‹ La morale des religions [microform]Chapitre 54 sur 340 · Ernest Renan, liist. du peuple d'Israël, I, p. 45o · texte numérisé non relu

Ernest Renan, liist. du peuple d'Israël, I, p. 45o

LA MORALE DES LIVRES SACRIÎS DU JUDAÏSME

La vérité est que « l'humanité » à laquelle fait allusion Renan fut pendant de nombreux siècles, est encore, puis-je dire, trop ignorante et, par conséquent, trop crédule pour discuter les assertions que les historiens lui servent et les légendes dont les religions imprègnent son esprit afin d'endormir sa conscience. Elle croit à la vertu de David sur la foi des écrivains sacrés d'Israël, comme elle croit à la vertu de Charlemagne sur la foi des écrivains sacrés de Rome. D'un bout à l'autre de la période historique, les bons rois sont ceux qui favorisèrent l'accession des corps sacerdotaux à la puissance et à la richesse ; les mauvais rois sont ceux qui prétendirent rendre leur autorité indépendante des Eglises. Salomon, qui fut, sans contredit, le meilleur et le plus habile souverain d'Israël, n'a trouvé grâce devant l'histoire qu'en raison de la construction du pemier temple édifié à lahvé, quoique ce temple lui-même ail été maudit par les prophètes, comme furent violemment condamnés les goûts du grand monarque pour le commerce, l'industrie, la civilisation, le progrès humain en un mot. Josias, qui persécute les religions étrangères, qui fait briMer les autels des faux dieux et massacrer leurs adeptes, et qui proclame l'origine divine des r:odes si favorables au corps sacerdotal, est un bien plus grand roi que Salomon, aux yeux des prophètes, des prêtres et des piétistes : cependant, sous son règne, à mesure que la religion exulte, la civilisation décroît et il n'apparaît pas que les sentiments altruistes par lesquels les hommes sont poussés à s'entraider et à s'aimer aient fait le moindre progrès. De son temps, on pria beaucoup, on fit un grand étalage de piété, mais on sema dans le peuple la haine des riches, la haine de ceux (|ui ne servaient pas lahvé avec assez d'ostentation, la haine de tous les hommes, à quelque race qu'ils appartinssent, qui ne partageaient pas les passions engendrées par l'aveugle foi en un Dieu dont le rêve, d'après ses prophètes, était de détruire l'humanité afin de se punir soi-même de l'avoir créée.

On sait encore que la période de l'histoire d'Israël pendant laquelle l'immoralité publique et privée fut la plus

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