurs beaucoup plus qu'elle ne les dirige ; ses règles morales ne font que traduire les idées régnantes au moment où elles sont formulées et ^ont nécessairement inspirées par les intérêts, les sentiments les^)assions, les idées, les préjugés ou les superstitions de ceux qui les établissent. C'est ainsi que T^'aroc/e, le Léviiique et le Deutéronome nous donnent l'état des conceptions morales du temps où ils furent rédigés et frauduleusement attribués à une Divinité qui les aurait dictés à Moïse.

Plus tard, les mœurs évoluèrent en même temps que la civilisation progressait, que rinlelligence se développait tandis que la morale des Livres sacrés restait immuable El il vint une heure où les hommes clairvoyants reconnurent et dénoncèrent les contradictions qui existaient entre les conceptions morales auxquelles ils étaient parvenus et celles qui restaient figées dans les lois religieuses.

C est cette contradiction qui frappe l'esprit des prophètes et dicte leurs violentes diatribes contre les vices ou 1 impiété de leurs contemporains. C'est cette même contradiction entre la morale rehgieuse et les nécessités morales de son temps, qui pousse Jésus à se transformer en apôtre et inspire sa prédication violente contre les pharisiens. Il raille avec une verve impitoyable ceux qui font consister la vertu dans l'exécution minutieuse des rites sacrés • il se moque du sabbat et des sacrifices ; il chasse du temple

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