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LA MORAI.K RFLICIELSE DES PELPLES ARYENS

brait à Biblos avec de grandes cérémonies la mort et la renaissance chaque année. De la Grèce, les cultes orientaux de Dionysos, de Bacchus, d'Adonis, plus ou moins confondus, passent à Rome et y prennent plus d'importance encore peut-être qu ils n'en avaient eu parmi les Grecs.

Ils y furent accompagnés par le culte de Cybèle ', à la suite duquel toutes les folies sémitiques eurent cours parmi les Romains, surtout cfiez les femmes qui trouvaient trop sévère et pas assez mystique la religion du foyer domestique. Ce fut en 2o4, pendant les dernières années de la

I. « Cybèle, Kubèbè, Kubèlè, régnait sur toute la Phrvgie et les contrées voisines ; sur toutes les montagnes s'élevait un sanctuaire à son honneur. De là tous ses surnoms, Dindv mène, Bérékyntliia, Sipylè, Idaïa. Ses images les plus antiques, k Pessinunte et sur l'Ida, notamment, étaient des pierres tombées du ciel, qui, peut-être, à l'origine, représentaient aussi bien le fécondateur que la fécondée (car les dieux androgvnes, hermaphrodites, ne sont pas rares dans le clitlionisme, témoin l'Aphrodite barbue de Chypre), (^ybèle, dont le nom n'est pas grec, était, selon toute probabilité, la déesse des montagnes sur lesquelles semblait se poser le ciel », comme pour un accouplement gigantesque. « Elle s'appelait encore Ma, Mactaurà (peut-être la mère vache), Ma, la mère des dieux, la grand'raère ou déesse phrygienne. C'était donc, en apparence, une déesse vénérable, tout à fait semblable à Hhéa, à Gaia, à Dionè, avec lesquelles elle fut de bonne heure confondue (dès le vi«' siècle à Athènes et en Béolie). Mais les fêtes orgiastiques et sa légende secrète ne pénétrèrent en Grèce qu'après le Sabazios orphique. » Sous son apparente majesté, se cachait la légende d'Atys, son amant inHdèle, qui, afin de se punir de ses infidélités, se mutile lui-même, et que « ses compagnons imitent pour s'associer à la douleur de (Cybèle, inconsolable » de la perte de la virilité de son amant. 'Non content de s'être mutilé, Atys allait se tuer, lorsque Cybèle « prise de pitié, le changea en pin, le plus droit des arbre» et celui qui perd le moins sa verdure ». La fête d'Atys était célébrée au printemps ; elle durait cinq jours pendant lesquels on commémorait successivement la mutilation, la mort et la résurrection du l^ieu. « l^amentations et promenade du pin sacré ; grand vacarme de cornes et trompettes ; frénésie et mutilations ; résurrections et danses désordonnées ; enfin extase et repos : telles étaient les phases de cet office de la passion d'Atys. «

Quant h Cybèle, ses prêtres étaient des castrats (GaUes ou Mêlrngyrtcs' qui se faisaient eunuques pour imiter la mutilation d'Atys. Ils promenaient la statue de la déesse à travers les villes et les campagnes, « ivres de sang, heurtant dans une étrange danse d'affreux cimiers et des chaînes de fer », en vendant des amulettes et des formules expiatoires, et provoquant parfois, chez les croyants enivrés de superstition et de vin, des mutilations semblables à la leur. Et tiuit cela n'empêchait pas Cybèle d'être vénérée comme la dispensai trice de la santé, de la prospérité, de la force d'àme en tant que « mère auguste des dieux, des hommes et des êtres », dit I^ucrèce. « Les (îalles s'astreignaient à de dures observances, se donnaient la discipline avec un fouet garni de petits os ; ils s'abstenaient de certains aliments ; puis tout d'un coup ils reprenaient leur métier de derviches hurleurs et de Karaghenz indécents. » (voy. André Lefèvre, La Grèce antique, p. /|43 et suiv. — Luckèce, De natura rerum, livre a, v. (5oo et suiv.

guerre contre Hannibal que Cybèle fut introduite officiellement à Rome, avec le titre de Mère des dieux. Il existait alors à Pessinus, localité de l'Asie Mineure habitée par des Celtes, mais entièrement soumise aux influences religieuses sémitiques, une pierre brute que les prêtres de l'endroit représentaient comme la vraie Cybèle. A la sollicitation du corps sacerdotal de Rome et, probablement, dans un but politique facile à comprendre, une ambassade fut envoyée à Pessinus pour y prendre cette pierre et la transporter à Rome où elle fut reçue en grande pompe.

