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CHAPITRE VI

INTRODUCTION DES RELIGIONS SÉMITIQUES ET DE LEUR MORALE CHEZ LES GRECS ET LES ROMAINS

Trop tolérantes même et trop disposées à accueillir les dieux étrangers furent les sociétés aryennes de la Grèce et de Rome, caraux vices de leurs propres dieux s'ajoutèrent petit à petit ceux de la plupart des divinités adorées par les peuples sémitiques ' . A la Vénus primitive des Grecs, blonde et blanche déesse qui flottait dans les nuages vaporeux et que caressaient chaque matin les premiers rayons de l'Aurore avec laquelle on la pourrait peul-élre confondre ; à la Vénus d'Hésiode et d Homère, née de la blanche écume des

I. Andr^ Lefèvre {La Grèce antique, p. 4'|3) a très bien mis en lumière hi différence qui existe entre le caractère général des religions sémitiques et celui des religions aryennes. Ce qui domine dans les premières c'est « l'adoration de la fécondité clitlionienne, le culte, facilement obscène, des rapports sexuels entre une grande divinité féminine, la terre ou la lune, avec un dieu mâle subordonné, le ciel ou le soleil, ou la lune niàle ; entre le principe liumide et le principe igné, lumineux. Le dieu est sujet i\ des éclipses, k des disparitions régulières, la nuit, l'hiver ; il est impuissant, il est eunuque, il csl mort, s<i déesse le pleure et le rappelle, l'ensevelit et l'embaume. Le dieu reparaît au printemps, rajeuni et vigoureux ; la déesse célèbre son retour, l'enivre de caresses, de voluptés, et le ramène alTaibli, elTéminé jusqu'au seuil du tombeau. Et cela recommence tous les ans et tous les jours. Les variantes sont inBnies, le fond est immuable autant que pauvre ». Chez les Aryens, le culte de la génération n'est pas moins universel que vUei les Sémites, mais il prend une autre direction. Parmi les Aryens, « presque en tout lieu, la prééminence a été attribuée k l'élément masculin, au ciel, au soleil ; et celte simple diiïérence a creusé un véritable abîme entre les deux conceptions du monde. D'une part (chez les Aryens), lu divinité suprême s'est élevée de la terre au ciel ; et, d'un coup d'oeil embrassiint l'univers, elle a oublié le symbolisme génésique pour le gouvernement rationnel des choses et des êtres ; d'autre part (chez les Sémites), elle est restée attachée à la terre, souvent 5 la itinge, aveuglément livrée h la passion reproductrice, a heurtée au problème insoluble de la vie et de la mort. Sous cette forme indigente, le culte de lu

mers, couronnée de tendres fleurs et qui fait naître l'herbe verdoyante sous ses pieds déUcats ; à la Vénus douce et gracieuse de Cythère, qu'enchantent les caresses et qu'accompagnent les tendres désirs, s'ajoutera, dans la suite des temps, et finira même par se substituer en quelques sanctuaires, la luxurieuse et sanguinaire Astarté des Sémites, inséparable du farouche et cruel BaaL et dont les cérémonies cultuelles, commencées dans les orgies, finissaient par des sacrifices humains. Dans les temples de la première,

fécondité est spécial aux peuples de l'Asie Mineure et de la Phéuicie. En Assyrie et en Chaldée, d'où il tire son origine, en Egypte où il paraît indigène, il se cache, pour ainsi dire, au milieu d'une mythologie très compliquée et

très ingénieuse ».

En Egypte, l'élément féminin est représenté par Isis, l'élément masculin par Osiris, frère et époux d'Isis. Au cours d'un voyage h travers le monde, Osins est tué par Tvphon, son cadavre est dépecé eu quatorze morceaux que Typhon disperse sur toutes les parties de l'Egvpte. Isis, éploiée, fait recueillir les membres épars du corps de son mari, les retrouve tous, sauf un, celui auquel une femme amoureuse est particulièrement attachée, les rassemble pieusement cl voit son amour récompensé par la résurrection d'Osiris en son entier et par une nouvelle union avec son cher époux revivifié. Chaque année, on célébrait, en Egypte, solennellement, la mort et la résurrection d'Osiris, avec des manifestations extraordinaires de douleur pendant la première partie de la fête et des réjouissances licencieuses pendant la seconde partie. Hérodote (II, 48), qui avait assisté à ces fêtes en donna un détail curieux : « On a imaginé, dît-il, des statuettes, hautes d'une coudée, que des cordons font mouvoir; les femmes promènent ces statuettes dans les villages, avec le phallos qui s'incline, presque aussi grand que le corps entier : un joueur de Hùte précède le cortège. Les femmes suivent «'hautant Dionysos. »

