MORALE RELIGIEUSE ET ÉVOLUTION MORALE DES HÉBREUX
ceux qui vendent les animaux et les pains que l'on offrait, par l'intermédiaire des prêtres, sur les autels du dieu d'Israël ; il encourage ses disciples à se dispenser des ablutions rituelles où se passait une partie de la journée des piélistes\ Il néglige même les prières que l'on va, dans le temple, adresser à la divinité nationale ; le Dieu dont il parle, le Père dont il devait, ultérieurement, passer pour être le Fils consubstantiel, ce n'est plus le dieu jaloux et cruel des Hébreux, l'Iahvé national et étriqué de Moïse ou des prophètes ; c'est le père de l'humanité tout entière, c'est le dieu universel auquel croyaient les tribus patriarcales des Hébreux quand elles erraient dans les déserts de l'Arabie : c'est, pour mieux dire, la divinité de l'humanité tout entière. La morale qu'il enseigne, ce n'est pas celle des Livres sacrés : « Car je vous dis que si votre justice ne surpasse pas celle des scribes et des pharisiens, vous n'entrerez point dans le royaume des cieux ^ » Elle revêt le caractère général et l'allure idéahste qu'avait celle des philosophes grecs. Débarrassé des considérations religieuses qu'il contient, son discours sur la montagne n'est que l'exposé sentimental d'une philosophie fort analogue à celle de Socrale, de Platon et des Stoïciens. La morale du Deutéronome, qui vise seulement les actes des hommes, lui paraît trop étroite; il l'élargit : ce ne sont plus seulement les actes qu'il condamne, ce sont aussi les intentions et les pensées. Au Deutéronome qui dit : (( Tu ne tueras point et celui qui tuera sera puni par le jugement », Jésus ajoute : « Quiconque se met en colère contre son frère sans cause, sera puni par le jugement » ; avant de présenter ton offrande à l'autel « va-t-en premièrement te réconcilier avec ton frère ». Au Deutéronome qui dit : « Tu ne commettras point l'adultère », Jésus ajoute : « Quiconque regarde une femme pour la convoiter a déjà commis l'adultère avec elle dans
1. a Car c'est du cœur, disait-il, que viennent les mauv;iises pensées, les meurtres, les adultères, les fornications, les larcins, les faux témoignages, les blasphèmes. (Je sont ces clioses-là qui souillent l'Iioinme, mais de manger sans s'être lavé les mains, cela ne souille point l'homme. » (Evangile selon saint Matthieu, chap. xv, iy-2o.