A partir de cette époque, la vieille religion romaine du foyer familial et de la cité fut soumise à une concurrence redoutable de la part des cultes orientaux. Ceux-ci vinrent briser les cadres de la famille et de la cité, à une heure où précisément ils paraissaient trop étroits à une foule de gens. C'était l'époque où les femmes commençaient à s'émanciper de la tutelle mari laie et où les citoyens, éclairés par la corruption du corps sacerdotal et des classes dirigeantes, tendaient à se détacher du culte de la cité. L'entrée de Cybèle dans le panthéon romain fut le point de départ de la fondation de petites sociétés privées dont les membres se réunissaient fréquemment et s'offraient tour à tour des dîners. Le club s'installait à côté et en dehors de la famille, en même temps qu'une religion nouvelle écartait les hommes de celle du foyer. 11 était impossible que les femmes n imitassent pas cet exemple. Elles étaient attirées vers la nouvelle déité par les cérémonies pompeuses et les processions dont son culte était accompagné. De nombreux prêtres transportaient les images de la déesse à travers les rues de la ville et jusque dans les campagnes, attirant lal- Iraction du public par leurs riches costumes orientaux, les fifres et les tambourins qui cadençaient leur marche et les quêtes qu'ils faisaient de maison en maison. On savait que les castrats seuls pouvaient être admis dans le corps sacerdotal de la Mère des dieux, et cela éveillait la curiosité en même temps que le mysticisme religieux, au point qu'il fallut prendre des mesures pour empêcher les citoyens romains de se faire prêtres de Cybèle.

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Pendant ce temps, le culte deBacchus prenait un caractère plus oriental encore que celui dont il s'était revêtu en revenant de l'Asie parmi les Grecs. Des fêles nocturnes et secrètes étaient organisées en l'Iionneurdu dieu, et l'on s'y livrait à de telles orgies, à de si abominables débauches, que la police dut intervenir. « Un festival nocturne secret en l'honneur du dieu Bacchus avait été d'abord introduit en Étrurie par un prêtre grec, et gagnant comme un cancer, avait bientôt gagné Rome et s'était répandu en Italie, corrompant les familles et donnant naissance aux crimes les plus atroces, à une immoralité révoltante, à la falsification des testaments et aux empoisonnements. Plus de sept mille hommes furent condamnés, plusieurs à mort, par suite de ces excès et on fit des ordonnances terribles pour l'avenir ; elles ne réussirent pas à réprimer ce système, et six années après, 574 (i 80), le magistrat chargé de celte affaire remarquait que trois mille hommes encore avaient été punis, cl que le mal n'était pas près de cesser '. »

Tandis que les pratiques les plus obscènes et les plus criminelles des religions sémitiques s'infiltraient dans la société romaine, les vieux cultes de la famille et de la cité se corrompaient sous l'influence d'uu accroissement du nombre des membres du corps sacerdotal enlrahianl à sa suite la cupidité sans laquelle il leur eût été impossible de vivre. Aux trois anciens collèges des augures, des pontifes et des gardiens des oracles, on avait ajouté un cpialrième collège, dont le rôle unique était de surveiller l'organisation des banquets des dieux. En même temps, les prêtres refusaient de payer les impôts, tandis qu'ils sollicitaient des donations, multipliaient les quêtes à domicile, prélevaient de véritables dîmes sur les revenus et les héritages des citoyens, augmentaient le prix de tous leurs services, et compliquaient le rituel sous prétexte de le rendre plus parfait, au point que certains sacrifices étaient recommencés jusqu'à vingt et trente fois. Là encore on reconnaissait l'esprit des religions sémitiques, et Mommsen a pu dire non sans raison :

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