LA VIRGINITÉ ET LA CHASTETÉ CHEZ LES ARYENS DE L'ANTIQUITÉ
Les écrivains apologistes du christianisme tirent volontiers parti des faits rappelés plus haut , pour affirmer que ni les Aryas de l'Inde védique, ni les Grecs et les Romains n'avaient de respect pour la vertu des femmes et ne connaissaient, pour ainsi dire, ni la virginité ni la chasteté. Ces vertus seraient d'invention chrétienne : le christianisme aurait été le premier à les préconiser. C'est une grave erreur. Comme l'a justement fait remarquer André Lefèvre, à propos de la Grèce antique, le goût des belles esclaves, commun à tous les Grecs, s'allie chez eux avec « le respect profond de la jeune fdle, telle que Nausicaa, de la mère de famille comme la reine Arétè » ; ils admirent « la passion obstinée pour une époux infidèle, l'affection profonde pour la femme impeccable qui garde sa foi à l'époux absent' » comme Pénélope, si élogieusement célébrée par Homère. D un autre côté, tous les historiens sont d'accord pour affirmer que pendant les quatre ou cinq premiers siècles de la monarchie et de la république romaine, les divorces furent extrêmement rares, en raison de la fidélité gardée par les femmes à leurs devoirs conjugaux.
Dans toutes les sociétés aryennes de l'antiquité, les vierges appartenant aux familles libres étaient profondément respectées. L'auteur inconnu du Manava-Dharma- Sastra (Lois de Manu) ^ exprimait les idées traditionnelles
98 LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS
des Aryas de Vlnde lorsqu'il formulait des peines sévères contre tous les auteurs d'un attentat quelconque à la virginité. Il traduisait, d'autre part, l'admiration un peu naïve peut-être des Aryas pour la femme, lorsqu'il disait: « la bouche d'une femme est toujours pureV »
Chez les Grecs, il existait trois déesses vierges : Arthemis, Athèna, Hestia, dont la troisième « avait fait vœu de virginité perpétuelle » dit un helléniste célèbre. (( Si les grecs, ajoute-t-il, ont inventé ce type divin (la vierge), s'ils nous en ont donné, dans leur mythologie, trois exemples, c'est qu'ils ont eu le modèle quelquefois sous les yeux et qu'il a provoqué leur admiration. Or, ce modèle est le produit de la monogamie, il est inconnu chez les polygames". » On pourrait objecter à cette assertion que la virginité était respectée aussi chez les Hébreux, mais on ne trouverait chez ces derniers aucune trace du sentiment qu'elle inspirait aux Aryens antiques. Chez les Hébreux, la virginité est protégée par les lois sacrées parce que la vierge est la propriété de son père ou du fiancé qui l'a payée à son père. Chez les Aryens, la vierge est libre ; elle peut se donner à qui lui convient, et si l'on admire sa vertu c'est précisément parce qu'il lui plaît de la garder. Ce trait particulier de la conception aryenne est bien mis en relief dans un épisode de l'Iliade où la vierge Athèna est en scène. On sait que les Grecs homériques dédaigaient la fronde comme une arme de valets, d'esclaves. Ainsi pense Athèna, dans sa lutte contre le dieu de la guerre Ares, qui veut s'emparer d'elle. Pour le frapper, « elle prend dans sa main robuste une pierre noire, raboteuse et grosse que les hommes d'autrefois avaient plantée en terre, pour servir de borne à un champ ; elle la lui jette, l'atteint à la tête et le terrasse. Aphrodite veut venir en aide à son amant, Athèna la jette par terre aussi, en se moquant de ces deux luxurieux impuissants'. » C'est bien la virginité volontaire et vertueuse