De l'Osiris égyptien et de sa légende paraît être sorti, d'après des travaux récents (voyez Fou<:akt, Ia' culte de Dionysos en Attique), un Dionys<.s grec qui réunit à la fois la légende du «lieu du vin, originaire de la Thrace, et celle «lu «lieu égyptien que la piété «l'Isis fait renaître dans toute sa beauté et toute sa puissance. Chez les Ioniens on célébrait chaque année, au moment des veu- «langes, une fête d«»nt certains «létails rappellent ceux de la mort et de la résurrection d'Osiris. Le il du mois uuthestêrion, les campagnards venaient en foule à la ville, apportant des jarres pleines de vin nouveau et se réunissîiient «lans le temple de Dionysos où avait lieu un concours de buveurs. C'était la partie publique de la fête. Le même jour, on ouvrait le vieux temple du dieu, qui avait été fermé pendant toute raniiée ; la femme de rarchonte roi y entrait avec quatorze compagnes auxquelles un prêtre faisait jurer de ne rien révéler de «e qu'elles verraient. La reine et ses compagnes simulaient la recherche des quatorze membres du dieu dont la reine reconstituait la statue entière dans un sanctuaire secret où elle entrait seule. Il en sortait avec elle un Dionysos plein de beauté, d'une admirable puissance et d'une vie débordante. La reine était alors mariée avec le dieu que l'on transportait la nuit suivante dans le Boucolion, vieil édifice où les archontes avaient logé autrefois. La reine y passait la nuit avec le dieu levivifi^. Le peuple célébrait la renaissance de Dionysos par des processions, des danses, des orgies pleines de joie et de licence. Mais, pendant la nuit, chaque famille mettait sur son foyer une marmite neuve, pleine de graines et de farine que Ton faisait cuire pour les dieux infernaux, et

liO

LA MORALE RELIGIEUSE DES PEUPLES ARYENS

comme prétresses, les belles hétaïres de Corinthe et d'Athènes, élégantes et lettrées, élevées par les philosophes et sachant agrémenter les voluptés du corps avec les plaisirs de l'esprit; autour des autels immondes de la seconde, les prostituées et les mignons ineptes de la Phénicie, dont les bras n'enlaçaient que les matelots ivres de Tyr.

Par une transformation analogue, le Dionysos des Grecs, initiateur de la culture de la vigne et de la fabrication du vin, dieu champêtre, honoré par des cérémonies joyeuses,

la fête se terminait dans le deuil. Le lendemain matin, le dieu était ramené dans son temple, épuisé, sans force et mourant ; il y reposait jusqu'à l'année suivante.

