LA RELIGION ET L'ÉVOLUTION MORALE GRÉCO- ROMAINE
de droits qui allèrent sans cesse en augmentant de nombre et d'importance. Une sorte d'égalité politique s'établit donc petit à petit, entre les premiers propriétaires ou patriciens, et les immigrants ou plébéiens. Toutefois, les premiers gardèrent une situation privilégiée et constituèrent « une sorte de noblesse des gentes qui prit dès l'abord le caractère d'une aristocratie exclusive et injustement privilégiée, en excluant les plébéiens de toutes les magistratures publiques, de tous les sacerdoces, quoiqu'ils fussent éligibles aux grades de l'armée et au Sénat, et en maintenant avec une obstination perverse l'impossibilité légale d'un mariage entre anciens citoyens et plébéiens ' . »
La reUgion ne fit que consacrer ces inégalités sociales. Chaque famille eut soin d'avoir son dieu protecteur de tous les membres qui la composaient, y compris les chents. Ceux-ci n'ont pas d'autre foyer sacré que celui du chef de la famille dont ils font partie. Les plébéiens n'ont pas non plus de foyer sacré, ce qui corrobore l'idée qu'ils n'appartenaient pas primitivement au même groupe social que les familles patriciennes, qu'ils étaient des immigrants comme le croient beaucoup d'historiens. La religion sert alors, sans aucun doute, à différencier les deux sortes de familles qui composent le groupe social ; mais ce n'est pas elle, comme le supposait Fustel de Coulanges, qui a créé la barrière élevée entre les deux groupes de familles devenus deux classes sociales. Elle consacre l'existence de ces classes, elle ne la détermine pas.
Un fait analogue se produit lorsque les familles d'une même région se réunissent, s'associent pour former une cité. Leur accord est déterminé par de simples considérations d'utilité : elles éprouvent la nécessité de s'entendre pour se défendre contre des voisins rapaces, pour faire en commun certains travaux, etc. Puis, elles font consacrer leur accord par la rehgion. De même que chaque famille a son foyer sacré, la cité nouvelle sera dotée d'un foyer sacré, commun à tous ses membres. La cité propre-