En Phénicie, le dieu dont on célébrait la mort et la reuaissiince était Adonis. Aimé par l'Astarté phénicienne, il était tué par un sanglier. La déesse le pleure, puis le rend à la vie et le peuple se réjouit de sa résurrection. C'est surtout à Bihios que la fête avait un grand éclat. On en célébrait la première partie au début de l'été, lorsque la chaleur, devenant excessive, arrête la végétation et semble supprimer la vie de la nature. Des lamentations, des chants plaintifs résonnaient dans les rues et les temples, accompagnés des sons aigus de la flûte de deuil. Des femmes, les cheveux épars, d'autres rasées, d'autres se meurtrissant la poitrine, toutes les habits déchirés, donnaient les signes d'une violente consternation. Des galles (espèce de prêtres), eunuques habillés en femmes, erraient dans les rues comme cherchant quelqu'un ou se tenaient dans les temples, assis en cercle autour d'un catafalque. Sur celui-ci était un sarcophage dans lequel on déposait, après avoir fait le simulacre de la chercher, une statue en bois peint, portant une blessure béante, cause de la mort du dieu. On la couchait dans le cercueil, en plaçant à côté de celui-ci l'image du sanglier qui avait tué le bel Adonis. On pleurait la mort et la mise en cercueil du dieu pendant plusieurs jours, on lui offrait des sacrifices funéraires, puis on l'inhumait au milieu de vases où l'on plantait des rameaux verdoyants bientôt desséchés par le soleil ardent de l'été. L'automne venu, on célébrait de nouveau la mort, puis le retour à la vie du jeune et bel adolescent divin. La fête était annoncée par la couleur rougeâtre qne prennent les eaux des torrents sous l'influence des terres entraînées par les pluies. C'est au sang d'Adonis que l'on attribuait cette coloration; c'est sa mort que l'on pleurait d'abord pendant sept jours. « Le huitième, le deuil et les pleurs faisaient place à une joie désordonnée. C'est qu'on disait que le dieu était ressuscité et monté au ciel. A la continence des jours précédents succédait une licence sans fein. Les femmes qui avaient refusé de se consacrer en coupant leur chevelure étaient livrées aux étrangers ; les vierges devaient faire le sacrifice de leur honneur au Dieu, et le prix de la prostitution Siicrée était versé dans le trésor public » (voy. Tiéle, Les religions anciennes de l'Egypte et des peuples sémitiques, p 291 et suiv.).

Chez d'autres peuples de l'Asie Mineure, Adonis devient Attis, et sa mort est occasionnée par la mutilation qu'il pratique sur lui-même ; puis il revient h la vie en retrouvant l'organe dont il s'était privé. « Ces traits étaient reproduits dans les fêtes, les jeunes gens imitaient Attis et Adonis comme les femmes reproduisaient l'acte de la déesse mère. » (Ibid., p. ag^.) Il est à peine besoin de noter les sciences licencieuses toujours, sanglantes souvent auxquelles de pareilles cérémonies religieuses donnaient lieu chaque année, parmi des populations non moins barbares que fanatiques.

bru vantes même, burlesques, mais naïves comme saventen organiser les paysans, devint plus tard, sous l'influence des idées sémitiques de l'Asie, une de ces divinités symboliques, dont les mystères immondes déshonorèrent les civilisations grecque et romaine. Du véritable Dionysos grec, Eurypide pouvait dire : (( Il est le dieu des plaisirs, il règne au milieu des festins, parmi les couronnes de fleurs ; il anime les danses joyeuses au son du chalumeau. Il fait naître les rires folâtres et dissipe les noirs soucis ; son nectar, en coulant sur la table des dieux, augmente leur félicité, et les mortels puisent dans sa coupe riante le sommeil et l'oubli des maux'. » A ce Dionysos élégant succède un dieu violent, ivrogne, brutal, licencieux, tout imprégné de la mythologie sémitique de la Phrygie. Il représente alors, dans les mystères orgiaques célébrés en son honneur, le principe mâle des Phrygiens, tour à tour vigoureux et frappé d'impuissance, ne pouvant agir que d'une façon intermittente sur la puissance femelle qui est constamment prête à la fécondation et à l'enfantement. « Tantôt le dieu est languissant, engourdi, mort, efféminé..., tantôt il ressuscite, il revit : ivre d'amour et d'énergie, il redevient le père et le maître resplendissant... Alors tout est joie, danse, chanson, folie. Hien n'est assez insensé, assez extravagant, assez crûment obscène pour exprimer le ravissement, la frénésie voluptueuse, extatique, de la grande déesse chthonienne, du Sipyle, du Latmos et de l'Ida, Ma, Kubèlè. Aphrodite... Dionusos nous revient d'Asie plus dissolu, plus efféminé, plus troublant que jamais, traînant après lui luie foule de compagnons fort équivoques et un fatras de mythes, innocents au fond, mais enveloppés de myslagogie lubrique, délire d'une imagination malsaine ^ » Il n'est plus seulement Dionysos, il est aussi Bakkhos (Bacchus) ; il est accompagné par Silène et son âne et par les Onocentaures qui fraterniseront désormais avec les Satyres helléniques. Il est aussi Adonis, celui de la Phénicie dont on célé-

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